Avertir le modérateur

19/01/2011

Immigration et délinquance

Plusieurs événements ont fait ressurgir le thème de l'immigration sur le devant de la scène, notamment à travers deux déclarations « focalisant » l'attention des media, c'est à dire exploitées pour détourner l'attention des sujets sociaux. Le problème de cette exploitation médiatique c'est qu'elle force malgré tout à réagir en premier lieu pour ne pas laisser place libre à la xénophobie et en second lieu pour recentrer le débat sur la lutte sociale par ceux et pour ceux qui vivent dans ce pays.

La première déclaration est la sortie de Marine LePen sur les prières de rue et l'  « occupation » des rues françaises. La seconde est celle d'Eric Zemmour sur le pourcentage d'immigrés (ou d'enfants d'immigrés) criminels. Un second événement, plus diffus, est l'émergence de l'alliance entre Riposte Laïque et le Bloc Identitaire pour dénoncer l'  « islamisation » de la France et différentes conférences et rassemblements dont l'objet est de stigmatiser la présence de musulmans en France.

J'ai déjà dans un billet précédent illustré comment cette ambiance (en plus du débat sur l'identité nationale) libérait à ce point certaines paroles et provoquait des discours d'une violence inouïe sur internet, discours qui n'auraient jamais été tolérés s'ils visaient une autre communauté que les musulmans. Ce fait, même isolé, doit nous inquiéter sérieusement.

 

Pour en revenir aux déclarations mêmes, quelques remarques préliminaires (à approfondir). En feuilletant par curiosité un des plans de poche de Paris qu'on peut trouver n'importe où j'ai eu l'idée d'y repérer les différents lieux de culte puisqu'ils étaient mentionnés. A vue de nez, mais un décompte précis devrait être fait, les églises, chapelles, et autres lieux de culte catholiques sont plusieurs centaines à Paris intra-muros, les synagogues entre quinze et vingt, les mosquées de l'ordre d'une dizaine, largement concentrées dans les dix-huitième et dix-neuvième arrondissements. Le fait que le nombre de synagogues soit supérieur au nombre de mosquées est assez frappant, même si la communauté juive française est importante. Il n'est pas très étonnant donc de constater un déficit en nombre d'établissements de culte pour les musulmans, et si les prières de rue peuvent s'interpréter comme une protestation (plus qu'une provocation), celle-ci va dans le sens d'un respect de la laïcité, à savoir la garantie de la liberté de culte, souvent bafouée uniquement pour les musulmans.

 

La déclaration d'Eric Zemmour est plus complexe. Bien que les statistiques ethniques soient officiellement interdites, certains travaux du sociologue Hugues Lagrange semblent abonder dans le sens de Zemmour. Ses travaux sont en général repris pour renforcer l'idée de la prééminence du facteur culturel dans la délinquance, lui-même semble surfer sur cette vague à travers le titre de son dernier livre Le déni des cultures . Toutefois, un texte intéressant de Laurent Mucchielli de 2003 fait référence aux travaux d'Hugues Lagrange en 2001. Dans ses recherches, il constate une disparité entre les situations locales, à savoir qu'à Amiens il ne constate aucune sur représentation des jeunes d'origine africaine dans la criminalité, alors qu'à Mantes-La-Jolie il observe une sur-représentation. Jusqu'alors ses travaux de réfutent pas la dimension sociale de la criminalité, et je suis curieux de voir ce qu'il raconte dans son livre. En tout état de cause, l'attitude consistant à attaquer systématiquement tout propos sur les cultures et les races montre ses limites puisqu'il semble très difficile de réfuter l'assertion d'Eric Zemmour. Rappelons-nous que sa phrase apour objectif de justifier le contrôle au faciès et c'est bien là qu'aurait dû se concentrer la critique. A priori, un homme qui n'est pas pris en flagrant délit ou qui ne correspond pas de près au signalement d'un suspect recherché n'a pas à être contrôlé dans un état de droit. Cette liberté fondamentale a disparu en France, la police peut contrôler et fouiller n'importe qui, intimement comme j'ai pu l'expérimenter, sans aucune raison à invoquer. Ces fouilles ne permettent général que d'observer des délits mineurs (détention de drogue, détention d'arme, recel d'objets volés) et pas en général de prévenir une agression. Qui plus est, puisque les noirs et les arabes sont contrôlés systématiquement, il est évident qu'ils seront sur-représentés dans les statistiques. C'est donc un raisonnement qui se mord la queue.

