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15/11/2010

Remaniement Présidentiel

Après six mois d'un insoutenable suspense, le remaniement ministériel tant annoncé peut faire sourire mais il est lourd de sens. De même qu'on sait que Jean-François Copé n'était pas le favori de Nicolas Sarkozy à la succession de Xavier Bertrand, de même personne ne peut imaginer que le président avait en tête ce scénario pour son remaniement.

Disparition de l'"identité nationale", retour de l'écologie dans le giron de l'économie, déblayage des socialos et des "minorités visibles", retour de Juppé, intégration de villepinistes, le casting ressemble à un désaveu de la stratégie de communication sarkozyste entamée en 2007. Ce resserrement des rangs autour d'un noyau UMP était peut-être dans l'air, mais on ne pensait pas forcément à ce noyau là. Il semble que dans les coulisses de l'Assemblée a été menée une lutte d'influence visant à circonscrire la branche sarkozyste. Quelques amendements refusés, une rébellion contre Morano concurrente de Copé pour se disputer la tête de l'UMP, derrière l'unité de façade pour soutenir la réforme des retraites, les coups ont volé. Soit dit en passant on peut envier l'unité affichée par le parti UMP qui montre bien que l'armée en ordre de marche pour emporter la lutte des classes est celle des capitalistes plutôt que celle des travailleurs.

Une fois la bataille acquise au capital, on peut compter les morts et les blessés dans le rang UMP. Ce qui aurait dû être l'apothéose de Sarkozy débouche en fait sur sa mise en résidence surveillée. Le virage FN de l'été et l'ouverture à gauche sont oubliés,  surtout les députés UMP de la droite dure ne sont pas au gouvernement.

Après l'intervention de Sarkozy hier soir et son mea culpa sur l'identité nationale, l'hypothèse évoquée ici d'un rapprochement concret avec le FN s'éloigne (contrairement à ce que je pouvais encore dire ici hier). Marine Le Pen avait naguère opposé une fin de non recevoir (assez molle) et elle a réagi hier soir plus vigoureusement en soulignant la différence fondamentale entre l'UMP et elle-même. Si elle prend la peine de le dire c'est pourtant bien que ce n'était pas évident : 30% de l'électorat UMP serait favorable à cette option. Bruno Gollnisch a même envisagé explicitement l'implosion de l'UMP et la jonction de son aile droite avec le FN.

Mais des récents sondages ont pu sensiblement modifier la donne. S'ils ont raison, l'UMP (Sarkozy ou Fillon) représentent 26% de l'électorat au premier tour et le FN (Marine Le Pen) 14%. Une implosion droite "gaulliste"/droite dure à l'UMP pourrait amener l'équation à 17% pour droite gaulliste et 23% pour droite dure+FN. L'alliance semble donc tenir la route mais dans ce cas la candidature de Villepin deviendrait alors la clé de l'équation (8% des voix au premier tour). Un rapporchement Villepin+"gaulliste" (assez logique somme toute) remettrait la droite classique en tête (avec soit dit en passant un risque d'un duel à droite pour le second tour). C'est sans doute l'option qui est jouée par les frondeurs de l'UMP (ie Copé+Fillon), apparemment François Baroin s'est montré très amical avec De Villepin hier soir.

Cette configuration souligne l'isolement de Sarkozy aujourd'hui. Il est pour l'instant toujours officiellement futur candidat de l'UMP, et on peut gager que son revirement a été négocié au prix d'un soutien à sa candidature en 2012. Pourtant Villepin pourrait apporter son soutien à une candidature Fillon mais certainement pas à Sarkozy. Villepin pourrait même se poser comme le candidat de l'UMP et à droite on n'en est pas à une traîtrise près. Même si Marine Le Pen retrouve le monopole de l'anticapitalisme xénophobe, même si donc un tiers de l'électorat de Sarkozy la rejoignait, l'alliance Villepin/Fillon/Copé semble solide au vu de ces sondages. d'un autre côté il n'y a plus beaucoup d'intérêt pour Marine Le Pen de s'allier à un président ridiculisé qui vient de renier sa politique d'immigration. Elle peut se contenter d'accueillir quelques éléments de la droite de l'UMP. Il est difficile de voir où peut se situer Sarkozy en 2012 sur l'échiquier politique (et à la limite c'est tant mieux et on s'ne fout vous me direz).

