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09/06/2018

Une autre histoire de Knysna

Malgré le titre volontairement racoleur, cet article n’a pas pour vocation de révéler au public des informations fracassantes sur l’épisode de Knysna. Je ne suis pas journaliste et je me contente de rassembler du matériel largement disponible. Le titre de ce blog « Un monde à relire » est là pour rappeler le fait que la manipulation de l’information n’est pas l’exercice du mensonge. L’information, comme un objet, se manipule en la tournant d’un côté ou de l’autre, en choisissant un angle de vision et un éclairage qui insisteront sur telle facette et en laissera dans l’ombre d’autres, au gré de celui qui rédige l’article.

En agençant de manière différente les éléments à notre disposition, on peut pourtant raconter une histoire entièrement différente.

La France perd contre le Mexique à l’issue d’un match médiocre (et contre une bonne équipe mexicaine) sans être véritablement mauvais. Nicolas Anelka est sorti à la mi-temps et une altercation verbale l’oppose à son entraîneur Domenech. Les propos sont probablement les suivants
"Va te faire enc**** avec ton équipe. Fais l'équipe que tu veux" selon les différentes sources. (http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/08/18/97001-201008...). On peut noter que ce type de dérapage est assez fréquent dans l’ambiance d’un vestiaire. On reviendra dessus.

Le lendemain l’Equipe titre en une :

On notera à la fois la présence des guillemets (en rouge s’il vous plaît!) et l’insulte « fils de pute ». Cette dernière n’a été mentionnée par aucun témoin par la suite, deux options sont donc envisageables :

- la taupe a volontairement déformé les propos ;

- la rédaction de l’Equipe a volontairement ajouté cette insulte ;

Dans les deux cas l’intention malveillante est évidente pour tous les joueurs qui ont assisté à la scène, et l’utilisation des guillemets une faute professionnelle là où tout journaliste qui se respecte aurait utilisé un conditionnel prudent… mais évidemment la une n’aurait plus de sens.

Ajoutez à cela le fuite d’une conversation de vestiaire, aussi choquante pour un joueur que le serait par exemple pour un journaliste une demande de révéler ses sources. Le choix du timing n’est évidemment pas neutre non plus. Il reste encore un match à disputer, la France possède encore une très faible chance de qualification, le journal est bien conscient d’achever l’Equipe de France à ce moment.

 

Anelka n’a pas traité son entraîneur de « fils de pute »

Mais Cristiano Ronaldo si !

http://planetefoot.net/2016/09/26/a-la-une/fils-de-pute-v...

La star du Real a insulté Zidane devant les caméras à l’occasion d’un remplacement. CR7 a-t-il été sanctionné par son club ? Non, Zidane a désamorcé la tension et à la fin de la saison le Real gagnait la Liga, la ligue des Champions, et Ronaldo était ballon d’or… On dira que n’est pas Ronaldo qui veut. C’est vrai, mais en termes éducatifs et dans la gestion d’un collectif l’argument n’a pas de valeur. Zidane n’a certainement pas apprécié les insultes, Ronaldo ou pas, mais il a privilégié la cohésion de l’équipe et en tant qu’ancien joueur il comprend ce type d’énervement.

L’exemple de Ronaldo vient simplement rappeler que lorsque tout le monde a intérêt à ce qu les choses se passent bien, ce genre d’incident est géré, y compris lorsque les journalistes s’arrangent pour attiser le feu.

 

A Knysna, la gestion par la Fédération d’un incident qui aurait dû rester cantonné à Domenech et ses joueurs, a été désastreuse. Anelka est sanctionné sur la base d’une campagne de presse dont on vient de voir qu’elle était digne des plus mauvais tabloïds anglais, sans avoir eu l’occasion de s’expliquer. A aucun moment la Fédération ou l’entraîneur ne cherche à localiser l’auteur des fuites qui font définitivement imploser l’Equipe de France. C’en est trop pour les joueurs.

 

A la recherche de la taupe

On se souvient combien Patrice Evra a été moqué pour avoir cherché la « taupe ». On peut le railler, effectivement ce n’était pas à lui de faire cette enquête : c’était le rôle de Domenech et de la Fédération. Aujourd’hui personne ne reproche à Unaï Emery d’avoir localisé et sanctionné deux « taupes » présumées au PSG : Lucas et Ben Arfa.

http://sport24.lefigaro.fr/le-scan-sport/2018/02/01/27001...

On peut reprocher beaucoup de choses à l’emprise de l’argent sur le football actuel, mais une chose est sûre : un club professionnel sait protéger l’intérêt de l’équipe, et donc l’intégrité du vestiaire. Encore une fois, faire sortir dans la presse les différends internes est une faute majeure dans un sport collectif. Patrice Evra jouait à Manchester United en 2010, Nicolas Anelka à Chelsea et Franck Ribéry au Bayern Munich. Trois très grands clubs, trois grands entraîneurs. (Ferguson, Ancelotti, Van Gaal), . Ces trois joueurs entre autres connaissaient parfaitement la gestion d’un club de très haut niveau et ne pouvaient qu’être sidérés du traitement infligé à l’Equipe de France par les propres instances de la Fédération.