 

Pour désamorcer encore plus le débat sécuritaire (http://fr.wikipedia.org/wiki/Homicide) il est intéressant de consulter les statistiques sur les taux d'homicide. Evidemment la criminalité est plus générale que l'homicide, mais celui-ci est mieux mesuré en général et surtout la vie humaine est ce qu'il y a de plus précieux. En matière de sécurité et de criminalité, il me semble que c'est le premier indicateur à évaluer. Vérifiez donc sur Wikipedia la position de la France (en 2000) par rapport aux autres pays développés. Rappelons que 2000 était une année haute pour la France (ce que vous vérifierez plus bas), à tel point qu'en 2002 Jospin s'est fait écraser par Le Pen sur la question de la délinquance. En 2000, vous aviez deux fois moins de chances de vous faire assassiner en France qu'aux Pays-Bas ou au Canada, neuf fois moins qu'aux Etats-Unis ! Et vous aviez même moins de chance de vous faire assassiner en France qu'en Suède ou en Allemagne. Alors si vous craignez pour votre vie en France, surtout ne voyagez pas. D'autant plus que l'article suivant (http://www.liberation.fr/societe/0101650184-baisse-des-homicides-en-france-pour-quelles-raisons) explique qu'en Europe la criminalité et l'homicide ne sont pas corrélés, comme le dit la personne interrogée les crimes sont plutôt domestiques ou de voisinage. Autrement dit, vous risquez davantage de vous faire tuer par votre conjoint ou votre voisin que par une « racaille ». Notons au passage qu'aux Etats-Unis au contraire le nombre de crimes est corrélé au nombre d'homicides, c'est à dire qu'on tue voler ou pour de le drogue. Ce phénomène est à mon sens directement à rapporter à la détention d'armes par les criminels de « base » qui entraîne une escalade de la violence. On peut aussi noter qu'en 2009 et 2010 en France on compte à peu près deux homicides par jour dont une majorité n'est pas reliée au vol ou aux traffics. Bref, si vous avez l'impression de vivre dans un monde d'hyper-violence croissante, c'est tout simplement que les media rapportent TOUS les homicides, ne croyez pas qu'ils vous montrent seulement la partie émergée de l'iceberg. On peut ajouter également que certains rappeurs qui se font les porte-paroles des quartiers populaires manient volontiers l'exagération (volontairement ou non) en comparant par exemple les cités de Marseille aux favelas de Rio ou au Bronx. Les statistiques montrent clairement qu'on ne traite pas des mêmes ordres de grandeur.

Pour en finir avec ces préliminaires sur la criminalité et son traitement médiatique, vous avez environ 20 fois plus de chances en France de mourir (ou de voir votre enfant mourir) par suicide plutôt que par homicide (http://fr.wikipedia.org/wiki/Suicide ). On ne parle pas du nombre de situations de harcèlement, du nombre de dépressions nerveuses en plus de ces passages à l'acte. Pourtant, quand il s'agit d'avoir un discours de « vérité » et de briser des tabous personne à droite ou à gauche n'ose exprimer les ordres de grandeur.

 

Donc notre société est d'abord une société sûre et ce malgré les différentes vagues d'immigration. Evidemment, la criminalité est un problème mais est-ce que vous souhaiteriez vraiment déménager pour des endroits où vous auriez moins de risque semble-t-il de vous faire agresser et plus de risques de vous faire tuer ?

 

Pour répondre aux discours sur l'immigration à proprement parler, il convient de lister les différents angles sous lesquels le lien entre immigration et criminalité peuvent être abordés et les liens qui les relient. Sans répondre définitivement à la problématique, cette typologie du discours sur le couple immigration-criminalité permet de dégager des pistes plus solides que les poncifes rabachés par les uns et les autres.

 

  • l'angle génétique : c'est le plus basique et celui que j'écarterai d'emblée. Aucun travail scientifique sérieux ne peut relier le crime à une appartenance raciale, à plus forte raison sachant que la théorie génétique ne permet pas d'appuyer l'hypothèse de l'existence de « races ».

