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10/01/2016

La déchéance...

La déchéance de nationalité occupe aujourd'hui une large part de l'espace médiatique, jusqu'à la nausée presque, Manuel Valls jouant les pompiers pyromanes en rejetant la "déchéance pour tous" au prétexte que la France ne peut créer d'apatrides...

Il n'est pas question ici d'adopter une posture morale qui est aujourd'hui devenue inaudible dans l'espace public et qui est donc condamnée par avance. On peut juste noter que l'échec majeur de la République réside aujourd'hui en ce fait que les français ne croient aujourd'hui plus suffisamment en elle pour penser une loi sous un angle éthique ou moral. Les media ont suffisamment poussé en ce sens et la frénésie législative qui fait des trous à la Constitution puis y colle des rustines pour répondre aux aboiements de circonstance est finalement tout à fait cohérente avec la prééminence du marché. On ne pourra donc plus s'étonner maintenant que tout problème est désormais envisagé sous l'ange de l'urgence et de la nécessité, que a fortiori les lois relatives au terrorisme et à la sécurité publique soient promulguées à la mitraillette...

On peut toutefois essayer de faire comprendre pourquoi la déchéance des binationaux, mesure essentiellement symbolique, n'aidera en rien le travail de la police dans la lutte contre le terrorisme. Commençons par un exemple. Imaginons aujourd'hui un franco-algérien exilé dans le désert Syrien et pilotant des cellules "dormantes" en France en vue d'y préparer des attentats. L'homme est complètement connu des services de renseignement français, il est convaincu de terrorisme, mais ses réseaux en France demeurent largement obscurs.

Imaginons que, fort de ces renseignements, le gouvernement français décide de le déchoir de sa nationalité française à la grande satisfaction des éditorialistes et du public. Voici donc notre terroriste devenu simple citoyen algérien sans que ses réseaux en France n'aient été nullement éventés. Supposons ensuite que le même fanatique est interpellé en Turquie pourquoi pas, ou encore par les forces syriennes ou russe. Il est assez probable que la France souhaitera l'interroger pour démanteler les réseaux terroristes en France ou même demander son extradition pour le juger et le condamner. Quel poids aura-t-elle pour cela alors qu'elle aura elle-même proclamé qu'il n'est qu'un citoyen algérien. Il est donc tout à fait possible qu'il soit d'abord expulsé vers l'Algérie en laissant cette dernière décider de son éventuelle extradition. Ce serait même la solution la plus logique.

Si l'on se place maintenant du point de vue du gouvernement algérien à qui la France décide de facto de renvoyer toute une pléiade de djihadistes, nés en France et radicalisés en France. Il est assez peu probable que cette mesure soit considérée comme un acte amical de la part d'un pays dont les habitants ont payé de leur sang la lutte contre le terrorisme. Pays qui n'a soit en dit en passant jamais eu besoin d'aller bombarder au Moyen-Orient pour lutter contre les barbus qui sévissaient chez eux. Autant dire qu'il n'est pas certain que l'état d'esprit du gouvernement algérien soit à ce moment à la conciliation avec la France, alors que traditionnellement les deux pays travaillaient en bonne collaboration.

Si on voit un peu plus loin, on peut même assez facilement imaginer que l'Algérie retire la nationalité algérienne de manière préventive à tous les ressortissants binationaux qui leur auront été signalés comme suspects par les services français. A irresponsable, irresponsable et demi pourrait-on dire... cette réflexion s'étend assez facilement à la Tunisie dont on ne répétera jamais assez que le gouvernement actuel a collaboré étroitement et efficacement avec les services français sur les attentats commis en janvier et novembre 2015. Compliquer nos relations avec des pays qui nous aident dans la lutte contre le terrorisme, hypothéquer notre capacité à démanteler les réseaux qui existent en France, tout ça pour un impact immédiat nul sur le risque terroriste (qui peut penser que notre lieutenant de Daesh a la quelconque intention de revenir en France jouir de sa nationalité alors qu'il est en train de se construire un état au Moyen-Orient ?), voilà la portée visionnaire des mesures qui nous sont proposées par le gouvernement.

Tout ça avec l'espoir de lutter contre le Front National en prenant préventivement les mesures ce dernier propose... la déchéance n'est forcément pas là où on la place.

30/11/2015

L'insulte aux morts

Monsieur le Président, comme en France j'ai des enfants et comme beaucoup j'ai peur pour leur sécurité et leur vie après les attentats du 13 novembre. Comme la plupart j'ai vu dans l'instauration de l'Etat d'urgence une décision triste dans notre démocratie mais j'ai voulu accorder le bénéfice du doute à votre gouvernement, me disant que le travail de la police contre la filière terroriste nécessitait des aménagements temporaires. Evidemment j'ai été surpris que vous demandiez déjà sa prolongation de trois mois...