Ce qui depuis sept ans a été présenté par toutes les rédactions comme une sorte d’attentat commis par une bande de « caïds » irresponsables aurait tout aussi bien pu être inteprété comme le devoir d’alerte incombant à des professionnels reconnus dans leur milieu. Le choix de l’angle d’attaque est purement journalistique (et lié aux moqueries provoquées par des difficultés d’expression qui cachent le professionnalisme réel).

 

Une lettre sans mystère

Encore une fois notre point de vue n’a rien d’extravagant. Il s’agit simplement d’adopter le point de vue de joueurs professionnels confrontés à un encadrement incompétent. Nous n’avons pas besoin du préjugé qui consiste à imaginer une bande de voyous jouissant à l’idée de piétiner le drapeau français…

Pour s’en convaincre il suffit de reprendre la lettre lue par Raymond Domenech :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sans surprise, tous les éléments invoqués plus haut y sont présents:

- la divulgation d’un incident interne au groupe ;

- la sanction sans tentative de dialogue et sur la base d’un article de presse ;

- l’absence de volonté de la Fédération de protéger le groupe ;

Le fait que la protestation soit limitée à un événement, sans aucune menace pour la suite, atteste de la motivation des joueurs : marquer le coup par un événement pour attirer les media et dénoncer l’attitude de la Fédération.

Ce que ces Bleus avaient mal mesuré c’est que si effectivement leur mouvement allait faire tomber la Fédération, beaucoup de responsables avaient intérêt à faire converger la colère des Français vers eux, ou plutôt certains d’entre eux.

 

Une Coupe du Monde très politique

 

Nicolas Sarkozy n’a jamais caché sa passion pour le football et la Coupe du Monde était pour lui un événement majeur dans le quinquennat, susceptible de détourner l’attention des misères sociales qu’il faisait souffrir aux Français. Pour marquer cette importance, Sarkozy dépêche la Ministre des Sports Roselyne Bachelot pour suivre l’Equipe de France. La même ministre défendra devant l’Assmblée Nationale la thèse des « caïds », « immatures » (https://www.20minutes.fr/sport/593278-20100905-sports-equ...), tout en n’oubliant pas d’insister sur la responsabilité du staff. Le point le plus emblématique est le fait qu’une dissension entre les joueurs et l’encadrement ait amené une Ministre à témoigner devant l’Assemblée Nationale ! Sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, l’ingérence du politique dans le sport avait atteint des niveaux qu’on n’a pas retrouve depuis. Ce point est essentiel parce que le discours politique de Sarkozy repose en grande partie sur sa capacité à contenir les « caïds », les « racailles », pour contrer un discours du Front National qui est centré sur la déstabilisation de l’Equipe de France depuis l’époque de la victoire « black-blanc-beur ».

Raymond Domenech et la Fédération ont tout intérêt à laisser se développer ce déchaînement médiatique pour tenter d’atténuer un désastre qui est d’abord le leur.

 

Le « racisme anti-blanc »

 

Il ne s’agit pas ici de nier le caractère conflictuel des relations entre certains joueurs. Que Gourcuff et Ribéry ne s’apprécient pas, on peut relever depuis Knysna beaucoup d’indices concordants. Mais il s’agit de replacer ces tensions dans le contexte d’une vie de groupe. Il est quasiment impossible de constituer une équipe compétitive composée à 100 % de copains, on essaie plutôt de garantir que les tensions resteront mesurées.

Quand bien même il y a eu des tensions entre Gourcuff et Ribéry, la position victimaire attribuée au premier semble largement exagérée, et pas très flatteuse pour lui. Elle dessine une personnalité sous influence, incapable de se faire respecter. Si Domenech affirme dans ses écrits que Gourcuff n’a pas le caractère d’un leader, rien ne laisse penser non plus qu’il ait celui d’un suiveur. Les journalistes aiment bien s’exprimer à sa place, Ménès allant jusqu’à invoquer un « racisme anti-blanc » (https://www.ouest-france.fr/sport/football/stade-rennais/...). L’intéressé n’a jamais confirmé cette interprétation, mais i faudrait lui prêter bien peu de caractère pour imaginer que, au vu de ces arguments, il ait accepté de ne pas descendre du bus. La carrière de Gourcuff laisse plutôt entrevoir un caractère réservé mais entier, tout le contraire du suiveur qui cherche à se faire accepter par le groupe. Est-ce que c’est vraiment la pression supposée qui l’empêchait de descendre du bus ou plus simplement qu’il était plutôt d’accord sur le fond des arguments.

