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28/04/2008

Pourquoi j'aime bien les communistes

Voilà. Ca y est. Je m'apprête à briser le dernier tabou et dévoiler mon véritable être. Je suis ce qu'on pourrait appeler un "sympathisant communiste". Même pas trotskyste en plus. Plutôt sympathisant de la tendance lourde et bourrine, celle qu'on assimile très rapidement à Staline et au goulag et qu'on rejette avec dégoût sans prendre la peine d'y regarder à deux fois.

Je ne vais pas prétendre que je sois un historien émérite et que je puisse contrer un à un les arguments qu'on oppose au communisme mais je peux au moins expliquer pourquoi (et comment) j'ai glissé d'une tendance socialiste bobo vers la tendance rouge écarlate.

- historiquement d'abord j'ai toujours vécu à Ivry sur Seine, ville dirigée par les communistes depuis un siècle (réformateurs depuis une quinzaine d'années) et je m'y suis toujours plu. J'ai même un frisson désagréable quand je parcours les rues du XVIème arrondissement, où je trouve les visages trop blancs, trop lisses, les habits trop repassés. Je suis passé de la primaire à Ivry au collège à Paris et franchement j'ai toujours eu une touche de dégout pour les mômes parisiens (et réciproquement ils ne m'aimaient pas non plus). Ca ne m'a pas empêché de m'assimiler petit à petit mais au final j'ai toujours gardé cet attachement à Ivry alors même que j'étais anticommuniste "primaire" comme on dit.

- de manière moins affective, le détachement de la gauche rose saumon m'est venu petit à petit lorsque j'ai compris (comme nombre d'autres avec moi) qu'il s'agissait d'abord d'une espèce de pose dandy destinée avant tout à la parade amoureuse. Une manif et un concert de SOS Racisme et hop, emballé c'est pesé, je peux partir faire du droit à Assas ou de l'éco à Dauphine, réfléchir à mon avenir, la famille, les enfants, la voiture... Non pas qu'il soit fautif de réfléchir à son avenir mais au bout d'un moment le décalage entre les idées affichées et la réalité des actes est trop affligeant. Je n'ai pas rencontré ce fossé chez les communistes que j'ai connus. On ne peut pas rester longtemps communiste si on ne met pas ses actes en adéquation avec ses idées. C'est sans doute la première chose que j'ai appréciée chez les communistes au sortir de ma désillusion socialiste.

- pourquoi pas le trostkysme alors, me direz vous ? L'idéal communiste avec le goulag en moins. Et puis c'est plus jeune, un peu tendance. Bon. Je suis sensible aux discours trostkystes, j'aime bien les interventions de Besancenot, mais je reste toujours perplexe. Sur le plan théorique je ne connais pas foncièrement la différence entre marxisme-léninisme et troskysme. Sur le plan de l'observation j'insisterai sur deux points: 1/ les troskystes n'ont jamais eu de responsabilité. 2/ les jeunes troskystes qui m'interpellent dans la rue m'ont rarement semblé issus des couches populaires. Il me semble que le troskyste est plus dans la position de celui qui a raison que de celui qui agit, avec les défauts et les qualités afférentes. Il s'agit d'abord d'un appareil critique mais pas vraiment d'un mouvement politique qui cherche concrètement à aider les classes populaires. Il en résulte un discours souvent un petit peu absurde où se mêle un libertarisme à la limite du libre-échangisme et un discours ascétique qui a intégré parfaitement l'émergence de l'écologie. Les communistes français ont l'expérience de la gestion municipale et de la participation à des gouvernements. Ils ont appris qu'on ne pouvait pas tout faire en même temps. Même si je regrette la pauvreté de leur discours écologique, on peut rarement mettre en doute leur dévotion à un idéal: servir les classes populaires.

- les reproches qu'on fait aux communistes sont souvent justifiés et rarement décisifs. Oui la gestion des municipalités communistes a tendance à maintenir les classes populaires, donc à maintenir un certain niveau de pauvreté. Mais un gestion opposée ne fait que déplacer la pauvreté vers d'autres secteurs. Je préfère personnellement qu'il existe des élus pour maintenir l'existence de classes populaires dans la proche banlieue parisienne. Oui les fêtes et manifestations communistes n'ont pas le clinquant d'un concert de Johnny au Parc des Princes ou d'une comédie musicale à l'Opéra Bastille. Mais ces fêtes s'adressent justement à ceux qui n'auront jamais les moyens de se payer les billets pour Johnny. Une fois débarrassés du mépris des classes populaires (qui parfois gagne les classes populaires elles-mêmes) on apprécie pleinement ces moments trop rares de convivialité. Oui le discours communiste est formaté et il sonne vieux. Mais l'idée est simple: oeuvrer à l'égalité entre les hommes. Et contrairement, à ceux qui veulent le pouvoir pour le pouvoir, les communistes n'ont pas eu besoin de changer leur discours, parce qu'ils veulent le pouvoir pour réaliser leur idéal. Ca ne veut pas dire que rien ne changera jamais, mais le changement doit s'inscrire dans la réalisation de l'idéal communiste. Je pense encore une fois à l'intégration de l'environnement comme élément central du bien-être des sociétés humaines.

