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19/11/2009

Le silence de la main

On discute beaucoup de la main de Thierry Henry face à l'Irlande et on peut regretter que le français n'ait pas signalé sa faute à l'arbitre. Cela étant, l'intention est tellement flagrante qu'un tel comportement n'aurait pas été très compréhensible. Et puis ça arrange tellement tout le monde. L'idée que Thierry Henry puisse confesser son geste est restée une simple évocation dans la bouche de Jean-Michel Larqué (toujours appréciable en ces occasions). Il s'en est suivi un silence sidéral d'une dizaine de secondes, ses comparses du micro n'osant pas abonder en son sens mais ne pouvant pas décemment le contredire.

Il est plus intéressant de noter que la gêne s'est prolongée jusque dans les paroles de Raymond Domenech qui n'ose pas mentionner explicitement la faute, le hold-up. Il faut dire que le journaliste qui l'interrogeait a eu la délicatesse de ne pas lui demander son sentiment sur les conditions particulières de sa victoire. Après le "patron" de l'équipe de France, on interroge directement le "patron" de la France, Nicolas Sarkozy, sans doute pour nous faire mesurer la solennité de l'occasion. La journaliste ne lui posera pas davantage la question sur la main de Thierry Henry et le chef de l'Etat glissera également dessus concluant par un éloquent "l'essentiel c'était de se qualifier". A une autre époque certains disaient "l'important c'est de participer".

Autant on peut comprendre Domenech soumis à une énorme pression depuis plusieurs semaines et dont le sentiment dominant est forcément le soulagement face à une victoire aussi inespérée. Autant on doit s'interroger sur l'attitude d'un homme qui est le représentant des français sur le plan international et qui depuis son élection souhaite symboliser la rectitude et la morale. Nicolas Sarkozy est apparu comme un manager félicitant son équipe qui a ravi un contrat à un concurrent. Ce qui est implicite derrière "l'esentiel c'était de se qualifier", c'est "peu importe la méthode". Il n'était pourtant pas difficile pour lui  de regretter les conditions de la qualification tout en reconnaissant que ça arrangeait bien la France.

Ce que trahit l'attitude du chef de l'Etat c'est la véritable philosophie du pouvoir cachée derrière les mots. On est prompt à condamner des gamins sifflant un hymne national, on n'hésite pas à s'interroger sur le coup de tête de Zidane et l'exemple pour la jeunesse. On a pourtant pas envie d'évoquer la main de Thierry Henry comme une question morale alors qu'il s'agit d'un acte de tricherie complètement évident, visionné par la planète entière. Pourquoi ? Parce que la France a gagné. Le geste de Zidane avait pénalisé l'équipe de France et il en devenait d'autant plus condamnable, mais on ne saurait s'interroger sur une main qui a qualifié la France.

La morale qui transparait derrière, on la connaît tous: c'est la morale du "pas vu pas pris" qui a évolué graduellement vers le "vu mais pas pris", c'est la morale qu'appliquent tous les élèves issus des grandes écoles françaises, dans les banques et les industries, la morale du trader qui se verse des bonus malgré la crise. L'exemple pour les enfants, ce n'est pas tellement important, ou plutôt si, l'exemple de Thierry Henry est le bon, celui du succès, celui que doivent imiter tous les gamins sur les terrains de l'hexagone. La loi du succès qui est pour beaucoup la loi du fric a depuis longtemps supplanté la loi du sport.

Je me souviens de la mort de Marc-Vivien Foé et de Sepp Blatter expliquant que la compétition devait continuer, que c'était comme cela qu'on respecterait le plus sa mémoire. Il est évident que si Zidane ou Maradona s'était écroulé sur le terrain jamais la compétition n'aurait été achevée (d'autant plus que c'était une artificielle usine à faire un peu plus de fric). Ce jour là on a pu découvrir que dans le football la loi du fric avait déjà outrepassé le respect de la vie humaine. On ne peut donc pas s'étonner qu'une pauvre question d'équité sportive suscite l'indifférence totale chez les managers du pays.

15/11/2009

Toujours sur le front

Le front est toujours actif. Un internaute me demande: "votre front est-il virtuel ?" ce qui est sûr c'est qu'il est difficile à délimiter tant il est large. Mais la question est à poser à ceux qui sont effectivement sur le front.

Posons là à Marie-N'Diaye qui  a pris position en première ligne en parlant d la "vulgarité" de la France sarkozienne. Faut-il vraiment s'offusquer de la vulgarité ou plutôt d'une véritable faillite morale ? Faillite confirmée lorsque Eric Raoult demande au ministre Mitterrand de prendre position sur un éventuel "devoir de réserve" des lauréats du Goncourt et etc... Tout le monde confirmera que ce devoir n'a jamais existé. Jamais ? Vraiment ?