Rappelons en outre que la lettre a été rédigée par l’avocat de Jérémy Toulalan, autre garçon réservé mais au caractère affirmé. Rappelons que quelques mois avant la coupe du Monde, il avait signé une interview fracassant pour dénoncer l’influence néfaste de « France 98 » et l’apathie de la Fédération (http://www.rtl.fr/sport/football/football-toulalan-tacle-...). Il confirme l’existence de clans au sein de l’Equipe de France mais affirme clairement que ce n’est pas le problème majeur. Tout dans l’épisode de Knysna semble qu’indiquer qu’on n’est pas en présence de la conséquence des clans et d’un supposé racisme « anti-blanc ». Au contraire, il semble qu’à ce moment les clans ont été dépassés par le rejet unanime de la politique de la Fédération.

Pour finir est-ce que l’inimitié entre Gourcuff et Ribéry doit absolument être reliée à un racisme « anti-blanc » ? Ribéry, bien que musulman, est un avant tout un chti, mais surtout un enfant des milieux populaires. Gourcuff est un enfant du sérail, son père était déjà footballeur puis entraîneur, jouissant certainement d’un niveau de vie confortable. Ces tensions peuvent nous rappeler celles bien connues entre Grégory Coupet et Vikash Dhorassoo. Bien que Dhorassoo soit également issu de milieux populaires, il a développé une culture et des intérêts qui sortent du cadre du milieu des footballeurs. Son caractère solitaire l’a souvent mis en marge du groupe, comme Gourcuff. Ribéry contre Gourcuff, c’est un peu comme Coupet contre Dhorassoo, sauf qu’évidemment dans le second cas personne n’ira invoquer le racisme « anti-blanc » (http://www.football365.fr/buzz-quant-gregory-coupet-repon...). Il n’y a pas de raison de racialiser des comportements qui s’expliquent parfaitement par des antiagonismes sociaux, sauf à en apporter des preuves formelles.

 

Un « démenti » bien tardif

 

Alors que cela fait plusieurs mois que je rédige cet article, Raymond Domenech aurait « révélé » qu’Anelka n’a pas tenu les propos qui lui sont prêtés. Comme je l’ai déjà mentionné plus haut, ce fait est déjà connu depuis longtemps, confirmé à la fois dans les déclarations des joueurs et dans l’autobiographie. La question qui se pose est plutôt pourquoi les journalistes essaient de nous faire croire qu’il s’agirait d’un élément nouveau ?

Pourquoi Domenech insiste-t-il sur ce point aujourd’hui ? Ses déclarations ressemblent à une tentative maladroite de se dédouaner de ce qui a pu arriver, à la fois à ,Anelka et à l’équipe de France. Pourtant, comme le souligne William Gallas, connaissant la vérité Domenech aurait pu très tôt désamorcer la bombe. Il ne l’a pas fait au moment où il aurait dû, ce qui explique aussi certainement la réaction des joueurs.

Plus encore, dans ce jeu de poker menteur, on est forcé de se rappeler que à travers sa compagne Estelle Denis, Domenech a été le sélectionneur le plus proche des journalistes sportifs de l’histoire de l’Equipe de France. Est-ce que les journalistes de l’Equipe n’auront pas été tentés de prévenir leur consœur avant de larguer une telle bombe ? Est-ce que la mise au pilori d’Anelka n’était pas aussi un moyen de détourner l’attention de la faillite de Domenech ?

 

Certains interpréteront ce texte comme une tentative désespérée de rendre sympathique une bande de post-adolescents surpayés, alors que tant de nos compatriotes triment quotidiennement dans l’anonymat pour arriver à peine à payer leur loyer. Je n’ai volontairement pas abordé ce sujet de la corruption massive du foot (et des joueurs par l’argent), sujet qui mérite bien plus qu’un article.

Il s’agit juste ici de rappeler qu’il est difficile de porter un réel jugement sur les événements à chaud, souvent c’est dix ans plus tard que l’histoire commence à prendre du sens. Dans le cas de Knysna, on voit que certaines lignes commencent à bouger. Non, on n’est pas forcé d’avoir de la sympathie pour les joueurs de l’Equipe de France, ni même pour le football. Mais si on veut porter un jugement sur cet événement, on doit pouvoir le faire en dehors de l’approche hystérique qu’il a jusqu’ici suscitée.

Le mensonge des journalistes, le refus d’un sélectionneur de rétablir la vérité publiquement au moment des faits, la lâcheté de la Fédération face aux pressions à la fois des journalistes et des partis politiques qui espéraient récupérer l’Equipe de France, autant dans ses succès que dans ses défaites, la lecture racialisante du conflit entre les joueurs et la fédération… tout un ensemble de faits qui au moins permettent de prêter des circonstances atténuantes à ceux qui se sont retrouvés au centre de la tourmente.

Est-ce qu’il était judicieux de ne pas descendre du bus ? A posteriori il est facile de répondre non. Il est vrai que les joueurs représentent la France. Mais est-ce que courber l’échine devant le mensonge, la lâcheté et les manipulations politiques c’est représenter la France ?

 

Nous finirons avec les mots d’Hugo Lloris au sortir de la crise de Knysna (https://www.lemonde.fr/sport/article/2010/07/23/lloris-ju... ) : « Le pouvoir, on ne nous le donne pas c’est à nous de le prendre. » Dans le contexte de l’époque, une telle conclusion ressemble à tout sauf à des regrets…

 

 

 

23/01/2018

Carrefour à la pointe de la destruction d'emplois... rappelez-vous Montebourg

L'annonce ne surprend même pas. Carrefour annonce la suppression de 2400 emplois.

Voir l'article du Monde

Pourtant est-ce que l'élection d'Emmanuel Macron n'était pas censée relancer la France et l'économie ? Est-ce que l'urgence de légiférer par ordonnance sur le droit du travail n'était pas dictée par l'urgence de relancer l'emploi ? Non, pas vraiment. Ceux qui ont cru entendre ce discours n'ont probablement pas écouté. Même Edouard Philippe a reconnu que le principal objectif des ordonnances n'était pas l'emploi. A défaut de reconnaître que l'emploi n'est pas du tout un objectif, ça reste un peu moins hypocrite que les promesses de François Hollande.

Pour le dire dans le langage des dominants, l'objectif est d'accompagner la transformation de la France. Pour le dire dans le langage des dominés, il s'agit d'enfin liquider ce qu'il reste du salariat pour confier complètement l'outil productif aux kleptocrates. La grande "innovation" qui permettra cette transformation historique du rapport de force social entre ceux qui possèdent et les autres c'est ce qu'on appelle le "numérique". Plus simplement, il s'agit d'une automatisation poussée d'un certain nombre de tâches intellectuelles et manuelles via la coordination entre l'informatique et la robotisation.

Cette "transition" a été planifiée de concert entre les grandes entreprises et les gouvernements, à un niveau qui dépasse largement l'échelon national, mais également sur le plan national. Il faut savoir se souvenir du contenu des plans Montebourg. Là où l'ancien ministre se posait en champion du "Made in France", il préparait déjà la transformation complète du salariat français et Macron ne fait que prolonger sa logique, qui est celle des entreprises.

Je me permets donc de reproduire ci-dessous le texte que j'avais écrit à l'époque...

 

La « nouvelle France Industrielle » ou la destruction systématisée de l’emploi

 

Pendant que le prétendu débat sur la « transition énergétique » n’en finit plus d’agoniser sous la plume (ou le porte-plume) de Ségolène Royal, d’autres batailles pour la maîtrise de notre avenir sont en train de se jouer beaucoup plus discrètement, et peut-être en train d’être perdues. Encore faudrait-il savoir dans quel camp nous souhaitons nous situer sur le champ de ces batailles, et ce n’est certainement pas un hasard si l’exécutif a complètement renoncé à communiquer auprès du grand public ses choix en matière de politique industrielle.

Le ministère du « redressement productif » publie un document intitulé « La Nouvelle France Industrielle » qui dessine les contours de l’économie productive française pour les décennies à venir. A la lecture de ce document, le moins qu’on puisse dire, c’est que le gouvernement ne manque pas de « vision » puisque c’est souvent ce qui lui est reproché. Au contraire le plan dégage une grande cohérence qui découle non pas de perspectives originales réfléchies par nos énarques mais bien d’une synthèse méthodique des pressions subies de la part des groupes d’influence économique. Nous sommes donc en présence de la vision de notre futur, imaginée par les industriels et les multinationales, traduite en français et déclinée à l’échelle nationale par nos  « représentants ».

Si le ministre Arnaud Montebourg apparaît souvent très actif, à défaut d’être efficace, sur le front de l’emploi, on note d’emblée que dans l’introduction ce sont plutôt la « croissance », la « technologie » et l’ « innovation » qui sont prépondérants. Bien sûr, un mantra classique de nos dirigeants consiste à concasser suffisamment ces termes pour les réassembler sous la forme de promesses d’emploi mais nous allons montrer ici, et à l’aide du document lui-même, à quel point ce langage est tromperie, une tromperie certainement consciente.

Résumons ici les principales critiques que nous adressons à ce plan avant de les détailler :

  • Il n’a visiblement été discuté qu’avec les acteurs industriels et pas les citoyens alors qu’il engage l’avenir de notre société ; sur ce point on n’a pas progressé depuis le développement du parc électro-nucléaire ;
  • Il engage notre pays sur la voie de la destruction massive d’emplois ; c’est une voie qui nous semble inéluctable dans la continuité du système économique actuel et qui n’est pas spécifique à la France ; il s’agit ici de dénoncer l’hypocrisie et la lâcheté d’une classe politique tout entière qui impose à l’individu l’impératif du travail comme valeur morale d’un côté et construit de l’autre côté les outils qui rendront ce travail inutile ;
  • Il valide l’idéal consumériste de transformation de l’homme en réceptacle de messages publicitaires ;

Cela ne signifie pas pour autant que tout soit définitivement irrécupérable dans ce document mais ces trois critiques suffisent pour réclamer qu’un vrai travail démocratique soit fait sur la façon dont nous et nos enfants souhaitons construire l’avenir. Dans l’idéal on imaginerait que les décisions d’orientation industrielle découlent d’un tel exercice démocratique au lieu d’apparaître comme un objectif en soi, conditionné par notre besoin d’exister sur la « scène » internationale, scène qui n’a jamais autant mérité son nom.

