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21/05/2009

Nouvelles du front (suite 2)

Un badaud paie une amende de 100 euros pour avoir crié: "Sarkozy je te vois" devant des policiers.

Deux enfants de six et 10 ans sont arrêtés à la sortie de l'école parce que accusés d'avoir volé un vélo.

On découvre aujourd'hui une loi Loppsi 2, loi de lutte contre la "cybercriminalité" qui autorisera les administrations dont la police à installer des "mouchards" (autrement dit des Trojan) pour espionner et enregistrer les faits et gestes informatiques des citoyens.

Un quidam est mis en garde à vue par la section antiterroriste pour avoir reçu un SMS demandant "tu connais des trucs pour faire dérailler un train".

Le groupe "La Rumeur" est toujours inquiété par le Ministère de l'Intérieur pour avoir qualifié d'"assassinat" les bavures policières en banlieue.

Une femme faisant partie du comité de soutien de Julien Coupat est interpellée, un pistolet sur la tempe, mise en garde à vue puis relâchée.

Julien Coupat est en détention depuis six mois. Les raisons invoquées ? Etre soupçonné d'avoir saboté des caténaires, être catalogué d'"ultra-gauche", être peut-être l'auteur d'un livre intitulé "l'insurrection qui vient".

Je suis revenu de Taïwan l'hiver dernier et pour la première fois de ma vie j'ai senti comme une chape de plomb s'abattre sur mes épaules en foulant le sol de mon pays. Pourtant il y apeu encore taïwan c'était le pays du "Général Chang-Kai-Chek", des exécutions sommaires de milliers de prisonniers politiques.

Quand on reste au même endroit, quand les changements s'effectuent graduellement, on s'habitue, on ne voit pas l'ampleur de ceux-ci. On constate l'évolution de la société comme on consulte la météo et on s'aigrit, impuissants. Quand j'étais plus jeune un policier n'avait pas le droit d'effectuer une fouille au corps pour un simple contrôle d'identité. Plus tard j'ai eu à le subir moi-même. Quand j'étais jeune on n'avait pas à justifier de son identité pour un rendez-vous à l'hôpital. L'année dernière j'ai dû justifier de l'identité de mon bébé de quatre mois à l'hôpital Necker. La fonctionnaire, aimable, m'a remis un dépliant expliquant que c'était désormais obligatoire, pour "notre sécurité", bien sûr. Quand j'étais jeune, le plan vigipirate n'était pas en permanence au niveau rouge et pourtant on a tous été marqués par l'attentat chez Tati, rue de Rennes, l'attentat dans le RER C. Quand j'allais au collège c'était une policière non armée, bien sûr, qui nous faisait traverser la rue, et nous plaisantions avec elle.

Aujourd'hui on traque le citoyen jusque dans son foyer, l'arsenal des lois répressives est tellement imposant que chacun est nécessairement un contrevenant en puissance. Aujourd'hui ce sont des militaires qui patrouillent en kalachnikov dans les gares et les aéroports. Aujourd'hui des armoires à glace, labellisées "RATP Sécurité", contrôlent les voyageurs dans les bus avec un pistolet à la ceinture. Dans les métro les contrôles sont organisés comme de véritables embuscades. Aujourd'hui le GIGN est appelé pour stopper des grévistes. L'Etat d'urgence est déclaré pour mater des bandes d'adolescents.

Je n'irai pas jusqu'à écrire à quels pays cette situtation me fait changer, je demanderai jsute: au nom de quoi tout cela ? Est-ce que quelqu'un se souvient de quoi la police et l'armée sont censés nous protéger avec tant de zèle et de ferveur ?

Il y a quelques années je passais  en voiture du côté de la Grande Mosquée et du Jardin des Plantes. La circulation était difficile à cet endroit parce qu'une file imposante de voitures était garée complètement illégalement et bouchait la moitié de la rue. En plus ces voitures étaient pour le moins encombrantes puisqu'il s'agissait pour l'essentiel de Mercedes, BMW et autres Audi, astiquées à neuf, les pare-chocs rutilant au soleil. Heureusement la police était là. Bien sûr il ne s'agissait pas d'aligner une série de PV mais de s'assurer que la circulation s'écarte suffisamment de ses joyaux de l'industrie automobile que nos fonctionnaires entendaient bien préserver. Je peux dire que ce jour là j'ai découvert véritablement à quoi "servait" la police, ou à qui devrais-je dire.

Je ne tomberais pas dans la facilité d'incriminer les policiers individuellement, même s'il est évident que la situtation présente autorise beaucoup de dérives et même que la situation incite ceux qui ont des mentalités de "petit chef" à s'engager pour pouvoir assouvir leurs leurs pulsions. Et que dire de la police municipale... Mais il n'y a pas que ceux-là.

Et on se prend à rêver d'une prise de conscience des policiers eux-mêmes, d'une révolte de ceux qui souhaiteraient que la police soit d'abord un service public qui aide les citoyens, qui garantisse leur sécurité, et pas nécessairement la répression, ceux qui aimeraient pouvoir un jour patrouiller en uniforme sans ressentir le besoin d'avoir un pistolet chargé à leur ceinture, ceux qui pensent que la paix sociale est la première condition de la sécurité des citoyens. Cette tendance existe c'est sûr au sein de la police, elle n'est peut-être pas majoritaire et elle a en tous cas du mal à s'exprimer. Le principe même de l'organisation de la police est pensé pour que cette tendance ne puisse pas s'exprimer.

En attendant il faut bien constater que les fonctionnaires de police ne sont que les relais de leur hiérarchie, elle-même le relais de l'Etat qui lui-même n'est plus que l'incarnation légale du pouvoir de l'argent. Devant cet état de fait, la question qui s'impose n'est même plus "de quoi la police nous protège ?" mais "qui pourra nous protéger de la police ?"

 

06/05/2009

La rocade des gens qui comptent

Le projet de rocade de Christian Blanc vient d'être révélé au public. Le coût présumé, pharaonique, de même que son tracé illustrent à merveille l'adage "on ne prête qu'aux riches". Comme le dit son instigateur cette rocade relie les "poles économiques de la capitale". Parmi ces pôles on connaît bien sûr La Défense, auquel on peut adjoindre La Plaine Saint-Denis, un nouveau centre de l'économie tertiaire, c'est à dire là où les gens pensent, où les gens comptent, dans tous les sens du terme. Les pôles comptent également le duopole scientifique Saclay/Marne-La-Vallée, appelé à phagocyter l'ensemble des centres de recherche et des grandes écoles de la région parisienne. Marne-La-Vallée est déjà en grande partie constitué et Saclay est un autre des grands projets de Christian Blanc, un ghetto pour les futures élites où iront s'agglutiner les élèves de l'Ecole Polytechnique, des Mines de Paris, de l'Ensta, de l'ENS Cachan, de Centrale Paris, de Supélec et de l'ENSAE, ainsi que les facultés de Versailles et d'Orsay, excusez du peu.

Les gens qui comptent sont appelés à faire partie de l'élite mondialisée, c'est pour cela qu'ils ont besoin de se déplacer loin et rapidement. Les deux aéroports d'Orly et Roissy sont reliés par la rocade, bien évidemment, de même que le Bourget et les gares TGV de Saint-Lazare et Massy-Palaiseau. On peut deviner à travers ce schéma que ces gares sont destinées à se développer davantage que les autres au plan international. Le maître mot de cette rocade est la vitesse. Il est très clair que son objectif est de permettre aux élites économiques de se déplacer rapidement entre les pôles, c'est pour cela que les stations sont espacées et délaissent les zones intermédiaires. Entre Villejuif et Marne-La-Vallée pas d'arrêt, pas même à la Préfecture de Créteil. Les élites mondialisées n'auront pas la chance de croiser dans leurs wagons les cohortes de travailleurs étrangers qui font la queue dès 6 heures du matin pour faire renouveler leur titre de séjour. En ravanche il n'oubliera pas les Versaillais entre Saclay et La Défense. Versailles va redevenir une ville qui compte pour les élites, ça rappellera des souvenirs.

Ce projet ne serait pas tellement un problème s'il ne s'apprêtait pas à engloutir des dizaines de milliards d'euros, très probablement au détriment d'autres projets plus urgents. Le transport sera un des problèmes les plus épineux dans les décennies à venir. La pénurie programmée des carburants va obliger à effectuer des choix structurants dès maintenant pour permettre à la population de continuer à se déplacer, en particulier dans de grandes métropoles comme Paris. Ce besoin ne sera pas réservé aux élites mais à l'ensemble de la population, spécialement ceux qui vivent dans des zones densément peuplées mais mal desservies par les transports en commun et qui risquent de se retrouver enclavées lorsque les prix du carburant augmenteront trop (voir l'exemple des banlieues américaines à l'abandon maintenant).

