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17/12/2009

La grève qu'on a pas vu à EDF

Notre Président s'est félicité naguère du fait que désormais on ne voyait plus les grèves en France, signe incontestable de sa réussite en matière de dialogue social... Depuis, il y a quelques grèves et mouvements sociaux qu'on a bien vu, de la Guadeloupe aux Conti. Mais il en est certaines qui sont passées presque inapercues, dont l'histoire reste encore à écrire et qui n'ont pas fini de se faire sentir.

Cette semaine, René-Michel, Yann et Nordine ont entamé une grève de la faim à EDF pour protester contre la décision de la Direction de licencier ce dernier. Cette nouvelle n'a pas fait la une de vos journaux et le fera peut-être jamais. Pourtant elle cache beaucoup plus de choses qu'on ne peut le croire, et elle est à rattacher directement à une autre nouvelle qui elle a franchi le seuil des media: le RTE (Réseau de Transport Electrique) annonce des difficultés pour cette semaine à faire face aux pics de demande en électricité, en particulier en Bretagne et Provence-Alpes-Côte d'Azur. La situation n'a jamais été aussi critique depuis une trentaine d'années à l'arrivée du froid.

Pour comprendre cette situation, il faut remonter quelques mois en arrière, au printemps, alors que différents mouvements sociaux se font jour en France pour faire face à l'impact de la crise sur les bas salaires. Dans le secteur de l'énergie, le coup de starter est donné par les salariés de GDF-Suez, qui bloquent les sites de stockage de gaz et les terminaux méthaniers. En deux jours, face à la pénurie imminente de gaz, ils obtiennent gain de cause: primes, augmentations salariales, renoncement aux stocks-option de Cirelli et Mestrallet.

Cette victoire rapide donne des idées aux salariés d'EDF et particulièrement d'ErDF, l'entité de distribution filialisée. Dans ce secteur un plan mangérial prônant un recours massif à la sous-traitance inquiète les salariés. Le mouvement provient de la base et est historique par son ampleur et sa durée (plus d'un mois). Comme souvent en ce printemps 2009 les syndicats classiques sont débordés. Ils s'asseoient rapidement à la table des négociations avec un objectif d'une augmentation de 3% des salaires.

Cette victoire rapide donne des idées aux salariés d'EDF et particulièrement d'ErDF, l'entité de distribution filialisée. Dans ce secteur un plan mangérial prônant un recours massif à la sous-traitance inquiète les salariés. Le mouvement provient de la base et est historique par son ampleur et sa durée (plus d'un mois). Comme souvent en ce printemps 2009 les syndicats classiques sont débordés. Ils s'asseoient rapidement à la table des négociations avec un objectif d'une augmentation de 3% des salaires. Sud-Energie, plus radical, réclame une augmentation de 150€ par mois pour tous, afin de privilégier les bas salaires.

Au final les syndicats classiques obtiennent une revalorisation du nombre de « NR » alloués pour 2009 (1 « NR »= 1 Niveau de Rémunération dans la grille EDF). Quand on lit en détail le résultat des négociations, les problèmes apparaissent clairement: les augmentations sont plus importantes pour les cadres et leur répartition reste à la discrétion des managers. Les salariés impliqués dans le mouvement du printemps n'en verront sans doute pas arriver une grande partie.

Rarement un mouvement social aura été à ce point détourné de ses objectifs par des syndicats. Les directions cadres, qui ne se sont pas mobilisées, empochent un pactole inespéré alors même que les cadres du service public sont protégés de la crise par la stabilité de leurs salaires et le contexte de déflation. Les salariés aux revenus les plus faibles (moins de 1000€ par mois) ne voient pas leur situation s'améliorer sensiblement. L'objectif affiché est clairement de décourager les futures grèves. Mais le ressentiment est fort chez les salariés, le distribution rechigne à reprendre le travail et entre-temps le mouvement s'est étendu aux centrales nucléaires avec la rapidité d'un feu de brousse. Le mouvement est essentiellement mené par Sud-Energie qui n'accepte pas le résultat des négociations.

Il est difficile de faire grève dans le nucléaire parce que les salariés sont astreints tant que la centrale est en opération. Il faut donc profiter des « arrêts de tranche », c'est à dire les opérations de maintenance sur certains réacteurs pour activer les grèves. Ces opérations ont souvent lieu au printemps et pendant l'été pour maintenir une disponibilité maximale du parc nucléaire en décembre et janvier. Ne pas réaliser les opérations de maintenance retarde d'autant la date de redémarrage de la centrale et décale la « campagne » qui s'étale sur 18 mois à peu près. Autrement dit l'entreprise doit revoir tout le plan de production de la centrale sur un an et demi. En dépit de l'impact évident de la grève sur le long terme, l'entreprise compte sur le fait que ses effets ne se feront pas sentir immédiatement et joue le pourrissement en restant sourd aux revendications des salariés: augmentations de salaires, arrêt de la course à la sous-traitance...

Ce mouvement record s'étend jusqu'à l'été et l'entreprise engrange des pertes colossales (plusieurs centaines de millions d'euros !) en étant obligée d'acheter l'électricité au lieu de la produire. Pourtant la direction reste inflexible et choisit finalement de s'attaquer au droit de grève en faisant réquisitionner les salariés par décision de justice. On mesure la différence avec la réaction des dirigeants de GDF-Suez. Bien sûr une rupture des approvisionnements gaziers se fait sentir dans les deux jours alors que la prolongation des maintenances a un effet plus tardif, comme on va le voir. Au début de l'automne, le RTE prévient que la disponibilité du parc nucléaire est historiquement basse pour cet hiver et qu'une vague de froid mettrait en danger le système électrique. Le mouvement de grève est évoqué sans s'appesantir, sans doute pour ne pas mettre en évidence la responsabilité de la direction d'EDF.

On sait que la vague de froid est arrivée. Entretemps Pierre Gadonneix a quitté la tête d'EDF. Entretemps la direction a choisi de criminaliser les mouvements de grève en poursuivant en justice de nombreux leaders syndicaux. Entretemps elle a choisi de licencier Nordine pour des raisons assez peu claires, ce militant syndical ayant été très impliqué dans le mouvement (voir le communiqué de Sud-Energie). Tout ce petit jeu s'est passé dans les coulisses, les media ont évoqué épisodiquement les grèves dans le parc nucléaire sans en mesurer les enjeux.

Une chose est sûre, après ce mouvement EDF ne sera plus comme avant et si nous assistons à des coupures massives de courant dans les semaines qui viennent c'est toute la France qui se réveillera avec la gueule de bois.

2009-12-14 communiqué grève de la faim2.pdf

 
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