Dans ce schéma on voit que le nouvel élément c'est l'émergence de François Fillon en tant qu'alternative à Sarkozy dès 2012. Il est intéressant de voir que c'est un sondage de Marianne qui propulse ainsi Fillon sur le devant de la scène. De même que Ségolène Royal avait émergé médiatiquement suite à des sondages la donnant favorite pour la gauche, le jeu c'est désormais d'imposer un candidat à droite en opposition à Sarkozy. Il y a une forme d'indécence dans cette préselection imposée aux français visant à démarrer un lobbying en faveur de tel ou tel candidat mais le fait est que, de la vraie/fausse candidature de Delors au show de Ségolène Royal en passant par le désastre d'Edouard Balladur et le pilonnage de Sarkozy à partir de 2002, ce sont souvent les media qui font les présidentiables maintenant.

Si François Fillon paraît fort aujourd'hui, il faut imaginer ce qu'il pourrait être dans un an. Il ne va pas pouvoir continuer à s'abriter derrière l'hyper-présidentialisme de Sarkozy pour éviter de tirer son propre bilan. L'intérêt de Sarkozy c'est maintenant de laisser Fillon occuper l'espace médiatique et de lui glisser des peaux de banane à quelques mois des élections. Fillon a le profil austère d'un Balladur ou d'un Jospin, profil qui n'a pas toujours porté chance aux candidats. L'idée de revenir aux fondamentaux de l'UMP semble prudente mais il ne faut pas oublier que ces fondamentaux ce sont d'abord le grand capital et les affaires de corruption. Au jour d'aujourd'hui on peut trouver inconcevable l'idée que la candidature Fillon tienne la distance jusqu'à l'élection présidentielle et cet élément va rentrer en ligne de compte dans les tractations. Paradoxalement, la faiblesse actuelle de Sarkozy pourrait donc jouer dans son sens en 2012, et on en reprendrait pour cinq ans...

Dans tous les cas, une des questions de fond est: comment les français peuvent accorder autant de crédit à François Fillon ou à l'UMP en général, tout en méprisant Sarkozy et en rejetant à 70% la réforme des retraites que Fillon a défendue au mépris de la démocratie. De manière  générale, on a l'impression que les français ne font aucun lien concret entre la capacité personnelle à gouverner et les lois votées par un gouvernement (il faut se méfier quand même du niveau d'abstention occulté par ce sondage). Le pouvoir présidentiel n'est que le résultat d'une lutte d'ego personnels prenant comme prétexte des sujets de société. Ce rituel est tellement entré dans les moeurs que les "présidentiables" sont jugés à la même aune que les sportifs, comme par exemple des patineurs artistiques notés par un jury de spécialistes (les chroniqueurs spécialisés en l'occurrence) sur la base de figures imposées auxquelles le grand public n'entend rien.

On voit que dès lors on peut s'amuser presque à l'infini avec les jeux d'alliances pour essayer de deviner qui va l'emporter à la présidentielle de 2012, le résultat en terme politique (au sens étymologique du terme) sera sensiblement indifférent. Au delà de la forfanterie, certains, comme Bruce Bueno de Mesquita, affirment pouvoir prédire des résultats d'élections à l'aide de modèles mathématiques (la théorie des jeux). Cette prétention n'est malheureusement pas si absurde, considérant que nos dirigeants ne voient que leur intérêt propre et sont prêts à presque tout pour se faire élire, et considérant que le système politique et économique sait comment arriver à ses fins. Ainsi on peut faire confiance aux media pour nous ressasser les noms des présidentiables, des favoris, des outsiders, jusqu'au vote de 2012. On peut gager également que la crise de foie médiatique empêchera les français une fois de plus de goûter au plat de la démocratie lors des législatives. On pourrait également recommencer le jeu des alliances sur la gauche de l'échiquier, essayer de savoir si Besancenot et Mélenchon feront cause commune. Il nous semble toutefois qu'une vraie gauche devrait laisser ces combats de coqs à ceux qui recherchent le pouvoir pour le pouvoir et s'orienter complètement vers la lutte pour la démocratie. Cela signifierait utiliser l'espace médiatique de la présidentielle pour dire et répéter aux français que l'élection qui compte c'est celle de l'assemblée nationale. Cela signifie pourquoi pas d'abandonner les candidatures de la gauche radicale en cours de route de la présidentielle pour masquer son potentiel électoral et ne pas apparaître comme une force mineure avant les législatives.

Si la gauche radicale réussit ce pari, alors les jeux d'alliance entre Fillon, Le Pen, Sarkozy, Villepin et les autres pourront apparaître pour ce qu'ils sont clairement: un combat de boue sans enjeu réel.

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