Avertir le modérateur

28/11/2008

Banc d'essai a gauche

Dans le sillage de la crise financiere la gauche francaise est en ebullition. Il ne s'agit pas ici d'evoquer le feuilleton du parti socialiste qui confirme jour apres jour son abandon des electeurs de gauche mais de dresser un panorama (incomplet, je m'en excuse par avance) des forces qui se rassemblent pour s'opposer a ce que l'on a convenu d'appeler le capitalisme. Deux noms viennent immediatement a l'esprit, quand on songe a l'espace laisse beant par le parti socialiste: Olivier Besancenot et le NPA, Jean-Luc Melenchon et son parti baptise sobrement le Parti de Gauche.

 

L'image

Le NPA, cree par Olivier Besancenot sur les cendres de la LCR,  quelques mois d'avance sur son homologue. Les adjectifs ne manquent pas pour le baptiser: "ecolo-libertaire", "socialisme du XXIeme siecle", "communisme democratique", "Guevarisme", il se construit sur un electorat a priori jeune et sur une affirmation de son independance. L'episode de l'adhesion de Rouillan lui a donne un parfum artificiellement sulfureux, qui peut attirer certains et repousser d'autres (le jeu de l'ensemble de la classe politique etent bien entendu de qulifier le NPA d'extreme). Il ne faut pourtant pas s'y tromper, le NPA n'est pas a priori un parti revolutionnaire, tant pis pour ceux qui esperaient voir Besancenot arborer une kalachnikov en bandouliere.

Le Parti de Gauche s'affiche lui deliberement comme un substitut au parti socialiste "historique", ne serait-ce que parce que Melenchon, Dolez et Genereux, pour ne citer qu'eux, en sont issus. Il ne souhaite donc pas prosperer sur les memes terres et affiche au moins deux valeurs "moderees": le republicanisme (Melenchon) et l'europeanisme (Genereux). Il va meme draguer le Parti Communiste, allie traditionnel des socialistes. Genereux se permet meme d'appuyer sur le fait que ce parti existe egalement pour eviter les derives "gauchistes". Ce faisant il prend le risque de derouter son auditoire: il se vante d'avoir travaille avec les communistes et avec ATTAC pour la bataille contre la Constitution Europeenne, et par ailleurs son nouveau parti a deja programme une rencontre avec Olivier Besancenot. Quels sont les "gauchistes" qui paraissent donc si effrayants a un parti baptise "le Parti de Gauche" ?

Le programme

 

Les deux partis etant a l'etat embryonnaire, on va esquisser ici ce qu'on pense etre les points centraux et en particulier les divergences entre les deux tendances de gauche. Le NPA affiche ses origines troskystes dans une volonte marquee de decentralisation et de concertation. Le programme est donc officiellement en discussion. Il est toutefois assez evident qu'il convergera vers des reflexions preexistantes, en particulier si on considere les liens avec des mouvements syndicaux comme Sud Energie ou sociaux comme Sauvons la Recherche et les Indigenes de la Republique.

Le resultat devrait donc etre une synthese de reflexions menees depuis dix ans plutot qu'une veritable revolution intellectuelle, quelque chose qui pourrait s'apparenter a une plateforme politique d'ATTAC mais qui ne se limitera pas a cela. Il reste en effet une inconnue dans le programme liee a la popularite de Besancenot dans les banlieues. Meme si des reflexions politiques ont lieu dans les banlieues elles-memes depuis les emeutes de 2005 elles sont recentes et on peut s'attendre a ce que le NPA soit un centre nerveux de la conscience politique en banlieue. Disons le carrement c'est cela essentiellement qui constituera la nouveaute et l'interet de ce mouvement de gauche: un premier espace politique d'expression directe pour la banlieue, on espere voir enfin la fin des operations marketing, des discours stigmatisants ou miserabilistes et decouvrir la richesse de la banlieue, sa capacite a inventer et pourquoi pas a donner l'exemple sur certains points.

