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20/01/2008

Le Monde du probable

Je me permets de mettre en ligne un roman que j'ai écrit, intitulé Le Monde du probable. J'ai commencé ce roman en 2001, avant le 11 septembre, à une époque où l'euphorie de la bulle internet touchait tout juste à sa fin. Je le voyais plutôt comme une mise en garde, une sorte de contre-utopie située dans un avenir proche. Il se trouve que la réalité a très largement dépassé la fiction depuis et, au fur et à mesure que le monde évoluait, j'ai dû adapter mes objectifs et impliquer davantage l'espace contemporain.

C'est aussi un roman que j'ai publié au fur et à mesure sur internet (à partir de 2002 ou 2003) ce qui a été l'occasion de ma première confrontation avec un public (limité certes) et m'a permis de modeler mon roman, non pas selon les attentes du public mais au moins en tenant compte de ses réactions. J'ai d'abord commencé à le publier sur le site Bookenstock, puis sur Librisme, et pour finir sur le site Deadflags de mon ami Guillaume Kulich. Au cours de cette expérience j'ai pu bénéficier des avis éclairés de Guillaume, Emily, Romain, et bien d'autres encore. Qu'ils en soient remerciés ici.

J'ai choisi de publier ce roman sous licence Creative Commons, d'abord parce que je suis trop fainéant pour rechercher un éditeur et ensuite en tant que défenseur de la gratuité sur internet. Je ne suis pas écrivain de profession et ne le serai jamais (ça n'a d'ailleurs aucun sens pour moi). Vous pouvez donc vous sentir libres (si ce roman vous plaît) de le diffuser à qui vous voulez, à condition de ne pas modifier son contenu et de citer mon nom. Pour toute utilisation commerciale, en revanche, merci de me contacter.

Creative Commons License
Le Monde du Probable est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.

 LMDPv2.pdf

05/01/2008

Maintenant tout est possible

Je suis tombé sur un article du Monde Diplomatique daté de 2005, Comment Hitler acheta les Allemands, signé d'un historien allemand Götz Aly. Il décrit le gestion du pouvoir par le Führer en ces termes:

« La plupart de ceux qui se laissèrent entraîner par le nazisme le firent sur la base de points imprécis du programme (...). C'est précisément parce qu'il reposait sur des affinités partielles diverses que le suivisme de millions d'Allemands, aux motivations ponctuelles mais aux conséquences funestes, put a posteriori être reformulé sans difficulté comme une « résistance » dépourvue d'efficacité historique »

« Par ailleurs, seul le rythme effréné de l'action permettait à Hitler de maintenir en équilibre le mélange toujours instable des intérêts et des positions politiques les plus divers. »

Quand je lis ces lignes et quand je pense à l'ascension d'Hitler en général je ne peux m'empêcher de faire le parallèle avec Nicolas Sarkozy. Les six premiers mois de pouvoir ont montré que la stratégie utilisée était clairement l'étouffement de l'opinion sous de le débordement de l'action (on en avait déjà eu un aperçu lors de son passage au Ministère de l'Intérieur). L'important est de toujours aller là où on n'est pas (encore) attendu, et d'en référer à l'  « urgence » comme le Président a aimé à le rappeler lors de ses voeux.

Le « problème des banlieues » ou la « question de l'immigration » remplacent la « question juive » dans le paysage médiatique français. Le propre de ces problèmes, montés de toutes pièces pour détourner l'attention, c'est qu'une fois qu'ils sont posés et font consensus on ne débat plus que de la nature des solutions. Et, au fur et à mesure que l'on s'enlise dans le débat, car le problème qui n'en est pas un n'a évidemment pas de solution, on se dirige vers des solutions de plus en plus radicales pour contenter l'opinion publique à qui on a vendu le problème. De cette manière les boucs émissaires finissent en victimes expiatoires. Dans l'Allemagne nazie ce jeu pervers avait entraîné le paroxysme de l'Holocauste (monstruosité aux racines adminiistratives et technico-économiques comme le montre si bien Hannah Arendt dans Eichmann à Jérusalem ou Nicolas Klotz dans son excellent film La Question Humaine ).

