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22/09/2010

Privatisation d'abord, démocratisation... plus tard

La nouvelle est tombée sur les téléscripteur via la bouche de Raul Castro: Cuba va licencier 500 000 fonctionnaires. Plus que cela, Raul Castro se fend d'une phrase lapidaire à l'égard des chômeurs cubains (si, si, il y en a): «Nous devons éradiquer pour toujours l'idée selon laquelle Cuba est le seul pays au monde où l'on puisse vivre sans travailler.»

On aurait entendu cette phrase dans la bouche de Nicolas Sarkozy on ne s'en erait pas trop étonné, mais là chez le petit frère Castro... pas à dire ça fait bizarre. Beaucoup s'en réjouissent déjà, sur les forums, les blogs, c'est le signe incontestable que Cuba et en train de s'ouvrir, on parle d'un "modèle à la chinoise". C'est le meilleur signe en sus que le modèle Cubain est en soi un échec, Raul ayant reconnu au passage que l'embargo économique américain n'était pas le seul responsable des difficultés du pays. Un effectif public pléthorique (85% de la population), une économie inefficace, voilà un refrain qui doit ronronner doucement aux oreilles des néo-libéraux européens qui enfilent les plans d'austérité les uns derrière les autres. Dans l'autre camp, celui des anti-capitalistes, pour l'instant on notera simplement un silence gêné. Rien sur le site du NPA, ni du parti de gauche. Il est quand même intéressant de rappeler un article d'Ignacio Ramonet sur le site "mémoire des luttes" intitulé Temps nouveaux à Cuba qui en janvier 2009 annonçait d'une certaine manière ce virage économique. Un extrait de la doctrine de Raul Castro:

« Nous devons supprimer la gratuité de nombreuses prestations. Si nous voulons que les salaires aient la juste fonction qu’ils doivent avoir, il faut, progressivement ou simultanément, supprimer la gratuité non justifiée de services ainsi que la gratuité de certaines subventions excessives. (…) Il nous faut redonner au travail toute sa valeur ; je ne cesse de répéter, au point de me rendre aphone, que nous devons insister sur le concept de travail. Si nous n’adoptons pas les mesures nécessaires pour que les gens ressentent le besoin vital de travailler pour satisfaire leurs besoins, nous ne sortirons jamais de l’ornière. (…) Il faut travailler, chacun doit prendre conscience de la nécessité vitale de travailler, de produire, d’épargner. Telle est la situation et il faut la comprendre. Ce sont des vérités dures à dire, mais nous ne pouvons les édulcorer ; notre devoir est de les dire. »

Le plus surprenant est qu'Ignacio Ramonet ne prend aucune distance par rapport à ces déclarations, ne propose aucun mise en perspective. Il se content de dire qu'une évolution de type "communisme néolibéral" est peu probable. Mais pourquoi le "travailler plus pour gagner plus" de Sarkozy serait-il néo-libéral et pourquoi l'incitation au travail de Raul Castro, la suppression de la gratuité, ne le serait-il pas ? Pour ceux qui ont lu le Manuel d'antiéconomie de Bernard Maris qui se finit pat une ode à la gratuité et au revenu minimal universel, voilà qui est surprenant. La vérité c'est que les décisions de Raul Castro montrent bien que, plus que le système économique, c'est bien le système politique cubain qui se solde par un échec, comme l'ensemble des dictatures communistes avant lui. Et c'est, il faut le dire, l'échec de la dictature et pas nécessairement celui du communisme ou du socialisme comme on l'affirme trop souvent.

Bien sûr il y a des problèmes d'efficacité dans le secteur public. Certainement il y a des secteurs économiques vitaux qui sont en sous-emploi (par exemple l'agriculture) et d'un autre côté des chômeurs. Probablement il y a un besoin de redistribuer un certain nombre d'emplois de la fonction publique vers ces secteurs vitaux, d'inciter les chômeurs à travailler. Mais à quoi ressemble une déclaration visant à dire qu'il faut supprimer 500 000 postes de fonctionnaires d'ici 2011 ? Ca ressemble tout simplement à une punition massive d'une population qui par ailleurs n'a pas eu beaucoup de voix pour s'exprimer sur les choix économiques antérieurs.