Pour les experts de l'énergie qui essaient d'imaginer les déplacements de demain, plusieurs axes s'imposent:

- le développement massif des transports en commun, l'AIE (Agence Internationale de l'Energie) recommande même la gratuité de ceux-ci

- la limitation des déplacements internationaux, en particulier par l'avion; on préférera une visio-conférence à un aller-retour dans la journée en avion

- la concentration des villes; densifier les villes est un moyen de réduire la facture énergétique des déplacements. De ce fait les habitants de Hong-Kong dépensent par exemple beaucoup moins d'énergie pour se déplacer que ceux de Los Angeles. Lue sous cet angle, l'idée de Sarkozy d'étendre le "Grand Paris" jusqu'au Havre est un véritable contre-sens historique qu'on pourrait payer très cher si on l'appliquait. De manière plus générale l'extension des zones d'activité au Plateau de Saclay où il demeure des terres agricoles est un gâchis. Dommage qu'un énergéticien comme EDF s'y prête en y délocalisant son centre R&D de Clamart.

Nous sommes donc en face d'un projet totalement issu des fantasmes d'une élite qui n'a pas pris la mesure de la crise actuelle et des changements à venir dans notre vie quotidienne. Pour ces gens le mot "écologie" est une fable de marketing. Plus grave encore, le mot "démocratie" relève également pour eux de la fable. Que dire de la façon dont ce projet est parachuté, de même que le pôle scientifique de Saclay, tous deux issus de l'imagination prolifique de Christain Blanc. Il existe pourtant un organisme, le STIF (Syndicat du transport de l'Ile de France) qui est officiellement en charge du développement des transports publics dans la région parisienne. Comment cet organisme peut-il travailler sérieusement si l'Etat vient creuser des tunnels dans tous les sens autour de la capitale pour créer son propre réseau urbain ?

La différence d'approche est flagrante quand on considère les deux projets superposés du STIF et de Christian Blanc. Le STIF propose un métro périphérique dans la petite couronne, c'est à dire une zone densément peuplée et mal desservie. Les arrêts seront rapprochés pour permettre au tout venant de se déplacer, et en particulier d'aller travailler. Il faut noter également que les stations ne sont pas précisées, tout simplement parce que le tracé précis et les arrêts seront l'occasion de débats publics avec les municipalités et les populations concernées. Le tracé de Christian Blanc relève d'une conception bonapartisie de l'Etat et de la société, si on se fonde sur la façon dont le projet Saclay est mené, on ne pet pas dire que la concertation avec les élus locaux et les salariés/étudiants concernés soit un souci pour le Secrétaire d'Etat. Cela laisse augurer de la façon dont le projet "rocade" pourrait être mené.

Non seulement nos élites n'ont pas compris les contraintes matérielles qui vont s'imposer dans notre société, mais ils ne mesurent pas bien l'exigence de démocratie qui croît avec la modernité dont ils ne vénèrent que l'éclat technologique. La conception de l'Etat qui les anime découle directement de Louis XIV et Napoléon, l' "intendance suivra". Pourtant, partout dans le monde, les populations s'informent de mieux en mieux, en particulier grâce à internet, et elles ne sont plus forcément prêtes à déléguer leur pouvoir de décision aussi facilement qu'auparavant. Il est vrai qu'en France le Président de la république a traditionnellement fait office de successeur du Roi, et  l'instar des pharaons il a aimé construire des monuments qui lui serviraient de tombeau. Pompidou a eu son centre et Mitterrand sa Bibliothèque. Le Musée des Arts Premiers s'appellera peut-être Musée Chirac à sa mort. Les dérives que l'on observe maintenant sous l'ère Sarkozy semblent montrer que le régime présidentiel a dépassé sa date de péremption. L'homme qui représente l'exécutif mais qui peut imposer sa loi en dissolvant l'Assemblée législative si elle ne vote pas comme il le souhaite, cet homme n'est plus la figure providentielle qu'a incarnée le général De Gaulle. Il est tout simplement un obstacle à la démocratie.

 

http://www.lemonde.fr/politique/infographie/2009/03/16/grand-paris-le-projet-de-rocade-de-christian-blanc_1168639_823448.html

 
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