Comme de nombreux amis ou collègues avec qui j'ai pu discuter, j'ai été surpris que la proclamation de l'Etat d'urgence n'ait pas été accompagnée d'une amélioration visible de la sécurité dans les établissements publics, notamment les établissements scolaires. A vrai dire les mesures prises à l'entrée des écoles primaires ressemble davantage à une préconisation généralisée du chaos et de l'irresponsabilité des puissances publiques qu'à une volonté de protéger la vie des enfants. A ce stade on pouvait déjà anticiper que les motivations de cet état d'urgence n'étaient pas celles qu'on pouvait attendre.

Il y a eu évidemment les habituels abus de pouvoir ciblés contre ceux que l'on pense être les "ennemis de l'intérieur". Ces dérives peuvent être expliquées par des forces policières stressées, mal formées peut-être. C'est aussi parce que le stress des forces de l'ordre ne peut être sollicité indéfiniment qu'il est important de limiter la durée des états d'exception...

Mais il y a maintenant plus grave encore, monsieur le Président, une évolution qui ne peut provenir de fonctionnaires zélés mais bien d'une stratégie politique: la volonté de désigner tout ce qui gravite à gauche du PS comme un ennemi de l'intérieur par extension. Les assignations à résidence de militants écologistes ou altermondialistes en préparation de la COP21 peuvent difficilement être rattachées à la lutte contre Daech. On a peine à croire que la menace terroriste ait été tellement transitoire qu'aujourd'hui nos forces d'élite ont déjà en tête d'autres priorités !

Il faut donc croire que la sécurité du territoire et le "guerre" contre les fous de Dieu proclamée avec force trémolos n'est qu'un paravent et que le gouvernement "profite" au sens strict du terme de cet Etat d'urgence pour mener à bien quelques petits réglements de compte personnels. Il est vrai que trois mois c'est long, très long. Largement suffisant pour faire démarrer les travaux à Notre Dame des Landes par exemple. Et les députés écologistes qui vous ont fait confiance en votant le prolongement de votre Etat d'urgence, monsieur le Président, doivent aujourd'hui se mordre les doigts devant leur naïveté.

En ce qui me concerne ces manoeuvres politiques me donnent le vomi, monsieur le Président. Pas seulement parce que comme trop souvent dans votre carrière et depuis le début de votre mandat vous avez trahi le peuple français et trahi sa parole. Pas seulement parce que vous foulez au pied la devise de la France Liberté, Egalité, Fraternité. Mais surtout eu égard aux victimes de cet attentat qui sont mortes avec en elles l'espoir d'un monde meilleur, qui pour certaines représentaient tous les idéaux que vous salissez aujourd'hui. Tout simplement parce que vous insultez nos morts, vous insultez leurs familles !

Il ne suffit pas de se pavaner avec un drapeau sous les accords de la Marseillaise pour être digne de notre pays, monsieur le Président, ou être digne de l'humanité que nous aimerions tous représenter en ces instants. Il ne suffit pas de rendre un hommage hypocrite à la "jeunesse de notre pays" pour être digne de son respect. Vous avez manqué ce que vous croyiez peut-être être votre rendez-vous avec l'histoire, monsieur le Président. J'ose espérer que vous ne tirerez pas le bénéfice électoral de cette ignominie, nous avons en tête vous et moi ceux qui en profiteront certainement. Soyez assuré que quel que soit le prochain chef de l'Etat je ne vous regretterai pas, parce qu'il n'y a rien de plus méprisable que la trahison du peuple.

23/07/2015

"Plan B" pour l'euro: le réveil de la gauche radicale ?

Après de nombreux mois de silence, je reprends un peu d’activité sur le blog. C’est qu’il s’est passé des choses importantes, essentielles même, sur la scène du grand capharnaüm européen. Et, à l’instar de nombreux citoyens qui attendent un véritable réveil de la gauche radicale, ces événements ont permis de faire mûrir mes réflexions.

L’hyper-violence exercée par la troïka à l’encontre de la Grèce a atteint son apogée pour s’étaler à la face de l’Europe entière jusqu’à faire frémir les européistes qui prennent conscience que leur jouet adoré est une machine folle pilotée par l’Allemagne sous contrôle capitaliste.