La « Nouvelle France Industrielle » ou la dictature du marché international

Mais d’abord qu’est-ce que la « Nouvelle France Industrielle » ? Vous n’en avez jamais entendu parler certainement alors qu’avec un logo aussi éclatant on s’attendrait à voir le concept en une des media de masse. La philosophie est assez bien résumé en introduction :

« Nous construisons une offre industrielle nouvelle, compétitive, capable de regagner les marchés perdus, d’en gagner de nouveaux. » Si vous cherchez un vaste projet industriel à l’image du parc électro-nucléaire ou de la planification énergétique de Mélenchon, vous allez vite être déçus. La raison d’être de cette nouvelle France Industrielle c’est d’abord d’exister sur le marché international. Dit autrement, loin de prendre du recul et de critiquer la Guerre Mondiale Economique que se livrent les puissances industrielles, le mot d’ordre est de foncer tête baissée dans la foire d’empoigne en faisant valoir nos atouts, c'est-à-dire en se spécialisant. On retrouve ici la très ancienne théorie Ricardienne des avantages comparatifs, théorie qui peut se comprendre quand on échange des ressources rares et clairement localisées, mais qui s’effiloche rapidement dès qu’il s’agit d’avantages en termes de connaissance, de technique et d’ingénierie. Aujourd’hui la plupart des nations ont perdu la main sur leurs ressources au profit des marchés et des multinationales. Tout le monde le sait, « en France on n’a pas de pétrole mais on a des idées ». Ce motto des années 70  pouvait avoir du sens à une époque où nombre de pays se contentaient de s’asseoir sur des puits de pétrole ou des mines de fer pour en tirer des revenus mais à l’heure actuelle le « marché des idées » est investi par les ingénieurs chinois, indiens, russes, brésiliens… qui peut croire que dans ce contexte la France est susceptible de se doter d’un avantage comparatif durable. On peut vanter à raison notre formation supérieure scientifique, dont la valeur est reconnue sur toute la planète. Mais déjà de nombreux étrangers profitent de cette formation en France (et c’est une bonne chose) et,  au moins en ce qui concerne la Chine, le modèle même de notre formation supérieure est en train de s’exporter. Notre seule chance dans ce contexte est d’essayer de profiter au maximum de la faible avance actuelle pour devenir des « capitalistes du brevet ».

On peut se réjouir que l’Etat manifeste, au moins en apparence, le désir de structurer un certain nombre de secteurs industriels de manière à assurer des filières de production françaises. On ne peut en revanche que s’inquiéter de voir que ces plans s’inscrivent uniquement dans la perspective de gagner des parts de marché au niveau mondial et non pas d’assurer une demande interne et qu’elle ne soit assortie d’aucune mesure protectrice pour l’industrie française. Ce choix va au rebours de la « relocalisation » tant vantée naguère par Arnaud Montebourg puisque, au lieu d’assurer en priorité des débouchés dans l’économie locale, on affirme haut et fort que l’objectif est le marché mondial et donc l’exportation. Ce paradigme a deux conséquences immédiates, économiques et sociales (et il permet incidemment de mieux cerner la politique générale de notre gouvernement) :

En premier, lieu affirmer que le modèle d’une France qui se finance par les exports est le seul horizon industriel qui nous est promis, c’est en filigrane souligner que le besoin de faire vivre un marché local est secondaire. Cela permet à la fois de comprendre pourquoi l’ensemble des mesures gouvernementales d’aides aux entreprises sont prioritairement tournées vers les entreprises « exportatrices », « compétitives », etc… au détriment des structures plus modestes tournées vers la satisfaction quotidienne de besoins locaux et qui créent énormément d’emplois. C’est aussi pour cela qu’aucune mesure substantielle pour relever les salaires n’est au programme du gouvernement. On n’a pas besoin de soutenir la demande locale mais plutôt de comprimer les salaires pour doper les exports.

En second lieu, se lancer dans la compétition internationale sur des biens à forte composante d’ingénierie, sans imaginer de barrière protectrice, c’est programmer d’emblée la fin du modèle que l’on met en place. Dans ce domaine, tout avantage ne saurait être que transitoire, bien sûr le recours aux brevets peut permettre de reporter dans le temps le déclin mais ceux-ci seront aisément contournés voire ignorés par les pays émergents dès que la nécessité apparaîtra. Dans la mesure où nos compétences reposeront sur une demande mondiale et sur des secteurs « en croissance », on se condamne à la flexibilité et à la volatilité de nos emplois industriels pour toujours suivre la tendance…

La « Nouvelle France Industrielle » ou la destruction massive de l’emploi technique

On peut maintenant s’attarder plus précisément sur les secteurs mêmes qui sont l’objet de l’attention de notre gouvernement. Et on comprendra assez vite les inquiétudes que l’on peut nourrir sur le devenir des emplois ouvriers, manufacturiers, ou à composante technique. Il suffit d’ailleurs encore une fois de lire l’introduction pour comprendre qu’ils ne constituent pas le « cœur de cible » d’Arnaud Montebourg.