  • l'angle culturel : c'est celui qui est avancé en général maintenant par l'extrême-droite ; les cultures différentes impliquent des comportements différents et expliquent les écarts de criminalité. Certains observations d'Emmanuel Todd peuvent corroborer l'hypothèse, notamment lorsqu'il dit que la structure familiale arabo-musulmane coïncide avec une certaine réticence à l'autorité. Les variations culturelles sont indéniables et on ne peut pas exclure qu'elles interviennent dans la formation de la délinquance mais à condition de les considérer dans leur contexte particulier. Comme on l'a cité, les travaux d'Hugues Lagrange mettent l'accent sur l'aspect culturel mais également sur les disparités locales, même à l'intérieur de la France. Aucune culture ne peut être universellement reliée à la délinquance puisque toute culture se rapporte à un certain ordre du monde et de la société. On pourrait avancer que certaines cultures ne sont pas faites pour coexister (l'idée d'un « choc des civilisations ») et nous essaierons d'approfondir cet argument de la droite.

  • l'angle social : c'est celui qui est privilégié par la gauche. L'immigré est en général relégué dans une position sociale inférieure et ses enfants sont victimes de discrimination du fait de leur pauvreté et/ou de leur origine. La précarisation, la ghettoïsation des pauvres (immigrés en l'occurrence) et l'absence de perspectives engendrent une criminalité spécifique à ces populations. Cette explication a de nombreux arguments pour elle. Les immigrés occupent des positions sociales en moyenne inférieures au reste de la population, les quartiers concentrant le plus de pauvreté en France sont à forte population immigrée et ce sont également ceux de plus forte criminalité. On a donc en France un tryptique pauvreté/immigration/criminalité dans lequel on peut expliquer chacun des facteurs par l'un des autres en fonction de son appartenance politique.

    L'explication sociale est souvent combattue par des arguments tendant à isoler une population « modèle » (en France par exemple les Portugais ou parfois les Asiatiques) par rapport à d'autres populations « à problèmes ». Il est indéniable que certaines populations réussissent mieux leur « intégration » que d'autres, encore faut-il voir de quelle intégration on parle. Les asiatiques du XIIIème arrondissement sont peu intégrés et assez indifférents aux lois et à la culture française, mais ils ont créé un environnement spécifique, social et économique, leur permettant de bien vivre, et en général ils gèrent leur criminalité entre eux. Les Portugais en France ou les Juifs aux Etats-Unis sont des exemples de ceux qui ont réussi par le travail, alors qu'aux Etats-Unis les Italiens ou les Irlandais ont été longtemps, avant l'arrivée des Hispaniques, les populations « à problèmes ». A contrario, à la fin du XIXème siècles, les quartiers juifs de Londres étaient considérés comme des coupe-gorges (voir l'excellente bande-dessinée de Will Eisner Fagin the Jew , inspirée par Dickens). Quant à la population asiatique, il suffirait d'étudier les migrations à l'intérieur même de l'Asie pour voir que son étude est beaucoup plus complexe que sa légendaire « discrétion » en Europe et aux Etats-Unis. On voit que l'extrême variété des situations montre certes que l'explication sociale ne se suffit pas absolument mais que l'explication universellement culturelle ne tient pas longtemps. Il semble qu'on retrouve des schémas de confrontation entre population « autochtone » et populations immigrées, où certaines catégories immigrées sont valorisée pour mieux rejeter les autres. Cela relève également d'une stratégie visant à opposer les catégories populaires pour éviter leur alliance. Ces stratégies ont été très bien décrites aux Etats-Unis par Howard Zinn dans son Histoire populaire des Etats-Unis , d'abord pour opposer les indiens et les colons pauvres, puis les esclaves noirs et les blancs pauvres, et enfin les vagues d'immigration successives.

    Pour finir avec un argument plaidant pour la prégnance de l'explication sociale, il est intéressant d'étudier les « ghettos blancs » au Royaume-Uni, où des populations blanches déclassées sont concentrées dans les mêmes conditions que dans nos « banlieues ». La criminalité y est du même type et plus encore les codes adoptés par les jeune « délinquants » sont très semblables, c'est à dire qu'ils sont importés des ghettos noirs américains. Cette observation nous montre qu'en face de la mondialisation qui rapproche les dominants de ce monde, il existe un processus d'identification culturelle des « dominés » qui, sans préjuger du processus reléguant certaines catégories à la place du dominé, dépasse largement les cultures d'origine. A proprement parler, un enfant d'immigré dans une cité surpeuplée, est moins un produit de la culture de ses parents, que de la culture mondialisée du dominé, véhiculée sous sa forme commerciale par les différents media. Il serait plus intéressant de décrire l'émergence et la diffusion de cette culture que de rechercher le lien entre criminalité et origines culturelles.