Adolf Hitler avait séduit de la droite catholique jusqu'à la gauche socialiste. Le flou de Nicolas Sarkozy lui permet de glâner les voix du Front National, d'initier l'ouverture à gauche et de faire rentrer dans le même temps des français « issus de l'immigration » au gouvernement, alors même que l'immigration et les banlieues sont le défouloir idéologique du gouvernement (à ce propos, qui se souvient, comme le notait Hannah Arendt, que des hauts membres d l'administation nazie avaient des origines juives? Elle notait aussi que cela n'avait pas été perçu comme une contradiction, ni par le parti ni par l'opinion).

Nicolas Sarkozy est si puissant qu'il n'est pas à la tête d'un seul parti (rappelons que l'UMP n'a pas de président) mais bien de cinq partis ! Il est en effet l'inspirateur du Nouveau centre d'Edgar Morin, du Parti radical de Jean-Louis Borloo, de la Gauche Moderne de Jean-Marie Bockel et d'un autre parti embryonnaire de gauche sous la houlette d'Eric Besson. Et le Président nous a fait comprendre que cette politique d'ouverture n'en était qu'à ses débuts. Gageons qu'il ira jusqu'à râcoler les personnalités de l'extrême-gauche (communistes par exemple, la lettre de Guy Moquêt étant un premier appel du pied) et de l'extrême-droite dont il a déjà aspiré les électeurs.

Nicolas Sarkozy montre sa puissance jusqu'à ne rien devoir à sa propre famille politique. Il ne les privilégie pas au gouvernement. Il rompt complètement avec Chirac et Villepin. Les élus de l'UMP se sont plaints (lu récemment dans le Figaro Magazine) que Rachida Dati ne les avait pas prévenus des suppressions de tribunaux dans leurs circonscriptions. Ils pensaient être à l'abri ! Mais, de Chirac à Sarkozy, la politique a vraiment changé. Sarkozy se veut indépendant et l'affiche, ce qui sous certains aspects est évidemment positif.

Nicolas Sarkozy affiche sa puissance dans les médias. Sa puissance masculine par l'ultra-médiatisation de son « idylle » avec Carla Bruni (pensez qu'on en parle jusqu'à Taïwan!). Sa puissance toute simple, dans son plus pur arbitraire, puisqu'au lieu de recevoir des cadeaux honteusement et en cachette comme le faisaient ses prédécesseurs, il se déplace au vu et au su de tous, payé par Vincent Bolloré ou par de riches amis américains, en avançant qu'il économise ainsi l'argent du contribuable. Le mot corruption n'a même plus de sens dans ce flamboiement médiatique, nous sommes dans le pouvoir pur et dur.

Nicolas Sarkozy fait peur à ses alliés et pétrifie ses adversaires. Le seul argument du Parti Socialiste est que le Président ne fait rien et ne tient pas ses promesses. Cet argument montre le dénuement idéologique des socialistes, d'accord sur le fond avec Sarkozy et qui ne retiennent que des points de forme. Objectivement, rarement on aura fait autant en aussi peu de temps en France.

Démantèlement avancé de la Sécurité Sociale via l'application de franchises dont il est déjà prévu qu'elles augmentent graduellement. Rappelons que le monopole de la Sécurité Sociale avait déjà été grignoté par le gouvernement précédent. Mise en place d'une réforme « d'autonomie » des Universités qui vise en fait à les placer sous le contrôle des investisseurs privés et de la fameuse loi du marché (sur le modèle américain, qui fonctionne tellement bien on le sait, puisque la plupart des chercheurs réputés sont des immigrés achetés qui n'ont pas été formés aux Etats-Unis mais le plus souvent dans des pays comme la France). Poursuite de la destruction des retraites, la question des régimes spéciaux n'étant qu'une goutte d'eau dans l'océan des réformes à venir, à savoir le passage aux 41 annuités, puis 42, de cotisations retraites pour le régime général. Qui peut vraiment encore croire qu'avec le système de décotes il bénéficiera d'une retraite ? Loi sur la multi-récidive qui fait que si je vole trois fois une baguette de pain je passerai plus d'années en prison que si je détourne une fois 1 milliard d'euros. Réforme de la carte judiciaire, mise en place de « bornes automatiques » (si, si) pour déposer plainte dans les campagnes. A ce sujet on peut parier que, après les banlieues, les campagnes françaises deviendront bientôt une source de problèmes majeurs pour la société française, tellement leur tissu social y a été déshabillé par les réformes successives. Le gouvernement supprime les trente-cinq heures et prévoit déjà la suppression de toute durée légale du travail, ce qui placera donc le plafond de facto à 48 heures (législation européenne oblige). On attendra longtemps avant de voir les fameuses heures supplémentaires mieux rémunérées... Le gouvernement supprime le repos dominical. De manière générale, le droit du travail a déjà été réécrit et approuvé par l'Assemblée Nationale. Des suppressions d'impôt sont votées en catimini à l'Assemblée Nationale.