Les nombreuses contributioms sur les sites du NPA, les interventions d'intellectuels illustrent le fait que le NPA se veut avant tout la maturation d'une reflexion collective et pas le parti d'un seul homme. Pourtant on se souvient qu'a la dernier presidentielle Besancenot avait contribue a torpiller la candidature commune de la gauche alternative. L'avenir dira s'il s'agissait de lucidite ou de calcul personnel. Si Besancenot se met effectivement en retrait dans les listes electorales on pourra penser qu'il agit d'abord par souci d'efficacite. Quoi qu'il en soit sa dependance a la personnalite de Besancenot est un point faible du NPA.

Comme on l'a dit precedemment, le Parti de Gauche se veut plus traditionnel, dans la ligne d'un ancien Parti Socialiste (reel ou fantasme ?) et dans l'espace republicain. Ce faisant il devrait attirer des militants nostalgiques d'une periode pre-mitterrandienne et avant tout attaches aux acquis sociaux du Front Populaire, du Conseil National de la Resistance et des differents gouvernements socialistes: des services publics tres forts, la securite sociale, l'ecole publique et laique gratuite, la retraite par repartition... Tous ces points seront difficiles a concilier avec une vocation europeenne mais Melenchon annonce deja une cooperation avec le mouvement Die Linke d'Oskar Lafontaine en Allemagne. Ce qui parait un detail est peut-etre l'atout du Parti de Gauche: dans le contexte de crise financiere mondiale, avoir la possibilite de faire entendre sa voix internationalement est maintenant une necessite. L'echelon europeen est insuffisant mais necessaire. Il manque pour l'instant au NPA.

 

Le hiatus de la République

La tradition socialiste et republicaine est probablement le point d'achopement avec le NPA. Si les acquis sociaux ne souffriront pas contestation, il ne faut pas oublier que la République Française, et le Parti Socialiste, c'est également la colonisation et la Guerre d'Algérie. Si, comme on l'a déjà vaancé, le NPA recrute massivement dans les banlieues, parmi les enfants et petits-enfants d'immigrés, ce hiatus devrait se trouver renforcé. On se souvient que durant les émeutes, la République et ses symboles étaient ciblés particulièrement et on trouve des traces de ce rejet dans les textes de nombreux rappeurs (La Rumeur, Fonky Family, Casey...). Dans le monde qui se dessine après la crise, la France devra de toutes façons faire un retour sur son passé colonial pour "résoudre" enfin la question des banlieues. L'élection de Sarkozy a marqué le refus de la majorité de l'électorat de revenir sur cette question (refus de la "repentance"), l'échec des relations avec l'Algérie est lié à ce point également. sarkozy n'a pas encore compris la leçon comme Berlusconi, qui a payé des indemnités à la Libye pour la colonisation. La politique d'immigration prolétaire et de ségrégation qui s'ensuivit doit enfin ête comprise comme le véritable moteur de l'"ascenseur social", ce mythe élististe qui n'en finit de pas de pourrir la mentalité française. Là encore le NPA doit s'inscrire comme un parti novateur pour porter ce message absent du discours politique.

Il ne faut pourtant pas se tromper de guerre. La République est criminelle en France sur certains points mais la colonisation, la ségrégation, ne sont pas des valeurs particulièrement républicaines. De nombreuses républiques existent de par le monde qui n'ont pas de passé colonial ou ségrégationniste. Aussi bien le NPA que la Parti de la Gauche doivent comprendre que les objectifes sont prioritaires sur les moyens. Les objectifs comprennent la justice sociale, le respect de la dignité humaine, le droit au logement, à la nourriture et au travail. Il faut bien insister sur la différence fondamentale entre donner un droit et faire la charité, différence qui marque la rupture profonde entre le social-libéralisme et le socialisme authentique. Le droit ne fait pas de différence entre les individus. La charité économiste met les démunis au service des nantis. Sur ces points fondamentaux il me semble que le NPA et le Parti de la Gauche se rejoignent. La question se pose de savoir si pour réaliser un tel programe il est nécessaire de réviser profondément les institutions républicaines. Mais la réponse ne doit pas constituer un a priori, elle doit émerger d'un travail de réflexion démocratique qui me semble pour l'instant surtout entamé par le NPA.