  • l'angle historique: c'est probablement la pierre qui manque pour expliquer la variété des situations, le choix des populations dominées et des populations exemplaires. Les tensions qui se créent entre certains groupes culturels ne s'expliquent pas nécessairement par une incompatibilité « organique » (la thèse du Bloc Identitaire) mais plutôt par un e histoire commune. En France il est évident que le traumatisme de la guerre d'Algérie a contribué à instaurer l'image de l'ennemi en la personne de l'immigré algérien, image qui a trouvé son écho dans la montée du chômage des années 70. On peut ajouter à cela des fantasmes plus profonds de l'Occident sur l'islam et les arabes, considérés comme des ennemis presque naturels. Le rejet symbolique et souvent inconscient explique les difficultés des enfants d'immigrés à s'insérer dans une société où ils n'ont pas de capital économique ou culturel. En plus de cela, l'histoire de le guerre d'Algérie elle-même, le développement du FN, des skinheads, a contribué à instaurer dans l'imaginaire de l'enfant d'immigré algérien une image miroir (si je suis ton ennemi, tu es mon ennemi) qui renforce la logique de confrontation. L'imaginaire collectif est une force très puissante qui agit dès l'enfance pour structurer une société et ses différentes composantes.

    L'intérêt de l'approche historique est qu'elle permet de construire une « thérapie » visant à dénouer le conflit. Dans le cas des immigrés des anciennes colonies, il est évident que les films de Rachid Bouchareb constituent un élément de cette thérapie. Le fait qu'ils proposent eux-mêmes une vision partielle et qu'ils appellent certaines réactions de rejet est un élément nécessaire de la thérapie. En tout état de cause, l'extrême droite et les enfants d'immigrés doivent pouvoir s'exprimer à égale mesure pour interroger l'histoire et résoudre le conflit latent. Il est intéressant je pense que ces débats aient lieu à un moment où les populations d'origine immigrée, noires et maghrébines, intègrent massivement les classes moyennes et sortent donc en partie de la situation de ghettoïsation qui était la leur. Ce parcours ascendant croise une trajectoire de déclassement subie par certaines populations « autochtones » qui sont naturellement tentées par le discours de l'extrême-droite. Dans la mesure où la situation économique ne s'est pas améliorée, la thérapie n'aura pas forcément d'effet positif sur la criminalité, puisqu'elle ne fera que modifier les trajectoires de relégation chez les dominés. Elle devrait simplement s'accompagner d'une résurgence de la criminalité « blanche » dont on peut craindre qu'elle soir dirigée vers les populations d'origine musulmane. Mais il est probable également qu'une partie de cette population déclassée s'identifiera à la culture mondialisée des dominés qui n'a pas de race ni de religion.

 

Il faut également dire un mot de l'interprétation « économique » qui est faite de l'immigration. Cette interprétation a longtemps soutenu les thèses du Front National avant que la délinquance et la lutte contre « l'islamisation » ne vienne la relayer. Il s'agit, dans une perspective qui peut rejoindre l'approche sociale de la délinquance, d'établir le lien entre immigration et montée du chômage, et donc indirectement avec la montée de la délinquance. Ici, l'immigré ne doit pas être renvoyé chez lui parce qu'il est fondamentalement violent ou que sa culture est inadaptée mais simplement parce qu'il surcharge l'offre de travail.

Que l'immigration, et particulièrement l'immigration clandestine, soit utilisée par le système capitaliste pour affaiblir le droit des travailleurs et balayer ses acquis sociaux est un fait. Que cette perversion du système soit une fatalité reste à prouver, et par ailleurs le lien avec le chômage à proprement parler n'est pas établi. Les Etats-Unis ou le Royaume-Uni ont connu des taux d'immigration très importants avec un chômage (officiel du moins) très faible.

