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31/03/2008

De Cuba

Une information court sur les journaux du net: Raul Castro autorise l'utilisation du téléphone portable aux cubains.

Beaucoup de choses sont intéressantes dans cet article. D'abord parce qu'on nous apprend qu'il y avait une interdiction d'utiliser ces appareils, de même que les ordinateurs, magnétoscopes, et même les vélos électriques peut-on lire sur le site du monde. Ce qui nous amène naturellement à poser la question: pourquoi un gouvernement interdirait-il ce genre d'objets à la population ? Une réponse fuse, limpide: parce qu'il s'agit d'une dictature qui (par nature) opprime la population, il est donc logique qu'elle prenne plaisir à interdire tout et n'importe quoi. Je ne suis pas un spécialiste de la question cubaine, mais je me permets de soulever des objections à cet argument.

D'abord je ne crois pas aux régimes purement oppressifs et dictatoriaux. Tout régime se doit de composer avec sa population et la répression est en général dirigée contre la partie de la population (faible) qui s'oppose au régime. Dans le cas où le régime s'attaquerait à l'ensemble de la population, il pourrait difficilement subsister. Même Saddam Hussein ou Ceaucescu ne régnaient pas que par tyrannie et cruauté. Celles-ci n'étaient qu'un aspect de leur personnalité mais ne suffit pas à décrire un régime.

Ensuite parce que à Cuba, pour autant que je sache, l'éducation et la santé par exemple sont gratuites. Pourquoi un régime naturellement tyrannique et oppressif s'occuperait-il de soigner et éduquer l'ensemble de la population. ou peut-être est-ce là mêe la marque de la tyrannie puisque dans nos sociétés si foncièrement démocratiques on ne sait plus assurer la santé et l'éducation autrement que pour les classes privilégiées ? 

Une autre information intéressante qui circule dans les articles du Monde est que la salaire moyen à Cuba est de 11 euros par mois et que de toutes façons la population ne saurait pas s'acheter les forfaits qui coûtent plusieurs dizaines d'euros par mois. On nous livre ainsi plusieurs messages subliminaux: le salaire mensuel est risible dans ce pays qui décidément aime maintenir sa population dans la pauvreté. Qui plus est, le frère Castro se moque bien du monde puisqu'il fixe les forfaits à des tarifs rédhibitoires au lieu de les placer à un prix accessible à tous comme dans toute démocratie qui se respecte.

Sans avoir l'air d'y toucher, le journaliste fait monter l'irritation en nous. il livre encore une information: cette mesure "libérale" n'est en fait qu'une légalisation de la situation existante puisqu'un certain nombre de cubains utilisent déjà des portables. Tiens. Comment font-ils avec leur salaire de 11 euros par mois. La réponse est simple: ces gens ont de la famille à l'étranger (les Etats-Unis en général) qui leur envoie de l'argent. Comme ils ont la chance de vivre au contact d'un état démocratique, ils peuvent bénéficier des avantages de la technologie et le gouvernement cubain décidément cruel leur interdit de les utiliser.

On en arrive à ce qu'il y a de plus remarquable dans ces articles. Nulle part le mot d'"embargo" n'y est cité. Autrement dit la situation à la fois politique et économique de Cuba est complètement vidée de son contenu. Je n'ai pas lu beaucoup sur Cuba mais je sais quand même que les Etats-Unis imposent un embargo à ce pays depuis des décennies et refusent de traiter commercialement avec les entreprises qui fourniraient Cuba. Avec les cours d'économie que j'ai pu suivre, je suis à même de faire un lien entre un embargo et le fait que le salaire moyen soit à 11 euros par mois. Sous embargo, il me paraît à peu près clair aussi que tous les objets de haute technologie ne peuvent être introduits à Cuba que par contrebande (ordinateurs, téléphones, magnétoscopes, etc...) On comprend donc que ceux qui en possèdent sont ceux qui ont de la famille à l'étranger, c'est à dire essentiellement aux Etats-Unis. Or les Etats-Unis sont précisément ceux qui imposent l'embargo et empêchent la majorité de la population cubaine d'accéder à ces biens. Si un Cubain va travailler aux Etats-Unis, on comprend assez bien qu'il se désolidarise non seulement de son régime mais également de ses concitoyens. 

Si je n'aime pas mon Président (Dieu m'en garde) je ne vais pas pour autant soutenir un régime qui affamerait la population française pour faire tomber le Président. Et je n'aurais pas en plus l'hypocrisie d'échapper aux conditions de pauvreté que je soutiens en disant que c'est pour le bien de mon pays. Evidemment, les situations réelles sont plus complexes, mais globalement onentrevoit qu'il s'est créé à Cuba une classe "privilégiée" (tout est relatif) qui dans les grandes lignes soutient l'a ction américaine. Il est évident que les mesures gouvernementales visaient à punir cette classe et pas la majorité de la population qui de toutes façons n'a pas physiquement accès à ces technologies.

Dans tous ces écrans de fumée journalistiques, il faut toujours garder à l'esprit que le sens du mot "population" est multiple. Il n'y a pas une population mais différentes classes de population (n'en déplaise à ceux qui ne croient plus à la lutte des classes et qui ont seulement en partie raison). Une partie qui se croit populaire est en fait naturellement élitiste et avant-gardiste et considère en général comme normal de jouir de plus de biens que ses concitoyens moins actifs. Au fur et à mesure, invariablement, elle voudra se protéger et s'ériger en classe dominante. La "libéralisation" du régime cubain est peut-être la première concession faite à la future classe dominante cubaine. S'il n'y a pas en contrepartie une levée de l'embargo qui permette à l'ensemble de la population de progresser unie, alors Cuba connaîtra le sort de l'URSS de Gorbatchev (et d'aucuns s'en réjouiront). 

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