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19/03/2010

Dénis de réalités

 

M. Hollande a déclaré « Nicolas Sarkozy est dans le déni de réalité » à propos des dernières élections régionales. Cette saillie hollandienne a bien évidemment pour origine le « triomphe » annoncé de la gauche qui pourrait emporter l'ensemble des régions.

Le grand moment d'une élection c'est en général la soirée d'analyse qui s'ensuit où les différents partis s'invectivent en rivalisant de mauvaise foi. Aux dernières européennes, l'UMP se pavanait en ignorant royalement le taux d'abstention, après le premier tour elle l'utilise pour faire croire qu'il s'agirait uniquement d'une sanction vis à vis de la gestion des régions par le PS. La Parti Socialiste et ses alliés en revanche s'assoient sur les 50% d'abstentionnistes et considèrent que leur bonne gestion a été récompensée. Si M. Hollande voulait vraiment s'essayer à élaborer une pensée critique, il commencerait par constater que le « déni de réalité » est une généralité dans ce que l'on a coutume d'appeler la classe politique.

Et ce « déni de réalité » si on le dissèque un peu pourrait aussi bien s'appeler « déni de démocratie » voire « déni d'humanité ». Un des meilleurs exemples en a été fourni bien entendu lors du vote sur le « Traité Constitutionnel Européen » où gauche comme droite se sont efforcés de faire comprendre aux électeurs qu'ils étaient ignares. Ce mépris souverain s'est poursuivi avec l'élaboration du Traité de Lisbonne et sa ratification, par la gauche comme la droite, en s'économisant la voie référendaire. Il s'est confirmé avec l'injonction de faire revoter le peuple irlandais qui, à son tour, s'était opposé au Traité.

On pourrait l'illustrer par maints exemples, en se souvenant simplement que la plupart des lois votées (le CPE, Hadopi...) ne sont pas soutenues par une majorité de français, que au contraire la plupart des mouvements sociaux ont un large soutien populaire malgré leurs désagréments. La réalité ici c'est que c'est le peuple et uniquement le peuple qui est la base de la démocratie. Une élite technocratique ne peut pas remplacer le peuple, même si elle en rêve, et nos « hommes politiques » qui ont transformé le débat démocratique en métier et en luttes partisanes pour le pouvoir ont oublié la réalité de la démocratie.

La force du déni se fait sentir encore plus maintenant que, au niveau européen, la Grèce sert de laboratoire à ce que certains appellent déjà la « tiermondisation de l'Europe » (voir un excellent article sur le site Contreinfo à ce sujet). Maintenant qu'il est clair qu'on va imposer aux peuples européens les mêmes politiques de restrictions et de démantèlement des services publics et prestations sociales que celles qui ont dévasté l'Afrique, il doit devenir clair pour tout le monde que ce déni de réalité est d'abord un déni d'humanité. Nos représentants politiques, gauche et droite confondues, tous pays unanimes, s'entendent pour définir les contours de cette nouvelle société où on oublie simplement qu'une société c'est d'abord le peuple qui la compose. L'humain est maintenant un fardeau à traîner, remplaçable par des machines, des machines à produire, des machines à communiquer, si bien que cette force de travail autrefois nécessaire aux plus puissants se transforme en cohorte de chômeurs, précaires, intérimaires qui embarrassent le champ de vision des habitants du XVIème arrondissement, Neuilly-Sur-Seine ou autres, une cohorte dont la destination ultime est peut-être finalement la prison, en attendant une autre solution...

 

Si M. Hollande veut se faire le porte-parole de la réalité, il devrait commencer par s'interroger sur la responsabilité de son propre parti, en particulier lorsqu'il en était le premier secrétaire, la manière dont le consensus s'est établi entre le PS et l'UMP dans la plupart des domaines, l'alliance de la réalité des puissances contre la réalité des peuples. Qu'on se rappelle que tout le monde nous bassine avec l' « économie réelle » (c'est à dire les emplois et la consommation) par opposition avec le monde autoréférentiel de la finance. Et qu'on se rappelle l'argent qu'on était prêt à mettre sur la table pour sauver ce secteur d'économie « irréel » et l'argent qu'on n'est pas prêt à mettre sur la table pour sauver ce qu'on appelle « l'économie réelle ». Mais à l'heure de la « réalité virtuelle », voire de la « réalité augmentée », qui peut s'intéresser à ce qui n'est encore que bassement réel ?

Certainement pas M. Hollande et ses comparses. Ou alors qu'ils nous prouvent le contraire.

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