Pourtant en ce vingtième anniversaire de la chute d'un mur qui fit tant rêver, certains se souviendront que le devoir de réserve des écrivains "officiels" a bel et bien existé dans ces pays que l'on appelait naguère communistes. L'homme de lettres y était aussi un homme de l'Etat. Y aurait-il une nostalgie chez M. Raoult de cette époque bénie où le pouvoir savait museler le scribouillard ? Le même Raoult est l'ami de ce cher Président Ben Ali, chef d'un pays où les gens ont "peur de parler". Il faut croire qu'il y a au moins deux choses que l'UMP regrette du régime de feu Honecker: la censure des media et des lettreux, le flicage généralisé de la population. Voilà des gens qui savaient vivre tout de même.

Toutefois ne soyons pas injustes. Le pays de Sarkozy est bien différent de l'ancienne dictature communiste. Pas de logement pour tous (on a mieux: "un référent pour chaque SDF"), pas de travail pour tous (mais plus de travail pour rien)... Et même une mesurette signée Jean-François Copé: taxer les accidentés du travail. Si on rajoute ça au fameux bouclier fiscal, on peut dire clairement qu'on est décidément pas dans un régime soviétique. Même la CFDT est indignée. Quant aux députés UMP ils sont priés de voter et de gerber en silence derrière les fauteuils de l'Assemblée Nationale.

"Votre front est-il virtuel ?" Posons bientôt cette question à ces handicapés qui traînent leur patte écrasée un jour par une machine, un jour anodin, un jour qu'ils racontent à qui veut bien les entendre dans un bus de banlieue. Bientôt sur le front...

Et puis il ya cette fameuse "identité nationale" qui hante notre gouvernement. Un débat dont on aimerait ne pas avoir à parler. Un débat dont le chef de l'état (comme il en l'habitude) vient de poser les termes pour éviter qu'il ne soit détourné de son but originel: ce débat sera donc celui de l'islamophobie et pas celui de la laïcité, que cela soit entendu, ce débat sera celui du préjugé et de la bêtise, pas celui de la Déclaration Universelle des droits de l'homme.

Penchons nous un peu sur cette lubie de l'identité nationale. Connaissons nous d'autres peuples qui ont enfourché ce cheval de bataille ? Voyons voir. Le premier qui me vient à l'esprit c'est l'Allemagne du XIXème siècle, une nation qui se cherche, tiraillée entre le centralisme et le fédéralisme. Un peuple se trouve des racines, plus ou moins fantasmées: c'est les Niebelungen de Wagner. C'est à la fin de ce siècle que s'élaborent les premières théories racistes, pseudo-scientifiques, qui feront le lit d'Adolf Hitler et du nazisme. Dans ce dix-neuvième siècle, d'autres observent avec inquiétude le mouvement de l'Allemagne. Bakounine prédit que l'idéalisme Allemand fera le malheur de l'Europe. L'Allemagne idéalisée, l'identité nationale, c'est exactement le chant de la Lorelei que décrit Heinrich Hiene et qui le rend "si triste", cette mélodie fascinante qui va précipiter le navire de l'Allemagne, et avec elle l'Europe, contre les rochers. Cette identité allemande, à force de se chercher entre communisme et militarisme, régionalisme ou nationalisme, va se trouver dans ce qui se fait de plus facile en terme d'identité: le rejet de l'autre, en l'occurrence le juif.

Et bizarrement, en écho à cette identité tordue on retrouve le problème de l'identité nationale israélienne. Un état artificiel créé pour un peuple aux migrations multimillénaires. Un peuple tiraillé entre une identité religieuse, une appartenance ethnique en partie fantasmée, des frontières à défendre. Un état qui ne peut exister que s'il est juif mais qui s'est voulu multi-racial et démocratique, un régime qui finit par trouver la contradiction dans ces termes. Un homme qui veut créer réaliser nationale israélienne, au-dealà de l'identité juive qui n'a aps de frontières. Et devinez ce que cet homme trouvé comme ferment de l'identité nationale: le rejet de l'autre, de l'Arabe en l'occurrence, et en particulier de l'Arabe israélien vite identifié comme un traître. Traître à quoi ? Mais à l'Etat israélien bien sûr, qui est juif par essence. L'histoire était déjà écrite.

Le débat sur l'identité nationale est déjà écrit. C'est une étape supplémentaire dans la montée du racisme et du rejet de l'autre en France, c'est un pas qui doit mener à l'institutionnalisation d'un mode de comportement français, un mode de comportement qui permettra de distinguer sur des bases légales ce qui est "français" de ce qui ne l'est pas. Un fois la discrimination possible, un autre jour quelqu'un aura l'idée de criminaliser le comportement "non-français". Cette histoire là est déjà écrite mais elle peut être encore évitée. Elle peut être évitée par un peuple qui ne croit pas aux chimères de l'identité nationale, qui sait qu'à vouloir définir l'insaisissable on finit dans l'absurde voire l'abominable, un peuple qui vit son métissage au jour le jour et n'a pas besoin d'en débattre, un peuple qui demande à son gouvernement de poser les questions sur un plan politiuqe (celui de la répartition des richesses par exemple) et pas selon un axe métaphysique qui ne relève pas de toutes façons de ses prérogatives.

 

 
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