L’arrivée au pouvoir de Syriza avait apporté beaucoup d’espoirs et pendant plusieurs mois le gouvernement de Tsipras a tenu le cap et tenté de faire bouger les lignes de l’eurogroupe. Il était conscient dès le début que la taille de la Grèce ne jouerait pas en sa faveur mais le risque de défaut était un argument qui paraissait à beaucoup suffisant pour arracher des concessions à la troïka. Mais déjà des voix comme celle de Lordon pensaient que ça ne marcherait pas, anticipant sur un durcissement de l’Europe et de la position allemande, s’appuyant sur le précédent scandaleux de Chypre pour argumenter que, sauf stratégie de sortie de l’euro, Tsipras finirait par céder. Ces gens avaient raison, il faut insister sur ce point parce que dans son aveuglement la gauche radicale n’a pas souhaité les écouter, pas même les entendre…

C’est un mal pour un bien puisque maintenant une véritable digue idéologique a été rompue après la déclaration de guerre faite par l’eurogroupe aux peuples européens, à la démocratie, et accessoirement à la gauche radicale. L’idée d’une monnaie commune flattant les sentiments internationalistes de la plupart, il était jusque là difficile d’observer une stratégie imaginant la possibilité d’une sortie de l’euro. Cette erreur repose sur la confusion entre monnaie commune et monnaie unique, mais aussi sur une faute de logique : rendre équivalentes les assertions « la sortie de l’euro n’est pas un objectif en soi pour la gauche radicale » et « rester dans l’euro est une contrainte idéologique pour la gauche radicale ». Ce glissement s’est opéré en grande partie à cause de la peur d’être renvoyé aux idéologies nationalistes et au Front National en particulier, qui a fait de la sortie de l’euro son cheval de bataille. D’une part la différence entre imposer la sortie de l’euro comme le Saint-Graal ou imaginer des alternatives à l’euro pour retrouver une marge de manœuvre est très certainement visible pour l’électeur moyen. D’autre part comme l’avait dit Jacques Sapir, même si on souhaite rester dans l’euro pour peser dans la négociation il faut mettre sur la table l’option de sortir de l’euro, avec un plan qui rende cette menace crédible. L’erreur stratégique de Syriza, suivant en cela l’ensemble de la gauche radicale, est de ne pas s’être muni d’un tel plan. C’est le bilan que tire Varoufakis de la négociation, lui qui par ailleurs est versé dans la théorie des jeux.

Le gain pour la gauche radicale de la séquence politique qui vient de s’achever est potentiellement énorme : la prise de conscience que pour sortir de l’impuissance il faut se munir d’un « plan B » incluant les mesures à prendre en cas de blocus financier (prémices d’une sortie) jusqu’à potentiellement la sortie de l’euro elle-même. Eric Toussaint a déjà avancé un certain nombre de mesures qui auraient pu être prises en Grèce. Frédéric Lordon ou Jacques Sapir auraient très certainement des contributions à apporter à cette réflexion.  L’idée de ce « plan B » qui fleurit maintenant sur les lèvres de nombreux observateurs (par exemple dans le Revue Regards) répond aussi à la menace de « Grexit » temporaire brandie par les Allemands, dont tout le monde a compris qu’ils voudraient éjecter la Grèce à leurs conditions. Dans un an, peut-être un peu plus tôt ou un peu plus tard, il faudra pour la Grèce exsangue négocier un nouveau plan d’aide. D’ici là l’Allemagne aura peaufiné son plan de sortie. Il est vital que la Grèce dispose de son propre plan à cette date. Il est essentiel aussi que ce plan soit partagé par l’ensemble des forces politiques de la gauche radicale siégeant au parlement européen, Podemos en premier lieu qui risque d’être le prochain à gérer une situation de tension avec l’Eurogroupe, le Front de Gauche en France.

Cette évolution devrait avoir aussi des impacts électoraux sensibles. La troïka a voulu punir un gouvernement de gauche radicale en mettant en scène son impuissance. Si l’argument de Tsipras est de dire qu’il voulait éviter une catastrophe à court terme il faut aussi qu’il retienne les leçons de la signature d’un accord néfaste. Il faut que Syriza s’approprie l’idée du « plan B » pour pouvoir promettre au peuple la marge de manœuvre à moyen terme. En France par exemple il serait naïf de penser que les excellents scores du Front National, en particulier dans les zones rurales où l’immigration est somme toute faible, serait seulement dû à un fond xénophobe. Sur la scène française le Front National est le seul parti à avoir articulé l’idée de la sortie de l’euro. Cette idée n’est même pas apparue sous forme d’hypothèse dans le programme du Front de Gauche. Là aussi le concept de « plan B » serait un marqueur puissant et certainement motivant. D’abord parce qu’il ne s’agit pas d’un plan A, autrement dit il ne s’agit pas de jouer la surenchère par rapport au Front National. Mais d’un autre côté il permet de lui proposer une alternative crédible, à plus forte raison s’il est partagé par d’autres formations à l’échelle européenne.   

 
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