Et que dire de l'incitation à devenir entrepreneur ? Certainement ce langage plaira beaucoup aux exilés américains de Miami qui auront ainsi une filière pour reprendre progressivement en main l'économie de l'île. Et les cubains passeront progressivement de la "dictature du prolétariat" à l'oligarchie capitaliste mondiale sans avoir eu l'occasion de s'exprimer. Comment être d'accord avec le fait que ces choix, douloureux paraît-il, soient faits sans un véritable débat démocratique ? Comment ne pas vomir le cynisme de ceux qui ont toujours souhaité torpiller Cuba, toujours prêts à fustiger le manque de démocratie d'un régime socialiste, mais ne s'attardant pas vers le fait que le tournant vers le capitalisme est tout aussi autoritaire ?

Malheureusement ce hold-up capitaliste a été le destin de toutes les populations de l'ancien bloc communiste. Les privatisations, que ce oit dans les pays de l'Est ou en URSS, ont été menées à un rythme effréné avant même que des insitutions démocratiques véritablement rôdées aient eu le temps de se mettre en place (une élection à la va-vite n'a jamais été un système démocratique réel). Des fortunes immenses sont passées des mains de l'ancien Etat à des oligarques mafieux dont on vient aujourd'hui nous chanter les louanges (type Khodorkovski).

En Chine, la mutation a été beaucoup plus subtile, après l'arrivée de Deng Xiao Ping au pouvoir et la critique de l'ère Maoïste, en particulier la Révolution Culturelle. Le choix a été finalement fait de maintenir un "logo" communiste tout en favorisant progressivement l'émergence d'une oligarchie capitaliste, l'intérêt étant de bénéficier d'une structure autoritaire et de la faire travailler au service des capitalistes, d'où l'idée d'un "modèle chinois". Economiquement le modèle chinois repose très simplement sur l'exploitation du travailleur par la capitaliste, main dans la main avec l'Etat, une politique de compression des salaires couplée à une sous-évaluation du yuan, et une redistribution inégalitaire des surplus permettant l'émergence d'une classe moyenne supérieure sur les côtes chinoises.

Il est bien connu qu'un modèle de dévaluation compétitive ne peut fonctionner de manière générale, il s'agit d'une stratégie de "passager clandestin"; un petit pays comme Cuba peut certes la mettre en oeuvre mais avec peu de chances de parvenir à terme à renverser le rapport de forces comme s'apprête à le faire la Chine qui dispose d'un milliard et demi de consommateurs et d'énormes ressources en énergie et en matières premières. L'évolution la plus probable serait donc le retour à une prostitution de la force de travail au service des oligarques de Miami et l'émergence d'une classe moyenne fragile pour essayer de stabiliser le système.

Il est aussi assez symptomatique de noter qu'un pays qui a été jusque là une exception économique (et pas seulement politique) avec une croissance atone mais des services sociaux de grande qualité, rejoint comme à contre-temps l'idéologie productiviste à la fois des capitalistes et des soviétiques, alors que dans nos pays c'est maintenant le sens du travail qui est questionné, ainsi que l'impératif de la croissance.

Alors, faut-il annoncer la mort de l'idéal socialiste et communiste avec les privatisations à Cuba ? C'est certainement la fin d'une étape dans la révolution socialiste, qu'il faudrait probablement appeler maintenant la mutation socialiste. On constate définitivement que l'absence de structures démocratiques permettent de renouveler le pouvoir et de garantir le contrôle par la population, cette absence non seulement aboutit à des dysfonctionnements, mais elle permet également un suicide anti-démocratique du système socialiste.

Si on doit parler de "socialisme du XXième siècle", alors on doit effectivement oublier Cuba et se tourner vers les expériences ayant lieu au Vénézuela, en Bolivie, en Equateur et également au Brésil. Dans ces trois pays un parti de gauche radicale est parvenu au pouvoir et s'y est maintenu par la voix électorale qui n'est pas la seule essence de la démocratie mais qui garantit un renouvellement a minima du pouvoir et force le système à s'autonomiser de l'individu, ce qui est essentiel. Pour autant, la transition n'a pas encore été effectuée, et il y un lien très net entre la personnification forte du pouvoir (Chavez, Morales) et la radicalité des réformes entreprises. Le cas brésilien, moins radical, est pourtant intéressant parce que pour la première fois une passation de pouvoir pourrait être faite entre l'icône Lula et Dilma Rousseff. Ce chemin pourrait montrer la voix (espérons-le) à Chavez et Morales. Plutôt que de brigeur des nouveaux mandats successifs, ils seraient bien inspirés, pour pérenniser leur oeuvre, de former un successeur qui croie dans les valeurs socialistes. Sinon on peut parier qu'ils ne feront que répéter que les échec passés et préparer le terrain à une contre-réforme réactionnaire dont la violence sera proportionnelle aux réformes qu'ils auront entreprises.