- on est prompt à rappeler les défauts ou les crimes du communisme mais on oublie rarement d'en rappeler les achèvements: un emploi pour tous, un logement pour tous, la santé et l'éducation gratuites pour tous. Les régimes communistes ont souvent échoué dans la gestion de l'agriculture encore qu'il faille distinguer la révolution prolétarienne russe et les révolutions plus agricoles chinoie ou cubaine. Le communisme est protéiforme, contrairement à l'idée qu'on s'en fait, il s'appuie sur un contexte social et sur une culture. Il est étonnant de voir à quel point les succès du communisme sont passés sous silence. On préfère rappeler les succès économiques du nazisme, alors même qu'ils s'appuyaient sur des pratiques socialistes. Pourtant, là où les nazis pillaient les pays occupés pour maintenir leur système social et nourrir leur effort de guerre, l'Union Soviétique a développé les pays de l'Est. Par ailleurs le goulag n'est qu'un élément du système soviétique et non un pilier de l'idéologie comme l'antisémitisme l'est pour le nazisme. Il est trop évident qu'il est de mauvais goût de réfléchir au communisme ou de réfléchir au goulag comme on réfléchit au nazisme et aux camps de concentration. Parce qu'il n'est pas dans l'intérêt des classes dominantes de faire prendre conscience à la population qu'il est possible de se développer économiquement en garantissant l'emploi et le logement à tous. Parce que l'intelligentsia répugnerait à admettre que le goulag n'est pas l'aboutissement de l'idéologie communiste comme les camps de concentration sont l'aboutissement de l'idéologie nazie. L'histoire des régimes communistes reste donc jusqu'à présent Terra Incognita et on se bornera à quelques clichés pour résumer cinquante ans d'une société et les dirigeants qui s'y sont succédés.

- pour finir, et c'est ce qui dérangera le plus mes lecteurs et me choque moi-même par rapport à mes habitudes de pensée, je finis par comprendre même les traits les plus noirs des régimes communistes. La liberté à toutes les sauces prônée par nos démocraties n'est que le déguisement de l'exploitation continue des plus faibles. L'humanisme fade qui consiste à pousser un exemple particulier (évadés des hôpitaux psychiatriques, meurtriers en série, petits entrepreneurs saignés par les grèves des transports) pour réclamer la modification d'un système va de pair avec une psychalyse infantilisante qui consiste à vous affirmer que tous vos désirs sont bons, que les réprimer c'est déjà vous opprimer. « Je suis un monde à moi tout seul et j'entends qu'on le respecte », voilà la voie de garage des humanistes modernes, oubliant au détour que l'homme ne peut se concevoir qu'en société, oubliant que la dignité se gagne en respectant le autres autant qu'on se respecte soi-même. Cette litanie de la libération de soi-même est répétée par tous nos artistes modernes, rockeurs, rappeurs, écrivains dandys, cinéastes, qui eux-mêmes se réclament de gauche, sans voir que dans leur discours ils proclament l'élimination du peuple et de sa dignité. Bien sûr l'individu existe, a des droits inaliénables, et doit se battre pour les défendre. Mais ses droits s'inscrivent dans un équilibre où il est lui-même contraint par la société. La tendance intellectuelle à vouloir effacer les devoirs au profit des droits est parallèle à la dandysation de l'art, qui est d'abord plastique même quand il se proclame social. C'est cette tendance qui explique également la confrontation entre les régimes communistes et les milieux intellectuels. Un intellectuel se définit comme celui qui n'est pas manuel, c'est à dire qui s'extrait précisément du milieu ouvrier, pour des raisons diverses où la paresse exerce une grande place (j'en sais quelque chose). Celui qui mélange érudition et travail ouvrier se fait de plus en plus rare. Par ailleurs l'utilité d'un travail intellectuel est indiscutable pour la société et les aptitudes en ce sens sont inégales. Mais il serait légitime que les intellectuels reconnaissent la nécessité et la noblesse du travail manuel, duquel ils tirent leurs moyens de subsistance. Il serait légitime également de reconnaître que le travail intellectuel n'ouvre pas plus de droits que le travail manuel, il devrait même ouvrir moins de droits dans le sens où il est moins pénible. Dans la réalité, gagner la sphère intellectuelle revient à gagner une sphère privilégiée, tout au moins protégée par rapport à la sphère ouvrière. Il est important de comprendre ce mécanisme social qui explique la persécution des intellectuels dans nombre de pays communistes, et qui explique le divorce entre les classes populaires et la culture dans nos sociétés occidentales. Pour nous la culture n'est pas un ciment social mais un facteur de différenciation, un échelon social.

 

 

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