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16/06/2007

La nouvelle révolution de Taïwan

Le voyage que je viens d'effectuer à Taïwan m'a donné envie de rapporter quelques impressions quant à la situation actuelle entre l'île de Formose et le continent. Ma connaissance du sujet est assez neuve et parcellaire donc je ne prétends ici que rapporter les éléments qui m'ont frappés et les discussions que j'ai eues avec mon amie. Une bonne part des analyses ci-dessous proviennent de sa vision de la situation.

On a l'habitude d'appeler Taïwan la Chine Nationaliste et le continent la Chine Populaire. Le point commun (important) entre les deux dénominations est le terme "Chine". Depuis l'exil de Chang-Kai-Shek et de ses partisans sur l'île, on parle des "deux Chine", en concurrence pour représenter légalement la Chine. La Chine Nationaliste a été présente pendant plusieurs décennies au Conseil de sécurité de l'ONU comme représentante officielle avant de laisser la place à la Chine Populaire.

Traditionnellement Taïwan était déchiré entre le Guo Min Tang, parti majoritaire de Chang-Kai-Shek, et l'opposition socialiste favorable au rattachement à la Chine Populaire. La répression des intellectuels marxistes et communistes a d'ailleurs été extrêmement dure jusque dans les années 80. On parle beaucoup des exécutions qui ont lieu sur le continent mais beaucoup moins des milliers d'exécutions sommaires dans les prisons politiques du Guo Min Tang.

Quoi qu'il en soit cette période est révolue, et c'est la grande nouveauté. Le parti majoritaire n'est ni le Guo Min Tang ni le parti socialiste mais le parti dit "indépendantiste". Celui-ci cherche seulement à obtenir l'indépendance de Taïwan par rapport à la Chine et non pas à la reconquérir comme le souhaitait Chang Kai Shek. Ce programme passe par une véritable "occidentalisation" et "japanisation" de l'île, un abandon programmé de la culture chinoise. Les programmes d'histoire ont été changés dans l'enseignement pour parler essentiellement de Taïwan et non plus de la culture chinoise. Les oeuvres musicales traditionnelles sont transformées et renommées pour apparaître comme taïwanaises. Les monuments au nom de Chang Kai Shek sont débaptisés.

Bien sûr la population reste fortement imprégnée de la culture chinoise mais on sent une ligne de fracture apparaître entre des élites extrêmement riches qui se tournent de plus en plus vers le christianisme, et en particulier les églises évangélistes d'inspiration américaine, et les classes moins aisées qui restent attachées aux traditions bouddhistes. Dans les "department store" qui pullulent au sein des villes (des buildings de dizaines d'étages), les marques sont toutes occidentales et les publicités présentent essentiellement des modèles occidentaux. Les grands groupes occidentaux ont la mainmise sur la plupart de l'économie (vous pouvez aller faire vos course chez Carrefour et chez Géant). Même dans les librairies, vous trouverz plus facilement des traductions de romans anglo-saxons que les auteurs classiques chinois. C'est une très grande différence avec ce que j'ai pu observer à Pékin, où l'intrusion occidentale est restée très confinée.

Le plus inquiétant c'est que le parti indépendantiste recherche la confrontation avec Pékin, probablement en se sentant soutenu inconditionnellement par les Etats-Unis. Les deux premières semaines de mons séjour ont été marquées par un gigantesque exercice militaire (le premier du genre), diffusé en direct toute la journée à la télévision, où l'armée essayait ses chars, ses missiles, ses avions.

Taîwan vit donc sous tension même si à première vue on ne le voit pas. Le président indépendantiste a été réélu dans des conditions abracadabrantes malgré son impopularité. La veille du scrutin il a été victime d'un attentat par balle. Il a été transporté en catimini dans un hôpital très loin du lieu de l'attentat. Alors qu'il était donnée perdant, il a finalement remporté le scrutin. Le problème est qu'il n'existe aucune preuve réelle de cet attentat. Un certain nombre de gens pensent maintenant qu'il s'agissait d'une mystification.

Il faudrait maintenant approfondire l'analyse,e t comprndre mieux les line avec les Etats-Unis et le Japon. On peut se demander par exemple si les Etats-Unis n'ont pas l'intention de se servir de Taïwan comme ils se servent de l'Europe de l'Est, pour installer des bases de missiles dont la vocation ne serait pas purement défensive, mais qui leur donneraient les moyens d'anéantir la Chine avant d'être frappés. En tout état de cause, même si cette question n'apparaît plus trop dans nos journaux, une des zones de conflit des années à venir pourrait être l'Asie. 

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