Sur le plan macroéconomique, il faut se rappeler que l'immigré est certes en général un jeune actif qui s'intègre au marché du travail mais c'est également un consommateur. Il fournit du travail mais crée également de l'activité pour les autres. Sur la durée, il deviendra même un retraité et se transformera donc en consommateur pur, c'est à dire en pourvoyeur d'activité du point de vue de notre société consumériste. Plus tôt que d'essayer de se casser la tête à mesurer l'impact immédiat de l'arrivée d'un immigré en France, il faut réfléchir à la logique démographique de l'immigration. D'un côté nous avons un pays comme la France où la population vieillit toujours plus, de l'autre des pays maghrébins et sub-sahariens où la population est en général très jeune et confrontée à un chômage endémique. Les flux migratoires sont donc tout à fait raisonnables et profitent aux deux pays si l'on ne se restreint pas à la question du chômage mais qu'on considère également le financement des retraites ou de la sécurité sociale. Alors qu'allonger la durée de cotisation augmente mécaniquement le nombre d'actifs sans augmenter le nombre de consommateurs, l'immigration fait croître à la fois le nombre d'actifs et le nombre de consommateurs, c'est donc certainement un outil plus efficace pour financer les retraites sans faire exploser le chômage. C'est sans doute la raison pour laquelle nos politiques font le grand écart entre un discours xénophobe visant à séduire un électorat vieux donc conservateur, et des projections démographiques bien connues de tous (voir celles d'Eurostat) qui supposent une immigration massive en Europe d'ici 2050 pour ne pas voir l'économie européenne s'effondrer.

 

 

 

 

 

13/01/2011

Le Top 3 de l'omerta médiatique 2010 !

Nous vous proposons cette année une sélection des meilleures nouvelles dont vous n'avez probablement jamais entendu parler parce que la quasi totalité des media les a passées sous silence.

 

En troisième position, nous commençons par la reconnaissance de la Palestine dans ses frontières de 1967 par l'Argentine et le Brésil. Cette nouvelle a suscité bien entendu le courroux d'Israël mais surtout l'indifférence des media télévisuels, bien que mentionnée en passant par la presse écrite. On ne sait pas s'il faut davantage condamner la soumission de nos media à l'intérêt exclusif d'Israël ou leur mépris total pour la position politique des pays sud américains. Bien que l'Europe et les Etats-Unis n'aient pas brillé par leur capacité à résoudre le conflit au Proche-Orient, elles continuent à s'arroger une sorte de monopole de la médiation écoeurant.

 

En seconde position, la "Révolution islandaise". Le peuple islandais qui a refusé par référendum de rembourser la dette envers le Royaume-Uni et les Pays-Bas, après avoir fait tomber son gouvernement, est appelé à une Assemblée Constituante. Ce sont 25 citoyens qui sont chargés de rédiger la nouvelle Constitution. Au passage, l'Islande a nationalisé ses banques et promulgué une loi sur la liberté d'Internet unique au monde. Ces choix politiques aux antipodes de la Grèce, de l'Irlande ou du Portugal, ont été complètement passés sous silence par l'ensemble des media, avec très peu de références consultables sur Internet. La nouvelle de cette omerta médiatique a commencé à circuler par mail. En réaction, Pascal Riché de Rue 89, a posté un article absolument surréaliste pour expliquer qu'il n'y avait là rien de bien extraordnaire, que le FMI allait y mettre bon ordre, et que les Islandais allaient payer comme tout le monde. Je vous conseille ce grand moment de journalisme.

 

Enfin, en première position, et de loin, les déchets radioactifs recyclés dans nos bâtiments et objets quotidiens. Cet arrêté ministériel a été publié dans la plus grande discrétion au journal officiel, seul Ouest France a fait exception et a mentionné la nouvelle. L'arrété est passé outre l'avis négatif de l'ASN (l'Autorité de Sûreté du Nucléaire). Un beau cadeau pour l'industrie du nucléaire qui va pouvoir trouver un débouché pour quantité de déchets embarrassants au  moment du démantèlement de centrales en fin de vie. Une nouvelle qui aurait peut-être intéressé beaucoup de français mais qui n'a pas franchi la barrière de l'omerta médiatique.

 

Si vous voulez découvrir les tabous de la République Française, consultez le Palmarès de l'Omerta Médiatique ! Rendez-vous en 2012...

05/01/2011

Science et démocratie: les dogmes climatiques

Je voudrais partager ici des réflexions inspirées par la querelle des "pro" et des "anti" changement climatique. Ma réflexion s'articule en fait en deux points: un premier point où je tente de résumer les arguments scientifiques des uns et des autres et l'état du débat tel que je le comprends; un second point où j'essaie d'analyser la forme même du débat et ce qu'elle implique pour la science et pour la société. Dans la mesure où mon premier point ne me paraît pas suffisamment mature et structuré à l'heure actuelle, je préfère me contenter de vous livrer mes réflexions quant à la question de la forme, la plus importante parce qu'il est bien évident que je ne vais pas trancher la question scientifique à moi tout seul.