Sur l'immigration, Sarkozy a fait plus que les rêves du Front National. Ministère de l'Identité Nationale, reconduites expresses aux frontières, mise en place de systèmes de dénonciations dans les administrations. Et surtout, il a tellement légiféré que maintenant plus personne ne sait au sein des administrations quelle loi est en application. Un étranger, même régulier, n'est plus vraiment une personne humaine. Pour citer un exemple qui me touche ma femme, enceinte, n'a pu échapper à une radio des poumons pour sa visite médicale. Jamais une telle radio n'aurait été effectuée sur une femme française, même si bien sûr les risques sont limités. Les enfants d'immigrés ne sont plus complètement français non plus. Si vous êtes français, né à l'étranger, vous devez justifier de la nationalité de vos parents pour faire renouveler votre carte d'identité. On peut penser qu'à travers des tracasseries de ce type on arrivera à créer des sans-papiers à partir de personnes françaises.

 

Comme il l'a promis, Nicolas Sarkozy est obnubilé par l'Identité. Mais là encore le flou du terme lui permet de tirer dans toutes les directions en étourdissant en même temps la gauche et la droite. Les hommes politiques et les journalistes en sont réduits à « interpréter » la parole présidentielle comme on peut le faire des Saintes Ecritures. Là où, pendant la campagne, le terme identité référait à une tradition et un sentiment conservateur, on comprend à travers son discours du Nouvel An qu'il veut agir sur elle et non la conserver. On comprend même que la France doit constituer un phare de civilisation pour le monde (changer puis propager, on imagine les excès qui peuvent en découler).

Les prémices de cette action se font sentir. Nicolas Sarkozy a remis en cause la séparation de l'Eglise et de l'Etat au Vatican. Il a unifié les services secrets et veut maintenant concentrer le pouvoir sur l'armée et sur la police entre ses mains, en les rapprochant également. Il a fait rédiger un rapport dans lequel l'adhésion de la France à l'OTAN est sérieusement envisagée. Il enclenche le Traité de Lisbonne, initie un projet d'Union Méditerranéenne et parle même lors de son discours de Dakar d'une alliance plus large entre l'Europe et l'Afrique. Nicolas Sarkozy parle de guerre avec l'Iran. Il a rompu les relations diplomatiques avec la Syrie dans l'indifférence presque totale des médias. Le gouvernement répond aux émeutes de Villiers-le-Bel en allouant plus de moyens à la sécurité des policiers et à la surveillance en prévision des prochains affrontements (aucun espoir de solution donc). Des étudiants manifestants sont fichés et interpellés sur les campus, des syndicalistes sont arrêtés...

Du point de vue de l'action, on distingue ainsi deux axes simples: un axe de politique intérieure centré principalement sur le discours du MEDEF; un axe de politique extérieure centré sur les discours néo-conservateurs américain et israëlien. Mais il est trop tôt pour savoir s'il s'agit de perspectives durables ou de tremplins idéologiques pour la mégalomanie du Président lui permettant de façonner le pays à son image en faisant table rase des systèmes existants.

Quoiqu'il en soit, dire que Nicolas Sarkozy n'a rien fait c'est à la fois ne pas offrir d'opposition concrète et valider implicitement les axes qu'il a choisis. L'opposition nécessite en effet deux niveaux d'action: une résistance au coup par coup pour défendre les droits sociaux et une contradiction idéologique d'ordre plus général.

 
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