« Ces priorités prennent la forme de 34 plans industriels : ils seront le point de convergence de tous nos efforts, le point de rencontre de toutes les forces productives, des chercheurs, des ingénieurs, des designers, des travailleurs, des entrepreneurs, et le point de départ de notre reconquête industrielle. »

On voit que les « travailleurs » paraissent complètement perdus au sein d’une pléthore d’emplois « CSP+ » comme on dit. On notera tout ce qui peine à être refoulé dans le choix de ce vocabulaire. Ainsi on comprend que les chercheurs, les ingénieurs, les designers, etc… ne seraient pas des « travailleurs » mais des « forces productives ». Il est probable que le terme de travailleur est bien trop péjoratif pour être appliqué à ce qui constitue encore le noyau de l’électorat socialiste (et le substrat de ses militants). A contrario, les forces productives qui ne sont pas CSP+ sont regroupées dans ce terme complètement indéterminé. Ils ne sont ni techniciens, ni maîtrise, ni manœuvre, ni ouvriers spécialisés…ce qui semble vouloir dire que si on ne sait pas bien à quoi ils serviront on trouvera bien toujours un petit quelque chose à leur faire faire, même à temps partiel… Mais ne nous y trompons pas, si le discours vise à séduire les CSP+, nous allons voir que la menace pèse sur elles aussi.

Pour dresser le paysage, il est préférable de commencer par le plan 73, c'est-à-dire le dernier dans l’ordre de la numérotation gouvernementale, peut-être refoulé à cette position pour faire moins peur, tant il est évident que l’ensemble du plan ne peut se comprendre qu’à travers ce prisme : « L’Usine du futur ».

Les premières phrases sont suffisamment éloquentes «nous construisons la France de la troisième révolution industrielle.  Avec moins de 35 000 robots de production installés en France contre plus de 150 000 en Allemagne et près de 65 000 en Italie, la France a un taux d’emplois industriels plus faible que ses compétiteurs et doit rattraper son retard. »

L’usine du futur c’est donc avant tout l’usine des robots. Le lecteur notera que dans un enchaînement logique pour le moins paradoxal on relie l’absence de robots avec le retard en emplois industriels ! Tout se passe comme si on pouvait produire et écouler n’importe quoi sans tenir compte de la demande et de ses « compétiteurs » justement !

La stratégie industrielle peut être interprétée selon deux axes :

-l’augmentation de la productivité permet d’augmenter la production, de baisser les prix, et donc de développer l’emploi dans le secteur ;

-l’augmentation de la « compétitivité » permet de prendre des parts de marché à ses compétiteurs et donc d’augmenter la production sur le territoire national et d’y relancer l’emploi ;

La limite de cette stratégie est qu’elle est calquée sur celle d’un pays qui a depuis longtemps adopté la stratégie du « cavalier seul » : l’Allemagne. Il faut bien comprendre qu’en 2013, par exemple, l’excédent commercial allemand était de l’ordre de 200 milliards d’euros alors que l’excédent commercial chinois était de 260 milliards de dollars. Si l’on rapporte au nombre d’habitants, le chiffre est affolant, en prenant en considération le fait que la Chine est déjà un facteur de déséquilibre dans l’économie mondiale. Personne n’est en mesure de prétendre remplacer l’Allemagne dans ce concours d’excédents, au mieux on peut penser s’insérer dans un nouveau jeu où de nombreux acteurs prendront place.

Le changement de modèle industriel ne serait donc, de toutes façons, pas propre à la France mais serait généralisé, ce qui nous ramène à la première hypothèse selon laquelle les gains de productivité seraient favorables à l’emploi. Qui peut sérieusement prétendre que les observations historiques favorisent ce pronostic ? Depuis plusieurs décennies déjà les gains de productivité ne font qu’augmenter le chômage, sauf à pousser les travailleurs dans une misère telle qu’ils seraient amenés à accepter les emplois les plus inutiles (hommes-sandwich, portiers), en espérant que là aussi les robots ne deviennent pas plus « compétitifs ».

L’usine du futur est emblématique d’une évolution où l’homme devient « inutile » et consommateur pur. On peut noter l’exemple du « véhicule à pilotage automatique ». Dans « dirigeables –charges lourdes » on pousse « les nouveaux matériels aériens civils, avions et hélicoptères sans pilotes (drones) », idée qui se retrouve dans le plan « logiciels et systèmes embarqués ». Le plan « hôpital numérique » laisse clairement présager l’introduction d’outils de diagnostics informatiques et le plan « dispositifs médicaux et nouveaux équipements de santé » fait la part belle aux « technologies robotisées » d’aide à la chirurgie. Le plan « e-education » suppose une refonte totale de l’enseignement avec pour objectif la « transmission des savoirs pour le plus grand nombre » (mais ce n’était pas déjà le principe de l’école publique ?) L’item « services sans contacts » promet également d’être riche en emplois : « Le déploiement  des  technologies  du  « sans  contact »  ouvre  un  champ  de  nouveaux  services  numériques pour faciliter la vie de tous : nouveaux services pour le règlement des abonnements de  transport,  paiements  dématérialisés,  l’intégralité  de  son  portefeuille  dans  une  puce sécurisée. » Enfin on ne sera pas surpris de trouver un plan spécifique « robotique ».

Il ne s’agit pas ici de faire le procès de telle ou telle technologie (on reviendra sur les évolutions sociétales programmées sans aucun débat démocratique) mais de donner à voir un paysage dans lequel la création d’un certain nombre d’emplois très qualifiés ne parviendra certainement pas à compenser le remplacement de la majorité des emplois par des robots, des systèmes informatiques ou des objets communicants…

Dans ces conditions, penser ce que le gouvernement appelle « la Nouvelle France Industrielle » ne peut se faire sans repenser le travail, le salariat et les modalités de la lutte des classes telles qu’elles se sont exprimées jusqu’à aujourd’hui. On l’a vu que l’emploi est supposé se concentrer sur les formations les plus avancées, les usines ne regrouperont que quelques ouvriers hautement qualifiés (et très bien payés, le système capitaliste ne se privera pas de nous le faire savoir), pour le reste on aura recours aux ingénieurs, designers, publicistes et autres commerciaux. Mais ces catégories elles-mêmes se trouveront de plus en plus en concurrence avec leurs homologues des pays émergents sur un marché de plus en plus international. Pour les perdants de cette compétition vers l’emploi, il faut imaginer une vie sans activité productive, ou tout du moins salariée, et donc se réapproprier ce que l’on fait et pour qui on le fait. Vu sous cet angle, le tableau peut devenir intéressant : comment reprendre des activités productives à « taille humaine», comment gérer son temps libre et l’employer par exemple à des engagements dans la politique (au sens littéral du terme), comment partager les productions et par exemple instaurer un revenu universel. Le gouvernement n’est pas prêt à poser ces questions. Elles se poseront d’elles-mêmes mais il y a fort à parier que l’ogre capitaliste productiviste renverra les expériences alternatives au rang du « parasitage », à grand renfort de soutien médiatique.

L’humain, ses désirs et ses activités, voilà le grand absent de la Nouvelle France Industrielle.

La Nouvelle France Industrielle ou le capitalisme post-humain

On peut (et on doit) pour finir aborder le sujet sous un angle qui ne se limite pas aux impacts sur la production et les travailleurs, mais qui étende le débat aux finalités des outils de production. On a déjà souligné le fait que l’humain était le grand absent de ce projet. Ce fait ne se traduit pas seulement par l’évacuation de la question du travail (ou de son absence) et du salariat, on le retrouve encore plus dans la perte de sens de la production.

« Services sans contact »,  « e-education », « objets connectés », « réalité augmentée », « hôpital numérique », « réseaux intelligents », « véhicules à pilotage automatique », « textiles intelligents », « systèmes embarqués », de nombreux plans de la Nouvelle France Industrielle tissent en filigrane le motif d’une société où l’objet est le medium ultime des relations entre les hommes. La technologie (ou plutôt le technologisme) est le totem ultime qui concentre les informations, les désirs et qui même prescrit les comportements.

Non seulement l’être humain est réduit à l’état de consommateur pur, puisque la production de masse est confisquée par les machines, mais même dans son rôle de consommateur il doit s’en tenir au scénario élaboré par les technologies intelligentes. Nous sommes tout simplement dans un programme d’ingénierie sociale. Alors même qu’on réclame en vain la mise en place d’une « planification écologique », cette autre planification, celle des entreprises multinationales, devrait nous inquiéter par sa globalité, sa cohérence et sa systémisation. Encore une fois, ces idées ne sont pas apparues par miracle dans le cerveau isolé d’Arnaud Montebourg, elles reflètent le milieu dans lequel baignent nos élites économiques et politiques, où les convictions se transmettent par simple osmose.

A la limite on peut imaginer que le « peuple » soit d’accord pour être réduit à la dimension d’électrons circulant dans un réseau, il est peut-être même possible de lui arracher son assentiment, mais le service minimum c’est quand même de lui demander où il veut aller. Et si démocratiquement il donnait raison à la Nouvelle France Industrielle, cela ne nous empêcherait pas de protester.

 

12/06/2017

La révolution des 15%

 

 

Et voilà… les prêches médiatiques ayant fait leur office, la démocratie française en est aujourd’hui rendue au point qui lui avait été exactement assigné par la technocratie. Après plus d’un an et demi de propagande effrénée pour le « renouvellement » représenté par la comète Macron, après le battage habituel mis en place pour convaincre le peuple que la Présidentielle est L’ELECTION par excellence, après quelques semaines à ignorer superbement la représentation populaire incarnée par les législatives, la recette a pris parfaitement :

  • Un président élu par rejet (encore une fois…)
  • Une majorité écrasante à l’assemblée qui lui est promise

En résumé, au terme de ce show médiatique époustouflant, Emmanuel Macron se voit probablement conférer les pleins pouvoirs par les français, lui qui n’en demandait même pas tant puisqu’il avait déjà prévu de gouverner par ordonnance… La force du scrutin majoritaire est bien confirmée par le fait que 15% seulement des électeurs du premier tour suffiraient à appuyer ce coup de force.