Le système socialiste, dans tous les cas, doit être décidé, soutenu et reconduit par le peuple lui-même.

17/09/2010

Djamel et les Roms

 

 

Saynète imaginaire figurant Djamel D. et un Rom

 

Djamel s'avance sur la scène. Il est habillé d'un jean, des baskets et un long sweat blanc qui descend sous les hanches. Sur le sweat  les trois mots « Hors la loi ». Sa main droite est plongée dans la poche de son jean et il se tient légèrement courbé.

L'arrière de la scène n'est pas éclairé par les projecteurs et dans l'ombre une silhouette se faufile, elle vient bousculer Djamel puis s'enfuit sur le côté gauche de la scène. On devine qu'il s'agit d'un enfant. Djamel manque de trébucher, il fait deux pas sur le côté, se rétablit, la main droite toujours enfouie dans son jean. Il se tourne vers le côté de la scène où la silhouette a disparu. Il lève son bras gauche, la manche du sweat descend et révèle son poignet nu.

 

DJAMEL : Putain !


Il crie vers les coulisses.

 

Putain ma montre ! Eh toi, arrête toi.


Il se tourne vers la salle et les spectateurs.

 

Ah monsieur l'agent. Oui, toi, monsieur. Oui, vous. Le petit Rom là-bas, il m'a gaulé ma montre.

Oui, c'est ça lui. Allez-y, chopez le.


Il suit du regard la coure du policier imaginaire.

 

Putain, ouais. Vas-y ! Merde, si on m'avait dit qu'un jour j'appellerais la police... Ouais c'est ça. Oooouuuuaiiiiiisssssssssssss !!!!

 

Il s'adresse au public.

 

Il l'a chopé. Putain le keuuuuuuuffffffffff. Voyez, on croit qu'ils passent leur temps à rien foutre ou à se bourrer la gueule. Mais regardez comme il galope ! C'est du bon poulet, élevé en plein air...

Vas-y, marave le !!

 

Il s'approche du bord de la scène, s'adresse au policier.

 

Comment ça non ? C'est ton boulot ça, attraper les voleurs et après les bastonner. Eh, quand j'étais Arabe tes collègues ils avaient pas autant de scrupules.

 

Il s'arrête, se tourne vers le public.

 

Quoi ? Qu'est-ce que vous dites ? Plus fort, j'entends pas.


Il met sa main en conque contre son oreille.

 

Je suis toujours arabe ? Quoi ? Tu déconnes, j'espère. Arabe, ça se voit dans les yeux des gens, tu sais. Maintenant les gens ils me regardent plus comme quand j'étais Arabe. Si, si j'te jure. D'abord les filles. Avant elles me calculaient pas. Même les beurettes. Pfff, encore un Arabe... Et maintenant c'est « Djamel, qu'est-ce que tu penses de... » et patati et patata.

 

Il s'interrompt, écoute. Il sourit, plus décontracté.

 

Oui, bien sûr, je sais, c'est juste une façon de m'aborder. Mais sérieux, t'as déjà vu qu'on demande à un Arabe ce qu'il pense ? En France ? Noooonnn !!! Tu vois, c'est bien la preuve.

Mieux encore. Même mon agent il me regarde pas comme un Arabe. Et en plus il est Juif ! Tu vois la preuve.

 

Il s'arrête, fronce les sourcils, se tourne lentement vers une forme invisible, recroquevillée contre le plancher de la scène.

 

C'est que j'allais t'oublier toi, petite racaille.

 

Il lui donne un coup de pied.

 

Tiens, prends ça. Sale Rom ! Excusez-moi m'sieur l'agent j'ai pas pu m'empêcher, vous savez ce que c'est. Bien sûr vous savez ce que c'est. En plus vous avez reçu une directive là-dessus. La directive a-ffé-rente (il distingue clairement les trois syllabes).

Vous comprenez cette raclure m'a piqué ma Rolex. Une Rolex, si, si. Vous savez c'est Nicolas qui a dit que c'était le signe qu'on avait réussi. Putain le temps que j'ai mis...

Hein ? Quoi ? Ne pas me moquer du chef de l'Etat ?

Mais qui vous parle de lui ? Non, je parlais de Nicolas... Anelka. Vous voyez, aucun rapport. Et Nico il m'a dit qu'un homme accompli, un homme comme moi quoi, il devait avoir sa Rolex. Alors vous comprenez que me la faire piquer par un manouche ça fout les boules.

 

Il balance un nouveau coup de pied.

 

Et qu'est-ce que tu fous là toi d'abord ? T'es il-lé-gal ? Tu comprends ça ? Non, je parie que tu comprends même pas le Français. A part « monsieur », « argent », « manger » bien sûr. Tu vas manger du Nike, tiens !

 

Nouveau coup de pied.

 

Putain ça fait du bien, hein m'sieur l'agent ? Au début on a un peu du mal mais on s'y fait. C'est pratique les illégaux pour ça, on peut cogner y'a personne pour se plaindre. Vous savez quand j'étais Arabe et c'était moi qui prenais les coups je comprenais pas trop pourquoi les flics ils tenaient leur matraque comme on prend sa bite. Mais là tout s'éclaire. C'est pas frapper qui fait le plus plaisir, ça je connais déjà, vous savez dans la cité on se castagnait aussi. Si, si. Non, j'ai compris maintenant, ce qui fait vraiment jouir c'est l'im-pu-ni-té !!! Oooouhh, rien que de le dire ça me fout la gaule dis donc.


Il frappe plus fort l'enfant à terre.

 

J'ai dit qu'est-ce que tu fous là toi ? Tu viens chouraver MA Rolex sur MA scène ? Tu connais la propriété privée ou tu respectes rien, hein ? Toi tu vas t'installer partout où ça te chante, tes parents ils te foutent à la rue pour mendier et voler, t'as pas de loi, t'as pas de règles ! Ca me fait vomir, si, si, m'sieur l'agent, vous pouvez pas savoir, la loi pour moi c'est sacré ! Juré !

 

Il lève une main et crache.

 

Excuse moi gamin, j'ai pas visé exprès. Qu'est-ce que tu fous à ramper là, aussi, en plus tu pisses le sang c'est dégoutant. Vous voyez m'sieur l'agent, ils ont aucune hygiène, en plus qu'ils ont pas de culture ! Moi ça me répugne ! J'veux pas toucher. Quand je pense que j'ai sali mes Nike, attends...

 

Il se baisse et essuie le bout de sa chaussure avec la manche gauche de son sweat.

 

Bon, vous pouvez le fouiller et  récupérer ma Rolex, moi j'v'eux plus le toucher, j'ai peur de choper des poux ou des tiques.

Ben oui, mais en même temps c'est votre boulot. L'autre poche, là.

Ben derrière alors. Non ? Le bâtard, je parie qu'il l'a foutu dans son slip. Ben si, allez-y, s'il vous plaît, faites votre boulot, je paie assez d'impôts comme ça pour votre salaire de keuf.. oui de policier, je veux dire.

C'est pas là ? Merde. Et le trou du cul ? L' anus, oui c'est ce que je veux dire. Quoi, une Rolex ça tient pas là ? Feignasse. Putain, je suis sûr qu'il l'a filée à un complice. Vous savez c'est tout des bandes, ils sont super organisés. Putain, qu'on me ramène tout ça à la frontière.


Il marmonne quelques mots inaudibles.

 

Comment ? J'ai dit "j'espère qu'en Roumanie ils vont les mettre dans des camps" ?  Bien sûr que j'ai jamais dit ça. Je suis pas nazi, moi. Ils font ce qu'ils veulent en Roumanie, hein, tant qu'ils sont pas chez nous. De toutes façons, tout ça c'est la faute de l'Europe, hein, on se retrouve avec tout et n'importe quoi chez nous, des Roumains, des Polonais, des Chypriotes, bientôt des Turcs même ! Walla !

Attendez une seconde.


Il relève la manche droite de son sweat, cachée dans la poche du jean. Une montre dorée brille à son poignet.

 

Ah merde. Elle était là. Vous allez rire, je me suis trompé de poignet.