 

Le troisième homme: Yves Cochet

 

Pendant que la gauche se cherche donc une nouvelle crédibilité, je souhaiterais m'attarder sur une personnalité qui ne fait pas tant parler de lui mais qui pourrait incarner une partie de l'avenir de la gauche. Pourquoi mettre en avant Yves Cochet ? Depuis de nombreuses années il effectue un véritable travail d'étude de la situation mondiale, étude qu'il a entamée par une réflexion sur le peak-oil (le moment où la production de pétrole se met à baisser). Pendant longtemps le peak-oil a été considéré comme une fantaisie et Yves Cochet, malgré ses qualités remarquables d'orateur, traité comme le bouffon du roi dans les conférences des gens "sérieux". Depuis l'envolée récente des prix du pétrole, le peak-oil est devenu une réalité acceptée par tous les acteurs énergétiques (de l'AIE aux compagnies pétrolières), la question n'étant plus que de savoir s'il a déjà eu lieu ou pas.

Dans le même temps, Yves Cochet n'a bizarrement pas gagné en crédibilité auprès de ses pairs. Il faut dire que sa réflesion s'est élargie à l'ensemble de la sphère énergétique et à ce qu'on peut appeler le pic énergétique, le moment où la production annuelle d'énergie, toutes énergies confondues, se mettra à décroître. Un sujet qui ne prête pas à rire et qui est également en train de faire son chemin dans les esprits. Yves Cochet présente également l'originalité de défendre l'idée que la crise financière actuelle n'est rien d'aautre qu'une crise de la surconsommation face à la finitude de la planète. L'écroulement du système de crédit, fondé sur une croissance indéfinie, s'explique par l'impossibilité de cette croissance. Il est alors clairement risible de vouloir rétablir un système appelé à s'écrouler de nouveau et il est nécessaire d'inventer un système qui affronte la réalité de la finitude des ressources en garantissant enfin une justice sociale à l'échelle mondiale.

Ce n'est pas un mince défi et Yves Cochet est bien le seul à signaler l'ampleur de la tache. La gauche sociale dans son ensemble a l'habitude de sombrer dans l'illusion financiariste qui consiste à dire "l'argent est là', "il suffit de prendre à untel...". La crise financière prouve au contraire que l'argent n'est pas là, il n'a jamais été là ! Ce n'est qu'une monnaie de singe, des paquets d'action qui ont permi d'asseoir la puissance d'une minorité sur la très grande majorité de la planète. la disparition de cet argent devrait faire comprendre que les problèmes révélés par le capitalisme subsistent une fois éliminé le capitalisme. Comment loger les gens ? Comment nourrir la planète ? Comment assurer l'accès à l'éducation et la santé pour tous ? Ce ne sont pas des paquets d'argent qui règleront ces questions mais la formation des enseignants, des agriculteurs, l'exploitation sensée des terres orientée vers les produits de première nécessité, la redistribution des logements vacants, des mesures concrètes qui doivent s'appuyer sur une intelligence et une organisation collectives.

Seule la connaissance de la situation réelle et des problèmes qu'elle soulève peut permettre de dégager le solutions adaptées. C'est en ce sens qu'Yves Cochet doit être un moteur de la gauche. La rigueur de son travail doit émuler les groupes de réflexion du NPA et les travaux de la Nouvelle Gauche pour leur permettre de s'inscrire dans la réalité au lieu de subir des schémas de réflexion qui ont de fait été imposés par le capitalisme (croissance, chômage, etc...). Il n'est pas anodin denoter que la ligne défendue par Yves Cochet est minoritaire chez les rêves, à savoir que c'est actuellement l'ensemble de la gauche "plurielle" qui vit dans un doux rêve dont le réveil sera brutal.

 

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu