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29/04/2017

Le capitalisme, tu l'aimes ou tu le quittes !

Un nouvel épisode du drame politco-financier qui étrangle les peuples européens depuis plusieurs décennies se noue en ce moment: Nicolas Dupont-Aignan "trahit" le clan républicain en s'alliant avec Marine Le Pen.

Au delà du glissement idéologique supposé de la figure tutélaire de "Debout La France", il convient de s'interroger sur la nature réelle de cette alliance. Voici donc le représentant d'un parti qui pèse au bas mot quatre fois moins que le Front National à qui on promet le poste de Premier Ministre en lieu et place, au hasard, d'un Florian Philippot à qui le poste semblait tendre les bras. S'il s'agissait juste de sécuriser un pécule de 5% des voix qui lui semblait de toutes manières acquis, ça paraîtrait bien cher payé par la Marine ! Mais le message envoyé est très net: quand bien même Marine Le Pen gagnerait les élections, le Front National ne gouvernera pas (et d'ailleurs elle s'est déjà mise en congé du parti pour afficher son indépendance) ! La proximité historique de Dupont-Aignan et des LR (il avait soutenu Sarkozy en 2007 avant de rompre) ne laisse aucun doute quant à la stratégie adoptée: il s'agit de faire un appel du pied clair à l'électorat de Fillon en ancrant sa stratégie à droite.

Si le programme de Dupont-Aignan s'inspire très clairement d'un gaullisme "social", son volet économique ne laisse aucun doute:

http://www.nda-2017.fr/theme/economie-travail

Il s'agit du bon vieux capitalisme à la française, celui où l'ouvrier brandit avec ferveur les actions de son entreprise, où le patron fait travailler des français pour le bien de la nation, où le citoyen consomme les produits français... un capitalisme où le syndicat n'apparaît même pas (tiens donc, comme dans l'autre capitalisme...), où les "charges sociales" sont rop élevées,où le contrôle citoyen n'a pas de sens puisque naturellement le patron français pense le bien de la nation. On n'y trouve même pas de plan pour reconstruire un secteur public qui puisse réellement aider les TPE comme c'est suggéré, hormis la création d'un pôle public financier (ce qui est déjà une très bonne chose).

Pour le dire autrement, si la tendance confirme une certaine forme de rupture avec l'Europe libérale, encore que probablement plus douce que celle annoncée, elle n'affiche aucune volonté de rompre avec le capitalisme. Dupont-Aignan tiendra-t-il la promesse de Le Pen d'abroger la Loi El Khomri ? Osera-t-il soutenir les grévistes de la SNCF comme l'a fait Philippot ?

Si pendant des années Le Pen n'a pas hésité à draguer l'électorat de gauche radicale en mettant en avant un ancien chevènementiste, en accueillant des syndicalistes, il semble que ce dernier mouvement stratégique marque une rupture sur ce point. Une rupture prévisible parce qu'on ne transige pas avec les valeurs de la gauche. Comment prétendre combattre le capitalisme de 2017 avec des armes de 1950 (et encore, une panoplie allégée...) ? L'époque gaullienne correspondait à une certaine époque du capitalisme régulé, marqué par la peur de l'URSS, c'était un compromis qui ne tenait que dans cet environnement stratégique. Aujourd'hui la "nation" capitaliste ne fait plus de compromis: tu l'aimes ou tu la quittes ! Et elle a les moyens de ses menaces avec le déploiement d'un arsenal médiatique et technologique qui ne peut pas être arrêté par des frontières. Rendre cet arsenal inopérant, se rendre maître des moyens de production pour rendre les citoyens maîtres de leur destin, tel a toujours été le vrai combat de la gauche.

Ceux qui ont été un tant soit peu attirés par le ripolinage de gauche à la Philippot doivent aujourd'hui se rendre à l'évidence: la seule partie de son programme que Marine se donnera les moyens de tenir, sera celle qui concerne la stigmatisation des plus faibles, les réfugiés, les roms, les chômeurs et les sdf s'il le faut, au nom d'une classe moyenne qui lui en sera peut-être reconnaissante... Pour ce combat là elle pourra toujours trouver du soutien dans les media. Pour le reste mensonge et désillusion seront les deux principaux plats au menu des électeurs du FN...

25/04/2017

L’ABSTENTION POUR AMPLIFIER LE MOUVEMENT A GAUCHE !

 

Une analyse posée des résultats du premier tour de la présidentielle, au vu de la défense des valeurs sociales et des intérêts des classes populaires, devrait inciter à l’optimisme. Il faut pour cela dépasser la question de la personne de Jean-Luc Mélenchon et ce sera le travail le plus compliqué d’ici les législatives. La gauche sociale a donc recueilli 25% des voix si on additionne les scores de Mélenchon et Hamon, ce qui paraît tomber sous le sens. Jusqu’ici cet électorat était largement pris en otage par un Parti Socialiste converti au libéralisme, au pire par cynisme et au mieux par impuissance.

L’explosion du PS et l’émergence du FN a le mérite de clarifier les idées politiques, même si elle rend plus compliquée l’exercice du gouvernement (et à tout bien y réfléchir doit-on s’en plaindre ?) La « gauche » libérale a donc rejoint un ensemble de type gloubi-boulga, incarné à merveille par Macron, héritier spirituel de Hollande dans la défense des intérêts des classes possédantes. La recomposition à gauche devrait être facilitée par cette scission (qui concerne également Europe Ecologie) autour d’un projet qui permette vraiment la rupture avec le carcan néo-libéral.

Certains regretteront que Mélenchon n’ait pas tendu à la main à Hamon, mais là-aussi la nécessité de clarifier les choses peut justifier ce choix. Peu d’électeurs et de militants de gauche auraient été à même de faire encore confiance à un PS majoritaire, même l’aile gauche sociale. En outre la différence fondamentale entre les deux candidats, à savoir l’attitude à tenir envers les instances européennes, a été largement tranchée par le vote, il est probable qu’elle explique aussi le décrochage de Hamon. Il manquait à gauche une offre politique qui appelle à une rupture claire avec les traités européens. Quand on parle de faire barrage au Front National, on comprend que cet ingrédient faisait cruellement défaut ! Affirmer qu’une alternative sociale à l’Union Européenne actuelle ne pourra pas advenir sans conflit est un nouveau paradigme à gauche, qui a clairement suscité l’adhésion. Au vu du sort réservé à Alexis Tsipras, ça peut difficilement surprendre… Ca ne règle pas la question du choix des armes ou de l’intensité du conflit, mais ça a l’immense mérite de faire émerger sur la scène européenne une force de contestation dont la puissance actuelle est déjà en mesure de faire bouger des lignes. On ne peut s’empêcher de la relier à l’émergence de Jeremy Corbyn au Royaume-Uni.

Un autre avantage de la situation actuelle est que la gauche n’aura pas la fonction présidentielle mais que les deux candidats qualifiés auront du mal à dégager une majorité à l’Assemblée. Pour un mouvement qui s’est largement appuyé sur l’idée d’un changement de Constitution, l’occasion est belle ! On imagine mal que l’objectif présidentiel soit tellement important qu’on puisse considérer un score de 25% comme une désillusion, alors même que l’absurdité de la monarchie présidentielle est au coeur du débat. Il n’y a donc pas d’autre choix que de s’appuyer sur ce mouvement pour pousser encore plus fort aux législatives.

Dans ces conditions, la priorité est de ne pas donner à ses adversaires les armes pour se faire battre. Toute voix de gauche, qu’elle soit en faveur de Macron ou Le Pen, sera immédiatement aplatie par les panzers médiatiques pour être transformée en vote d’adhésion, et elle pèsera psychologiquement sur les législatives. Le pire qu’il puisse arriver à la France c’est que l’un de ces deux-là soit en capacité de diriger le pays ! Une abstention large mènera au contraire à une véritable remise en question du système présidentiel, un affaiblissement de la légitimité de l’élu qui inévitablement renforcera le besoin de remettre à plat les institutions.

Ne pas légitimer le système qui nous a confisqué la démocratie est une condition sine qua non pour espérer amplifier le mouvement aux législatives.

10/01/2016

La déchéance...