Me regardez pas comme ça, je l'ai pas fait exprès. Puisque je vous le dis. Méfiant comme un flic, tiens.

 

Il s'agenouille, relève le visage de l'enfant.

 

Eh toi, excuse moi hein. Oh oh !! Qu'est-ce que tu foutais là aussi ?

 

Il laisse retomber la tête.

 

Il répond pas vraiment. J'espère que je l'ai pas trop amoché. Faudrait peut-être l'amener à l'hôpital, non ?

 

Il écoute.

 

A la frontière ? Oui, remarque, vous avez raison, ils sauront bien se débrouiller avec. Et puis là il risque pas de se débattre dans l'avion. Heureusement c'est qu'un Rom. Ca prêtera pas à conséquence, hein ?

Vous êtes vraiment aimable m'sieur l'agent, vous savez j'ai mis du temps à découvrir la police mais là je dois dire que j'apprécie. Si, si, laissez moi vous serrer contre moi.

 

Il l'étreint avec son bras droit.

 

Bon c'est pas tout ça mais j'ai du boulot moi. On a un spectacle à finir, hein ?

 

Il se retourne vers le public. Clin d'oeil.

 

Merci encore d'être passé m'sieur l'agent. Ca va, c'est pas trop lourd ? Très bien. Je vous montre pas le chemin, hein ?


Il agite la main vers les coulisses en signe d'adieu.

(En espérant que ça ne reste qu'un cauchemar, le 17 septembre 2010)

 

01/09/2010

Des souris et des Roms

Dans le droit moderne on considère en général qu'un individu majeur est responsable de ses actes et non de ceux des autres. En pratique ce point de vue peut trouver sa limite lorsque des phénomènes collectifs entrent en jeu mais il est très généralement accepté. Quand on s'intéresse aux animaux en revanche, et particulièrement aux espèces dites "nuisibles", il est courant de punir un ensemble sans chercher à déterminer le responsable. C'est le cas typiquement pour les souris ou les rats. Personne ne s'occupe si la souris qui a avalé de la mort aux rats avait réellement l'intention de fouiller dans le sac de riz... De toutes façons la quetion ne se pose pas puisqu'une souris "par nature" vit en parasite sur le travail humain, peu importe que celui-ci ait privatisé la nature sans demander son avis à la souris ou au sansonnet...

Tout ce préambule veut montrer à quel point le traitement infligé aux Roms par le gouvernement n'est pas un traitement qu'on réserve habituellement aux humains mais bien aux animaux nuisibles. Une statistique ethnique suffit à justifier un nettoyage tout aussi ethnique. Puisque les Roms volent en moyenne plus que les autres punissons les tous, de toutes façons un Rom finira bien par voler parce que c'est dans sa nature de parasiter la société...

Que cette litanie nauséabonde sorte de la bouche de nos gouvernements c'est simplement scandaleux, qu'elle soit (apparemment) soutenue par nos concitoyens c'est beaucoup plus inquiétant. Personne n'aime être victime de la "mendicité agressive" que nous assène Erice Besson, même si elle est en général sans conséquence. On n'apprécie pas non plus en général d'être victime d'appels téléphoniques répétés, de SFR par exemple comma ça m'est arrivé pendant les vacances, au moins une dizaine de fois pour proposer un forfait téléphonique. On n'aime pas non plus se faire refuser des remboursements par la Sécurité Sociale de manière abusive comme je suis sûr beaucoup d'entre vous en ont déjà été victimes. On n'aime pas les assurances voyages dont les clauses vous assurent de n'être jamais remboursé. On n'aime pas se faire trimbaler de serveur vocal en serveur vocal pour finalement n'obtenir aucun renseignement. On n'aime pas le livreur qui dit qu'il est passé chez vous et que vous n'étiez pas là alors que vous avez passé la matinée derrière la porte...

