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23/06/2010

Les caïds de L'Equipe

S'il y a bien une chose dont on ne parle pas quand on parle de la déroute de l'équipe de France c'est bien de sport. Tout le monde est d'accord pour jeter Domenech aux orties mais peu essaient d'esquisser des réponses techniques aux problèmes rencontrés. Est-ce qu'il aurait fallu aligner Thierry Henry ? Est-ce qu'écarter Benzema, Nasri, Ben Arfa ou Menez était un choix judicieux ?

Non, l'équipe de France est devenue une affaire d'Etat et on réclame du sang. Il faut dire que cette coupe du monde a été instrumentalisée politiquement depuis belle lurette et on en voit aujourd'hui les conséquences. Rappelons-nous que déjà, au soir la qualification contre l'Irlande, le chef de l'Etat, le manager de tous les français, était le premier à s'exprimer sur l'événement quitte à faire abstraction de la main de Thierry Henry. Parce que la politique de Sarkozy avait besoin d'un cache-sexe et que l'équipe de France et la coupe du monde sont une occasion formidable de faire oublier la crise et un débat nauséabond sur l'identité nationale. Mais ça ce n'est pas le boulot d'un joueur de football comme le souligne Vikash Dhorasoo. Marine Le Pen n'a pas manqué l'occasion de faire elle aussi le lien entre sport et politique, mais pour une fois elle n'était pas seule, et après la défaite c'est Alain Finkelkraut qui la rejoint danss a puanteur raciste (un autre point commun de ces deux crétin(e)s étant qu'ils ne connaissent probablement même pas les règles du football).

Outre leurs origines les joueurs se sont vus reprocher leurs salaires démesurés, critique émanant du gouvernement cette foisn le même gouvernement qui a voté le bouclier fiscal et qui a volé au secours des banquiers. Il y a riche et riche, n'est-ce pas, on ne mélange pas les torchons et les serviettes. S'il y a de l'indécence dans cette équipe, on oublie que c'est l'indécence de toute une société, Anelka a l'indécence d'un président qui dit "casse toi pauvre con", les joueurs traités de gamins ont le même degré de maturité qu'un président qui mesure le succès d'une vie à la Rolex... Si on ajoute au tableau une Roselyne Bachelot omniprésente, on a une bonne idée de ce que peut être une mise en condition psychologique catastrophique. On n'a probablement pas vu une telle intrication du politique et du sport depuis la Côte d'Ivoire à la CAN 2000 où les criminels au pouvoir voulaient faire oublier la guerre civile enclenchée en particulier par le concept d'"ivoirité" qui est à la Côte d'Ivoire ce que l'identité nationale est à la France. Vous pouvez consulter l'article de Wikipedia sur le sujet et constater les similitudes... Quant aux réactions de l'exécutif français, elles sont du même tonneau que celle du général Robert Guei, en espérant que les joueurs ne finiront pas dans un camp militaire.

Si la débâcle a donc bien été préparée par notre gouvernement en imposant une pression extra-sportive aux joueurs, le plus marquant dans cette histoire est tout de même l'analyse du rôle de la presse faite par les journalistes eux-mêmes. Au lieu de chercher des raisons techniques, d'invoquer les atermoiements de Domenech incapable de construire équipe en six ans ils préfèrent ressasser le refrain de la "communication catastrophique". En bref, l'échec de l'équipe de France serait dû à la mauvaise gestion des relations entre l'équipe et la presse. Soyez bon en conférence de presse et vous cartonnerez sur le terrain. L'argument pourrait faire sourire s'il ne recouvrait pas une réalité plus terrible. Comme le dite Menes, si vous ne donnez pas quelque chose à manger aux journalistes, ils iront fouiller dans le friog ou la poubelle. A téléfoot les mêmes arguments ont été invoqués par Lizarazu face à Domenech (quitte à réécrire au passage l'histoire de la coupe du Monde 1998). Le sélectionneur aurait dû comprendre que s'il ne livrait pas son pain quotidien à la presse alors celle-ci s'en prendrait à l'équipe de France et que ça la déstabiliserait. Je vous laisse apprécier la perversité du discours qui cache derrière une pseudo logique professionnelle un véritable chantage collectif. Et L'Equipe, le journal, a été là pour montrer que les menaces ne doivent pas être prises à la légère, le titre-choc sur Anelka était une véritable déclaration de guerre avant même l'élimination définitive. Tous les journalistes veulent y voir une sorte de légitime défense de la part de journalistes méprisés mais il s'agit bien d'un avertissement stratégique au(x) futur(s) sélectionneur(s): ne recommencez plus jamais ça ou alors regardez ce que nous sommes capables de faire de votre équipe. Si on cherche les caïds et les méthodes mafieuses, on paut sans doute en avoir un bon aperçu dans les couloirs de L'Equipe.

Bien entendu dans la parodie de nettoyage qui va avoir lieu, les responsabilités du gouvernement et de la presse sont les seules qui ne seront pas discutées. Comme à l'accoutumée devrait-on dire. Les joueurs auront à coeur de s'appliquer sur leurs interviews plutôt que sur leur football, la France continuera de perdre face à une presse devenue plus indulgente, le gouvernement se félicitera d'avoir des joueurs enfin devenus "gentlemen" et tout le monde méprisera cette génération de "racailles" qui a sali l'honneur de la France en essayant de s'insurger contre le système...

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