La déchéance de nationalité occupe aujourd'hui une large part de l'espace médiatique, jusqu'à la nausée presque, Manuel Valls jouant les pompiers pyromanes en rejetant la "déchéance pour tous" au prétexte que la France ne peut créer d'apatrides...

Il n'est pas question ici d'adopter une posture morale qui est aujourd'hui devenue inaudible dans l'espace public et qui est donc condamnée par avance. On peut juste noter que l'échec majeur de la République réside aujourd'hui en ce fait que les français ne croient aujourd'hui plus suffisamment en elle pour penser une loi sous un angle éthique ou moral. Les media ont suffisamment poussé en ce sens et la frénésie législative qui fait des trous à la Constitution puis y colle des rustines pour répondre aux aboiements de circonstance est finalement tout à fait cohérente avec la prééminence du marché. On ne pourra donc plus s'étonner maintenant que tout problème est désormais envisagé sous l'ange de l'urgence et de la nécessité, que a fortiori les lois relatives au terrorisme et à la sécurité publique soient promulguées à la mitraillette...

On peut toutefois essayer de faire comprendre pourquoi la déchéance des binationaux, mesure essentiellement symbolique, n'aidera en rien le travail de la police dans la lutte contre le terrorisme. Commençons par un exemple. Imaginons aujourd'hui un franco-algérien exilé dans le désert Syrien et pilotant des cellules "dormantes" en France en vue d'y préparer des attentats. L'homme est complètement connu des services de renseignement français, il est convaincu de terrorisme, mais ses réseaux en France demeurent largement obscurs.

Imaginons que, fort de ces renseignements, le gouvernement français décide de le déchoir de sa nationalité française à la grande satisfaction des éditorialistes et du public. Voici donc notre terroriste devenu simple citoyen algérien sans que ses réseaux en France n'aient été nullement éventés. Supposons ensuite que le même fanatique est interpellé en Turquie pourquoi pas, ou encore par les forces syriennes ou russe. Il est assez probable que la France souhaitera l'interroger pour démanteler les réseaux terroristes en France ou même demander son extradition pour le juger et le condamner. Quel poids aura-t-elle pour cela alors qu'elle aura elle-même proclamé qu'il n'est qu'un citoyen algérien. Il est donc tout à fait possible qu'il soit d'abord expulsé vers l'Algérie en laissant cette dernière décider de son éventuelle extradition. Ce serait même la solution la plus logique.

Si l'on se place maintenant du point de vue du gouvernement algérien à qui la France décide de facto de renvoyer toute une pléiade de djihadistes, nés en France et radicalisés en France. Il est assez peu probable que cette mesure soit considérée comme un acte amical de la part d'un pays dont les habitants ont payé de leur sang la lutte contre le terrorisme. Pays qui n'a soit en dit en passant jamais eu besoin d'aller bombarder au Moyen-Orient pour lutter contre les barbus qui sévissaient chez eux. Autant dire qu'il n'est pas certain que l'état d'esprit du gouvernement algérien soit à ce moment à la conciliation avec la France, alors que traditionnellement les deux pays travaillaient en bonne collaboration.

Si on voit un peu plus loin, on peut même assez facilement imaginer que l'Algérie retire la nationalité algérienne de manière préventive à tous les ressortissants binationaux qui leur auront été signalés comme suspects par les services français. A irresponsable, irresponsable et demi pourrait-on dire... cette réflexion s'étend assez facilement à la Tunisie dont on ne répétera jamais assez que le gouvernement actuel a collaboré étroitement et efficacement avec les services français sur les attentats commis en janvier et novembre 2015. Compliquer nos relations avec des pays qui nous aident dans la lutte contre le terrorisme, hypothéquer notre capacité à démanteler les réseaux qui existent en France, tout ça pour un impact immédiat nul sur le risque terroriste (qui peut penser que notre lieutenant de Daesh a la quelconque intention de revenir en France jouir de sa nationalité alors qu'il est en train de se construire un état au Moyen-Orient ?), voilà la portée visionnaire des mesures qui nous sont proposées par le gouvernement.

Tout ça avec l'espoir de lutter contre le Front National en prenant préventivement les mesures ce dernier propose... la déchéance n'est forcément pas là où on la place.

 
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