Les situations où l'on se fait polluer la vie, harceler et voler sont très nombreuses malheureusement dans notre société ultra-moderne et ultra-libérale. Je n'ai pas tenu le compte de l'argent que je me suis fait "voler" par différentes compagnies ou administrations depuis le début de l'année mais c'est probablement entre 100 et 200 euros, je compte encore moins le temps que j'ai passé à éviter de me faire arnaquer sans quoi mon passif se situerait plutôt entre 500 et 1000 euros. Avec un prix d'interprétation pour le plombier qui a essayé d'intimider ma femme à mon domicile pour essayer de lui faire régler 150 euros de déplacement alors qu'il n'avait même pas touché un tuyau et estimé des travaux à vue d'oeil pour 1500 euros alors que finalement il y en avait pour moins de cent euros... Je pense à toutes les vieilles personnes isolées qui sont quotidiennement victimes d'extorsions de cette nature et qui cèdent véritablement par peur et je me dis que certes beaucoup de problèmes ne sont pas réglés dans cette société.

Ces situations répétées au quotidien engendrent de nombreuses frustrations, augmentent un sentiment plus général d'impuissance qui culmine forcément chez les classes moyennes qui doivent en plus supporter un patron abusif, des clients agressifs, etc... Combien de personnes ont été volée par des Roms et combien ont été arnaquées par leur opérateur téléphonique ? Je devine assez vite la réponse. Combien de fois croise-t-on un Rom dans la semaine. En ce qui me concerne peut-être une fois. Alors pourquoi s'attaquer aux Roms, pourquoi accepter cette diversion crétine ?

A mon avis justement à cause de l'impuissance ressentie à s'opposer à toutes les autres frustrations, à cause du dégoût de l'impunité dans laquelle se drapent Bettencourt et Eric Worth. Si on se fait écraser par les plus puissants, alors il faut au moins pouvoir écraser le plus faible, le mendiant, le voleur d'étalage, le Rom... Vu du politique le Rom est la minorité des minorités, celui qui pourra se faire marcher dessus par toutes les communautés, face à l'électorat s'attaquer à lui ne présente aucun risque. Les sondages le confirment. Il est probable que cela procure peu d'avantage également, mais l'attention est détournée des affaires qui gênent. Le quidam se contente d'un "c'est vrai qu'il y aun problème avec les Roms !" C'est vrai qu'il y a un problème avec les banques aussi mais bizarrement Sarkozy ne s'attaque pas aux banquiers...

Au delà de la diverion (réussie semble-t-il) on peut se demander où la urenchère sécuritaire va mener Sarkozy et son gouvernement. Peut-être que le Président espère réitérer le coup de Chirac en 2002, un second tour face à Le Pen qui est à peu près son seul espoir de réélection. Le problème c'est qu'en 2002 les socialistes étaient au gouvernement et que les problèmes sécuritaires retombaient directement sur Jospin. Lorsqu'il insiste sur la délinquance Sarkozy fait monter le Front National au détriment de lui-même, il a peu de chance de grignoter l'électorat socialiste plus focalisé sur la question sociale. Dans cette optique la stratégie électorale de Sarkozy la plus viable consisterait à construire une alliance entre le courant Droite Populaire de l'UMP et le Front National pour 2012. Il pourrait par exemple lors d'un prochain remaniement introduire quelques éléments du Front National. Une alliance avec le FN lui assurerait probablement une présence au second tour et donc le leadership de la droite dans l'opposition, un nouveau tsunami politique... Le passage de témoin entre Le Pen et sa fille est une bonne occasion pour celle-ci d'aller chercher un peu de respectabilité et une alliance solide qui garantirait son avenir politique.

Une autre option que j'ai déjà évoquée est celle du jusqu'au-boutisme. Pour éviter d'avoir à rendre compte de ses actes, le gouvernement irait jusqu'à provoquer un début de guerre civile, instaurer l'Etat d'urgence et faire voter les pleins pouvoirs à Sarkozy. Ce scénario n'est malheureusement plus absurde, il reste à voir combien de membres de l'UMP seraient prêts à suivre le chef de l'Etat dans cette voie. Mais lorsque la sécurité du pays est en jeu, n'est-ce pas, on n'y regarde pas à deux fois...

Dans tous les cas, si cette vague xénophobe est surmontée, il ne faut pas oublier qu'elle n'est elle-même qu'une réplique de 2002, conséquence de longue années de crise et de barbarie néo-libérale. Si les conditions d'exitence au quotidien ne sont pas améliorées, si le droit fondamental des français à un salaire correct, à des services publics de qualité, au respect social, si ce droit-là n'est pas mis au centre de la politique, alors les frustrations continueront de s'accumuler et d'autres réplique surviendront, plus graves encore.

 
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