Bien entendu, le deuxième tour n’est pas encore joué, mais on peut déjà anticiper que la gauche ne sera même pas une force d’opposition crédible à l’issue du scrutin. Cette déroute n’empêche pas Jean-Luc Mélenchon d’afficher une mine réjouie, presque triomphale, devant la perspective de « plusieurs dizaines de députés » pour son mouvement. Une mine qui contraste avec sa déception du premier tour de la présidentielle, alors même qu’il avait réalisé un score remarquable, qui promettait bien davantage… Il est vrai que les socialistes, écologistes, communistes, sont encore plus en déroute que les Insoumis, l’objectif principal est donc rempli : faire table rase à gauche.

Il va être temps pour la gauche (la vraie) et ses militants de tirer des leçons de cette énième séquence désastreuse, et notamment de prendre du recul par rapport à la stratégie imposée par Jean-Luc Mélenchon. Il devient désormais difficile de contester que, au-delà de l’intérêt suscité par le programme des Insoumis, la direction de ce mouvement est largement tributaire des ambitions personnelles de son porte-parole.

Ecarter les alliances, au titre que le programme des Insoumis doit être défendu par des candidats qui y croient, cela peut se justifier intellectuellement. En l’absence de scrutin proportionnel, c’est évidemment exposer toute la gauche aux conséquences désastreuses que l’on observe maintenant. L’honnêteté devrait maintenant pousser les Insoumis à constater que cette stratégie n’a pas convaincu, et en particulier qu’elle n’a pas convaincu les électeurs qui avaient porté leur bulletin vers Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle ! L’obsession de Mélenchon de se faire élire comme député, après avoir brigué un poste de Président de la République, a sans doute contribué à accentuer la méfiance vis-à-vis d’un mouvement qui paraît taillé pour lui. Les élections législatives auraient pu être l’occasion de faire émerger d’autres personnalités parmi les Insoumis…

La gauche est riche de sa diversité, des courants qui la composent, contrairement à la droite elle n’est pas génétiquement à la recherche d’un chef pour la diriger. Ce caractère hétéroclite n’est pas un atout pour des élections à scrutin majoritaire, c’est un fait. Ce qui devrait encore renforcer à la fois l’exigence d’une proportionnelle et la conviction que la vie d’une démocratie ne peut pas se limiter au calendrier électoral.

Le résultat est d’autant plus décevant que le Front National s’était placé de lui-même dans un état de désagrégation avancé à la veille des législatives. Ce sabordement du parti qui aurait dû légitimement se positionner en première force d’opposition peut apparaître surprenant, mais l’approche du pouvoir a révélé une réalité qui restait jusque là occultée : la xénophobie ne peut pas à elle seule constituer un programme politique. La coexistence d’une mouvance de droite libérale portée par Marion-Maréchal Le Pen et de la ligne « gaulliste sociale » à la Philippot n’a pas survécu aux premiers toussotements du moteur… Pire, les hésitations et volte-face sur le sujet de l’Europe et de l’Euro, ont  clairement fait fuir une bonne partie de l’électorat qui s’était ralliée sur cette base plus que sur le rejet de l’immigration. C’est ce qui explique le retour du Front National à des scores modestes, même s’il disposera probablement de quelques députés.

L’écroulement du Front National aurait logiquement dû bénéficier en partie à la France Insoumise, seul mouvement à théoriser clairement un affrontement avec la technocratie de l’Union Européenne. Là aussi, la stratégie d’isolement n’a apparemment pas porté ses fruits.

 

Aujourd’hui c’est encore une fois la partie de la France la plus fragile qui va se trouver livrée en pâture aux appétits « révolutionnaires » d’un gouvernement co-opté par 15% des électeurs. Est-ce qu’il faut voir dans le fait que Macron soit un résidu de l’ancien quinquennat un signe que rien ne s’est produit ? Pas vraiment… incontestablement le dégagisme a fonctionné et a bénéficié à la République en Marche qui présentait de nouvelles têtes. Au sein de cette classe de 15%, qui comprend les « entrepreneurs », les « innovateurs », les « cadres dynamiques » et tout ce que ce microcosme entraîne, des lignes ont bougé. Une minorité de caciques a été écartée par une majorité pour qui la marche du « progrès » ne doit être freinée à aucun prix. Ceux qui ont porté Macron au pouvoir ne sont pas nécessairement des dupes du système médiatique, ils ont un intérêt bien compris. Oui, les ruptures proposées par Macron bénéficieront à certains, et ils se sont bien reconnus ! Quant aux autre, l’abstention écrasante montre bien qu’ils n’ont pas été dupes… Mais aujourd’hui chacun doit s’exercer à l’autocritique pour comprendre pourquoi la majorité n’a pas cherché à se défendre.

 
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