 

On note que l'argument d'autorité est très souvent utilisé par les pro- et les anti-. Chez les pro-, c'est même l'autorité du nombre qui est évoquée (le GIEC regroupe pléthore de scientifiques reconnus donc il ne peut pas se tromper...), chez les anti- c'est plutôt la fonction scientifique, les revues où sont publiés les « dissidents ». Parfois ces arguments d'autorité frisent le ridicule (on discrédite le GIEC d'une part et on renforce d'autre part l'autorité d'un dissident parce qu'il a auparavant fait partie du GIEC...). Aucun de ces arguments n'est valide scientifiquement.

Tout le monde sait que la validité d'une théorie ne se décide pas par le vote, sinon la Terre serait toujours plate. Il est probable que chaque expert du GIEC est compétent dans son domaine mais le problème est lié au fait qu'on est bien en train d'inventer une discipline globale qui nécessite de former les gens spécifiquement. Il n'existe même pas une théorie globale par défaut mais seulement une série d'observations sur le climat. On voit bien que les projections du GIEC sont toujours accompagnées des limites de la modélisation actuelle, et que celles-ci recouvrent des champs non négligeables.

Le fait qu'une série d'experts s'entende pour valider un ensemble d'affirmations ne suffit pas à garantir la certitude tant qu'on a pas une théorie intégratrice et vérifiable. Or si cette théorie intégratrice était au point elle aurait déjà été formulée dans des termes clairs. Il se trouve que les travaux du GIEC étaient ce qui se faisait de mieux jusqu'à un certain point. Il faut être reconnaissant aux scientifiques qui y ont participé d'avoir initié le processus d'intégration de diverses disciplines sous l'angle de l'environnement et du climat. Ce travail était de toutes façons nécessaire. Le plus souvent les découvertes scientifiques commencent par des énoncés qui s'avèrent partiellement ou totalement faux, mais qui servent de base de travail et de critique. Il apparaît maintenant que dans son fonctionnement même le GIEC est contesté par un certain nombre de scientifiques y ayant participé.

 

J'ai dit plus haut que la science ne se décidait pas par le vote, ce qui paraît soutenir ceux qui s'appuient sur des arguments d'autorité. Pourtant la science, contrairement à le religion, est profondément démocratique. En effet elle propose une méthode de validation par le raisonnement des énoncés qu'elle contient. Un énoncé qui ne peut pas être soumis à une telle méthode de validation ne peut pas être appelé scientifique. Et n'importe qui appliquant cette méthode de vérification peut être amené à contester ou à améliorer les théories existantes. Le principe de base de la science c'est que la validité d'un raisonnement ne dépend pas de celui qui l'énonce et c'est en ce sens qu'elle est profondément démocratique. On voit d'ailleurs par cet exemple qu'un comportement démocratique n'appelle pas nécessairement le vote et surtout que le résultat d'un vote éventuel dépend très profondément du débat qui a pu avoir lieu auparavant et de la forme qu'il a prise.

L'argument d'autorité n'est donc pas recevable d'un point de vue scientifique. Il est vrai que tout le monde ne sait pas nécessairement mener un raisonnement scientifique exactement mais dans le doute tout le monde a le droit à la parole, ce qui permet en général aux bonnes idées de voir le jour par un effet de réseau. Le fonctionnement démocratique que je décris est bien entendu limité par le fait que la science, et surtout la science moderne, repose sur des séries d'expériences et sur la disponibilité de leurs résultats. De plus en plus les moyens financiers nécessaires à la réalisation des expériences ne sont pas à la portée de tout un chacun et on doit donc s'appuyer sur les résultats expérimentaux des autres.

Dans ces conditions un débat d'idées mené scientifiquement devrait en dernier recours aboutir à des questions concernant les données, leur fiabilité, les conditions de l'expérience, etc... D'où l'absolue nécessité de disposer d'un accès public à ces données pour conserver le caractère démocratique de la science. Il en va de même pour les modèles numériques utilisés par le GIEC. Il faut garantir l'accès au code source, aux données et aux équations des modèles pour que leurs résultats restent dans le domaine du contestable et donc dans le domaine du scientifique. Peut-être que cet accès existe mais il est évident qu'il n'est pas aisé et je sais par expérience que les modélisateurs sont peu enclins à révéler l'ensemble de leur modèle parce que de ce fait il devient reproductible et qu'ils risquent de perdre leur avance (ou ce qu'ils croient être leur avance) sur d'autres équipes.

 

Il me semble que le mouvement des « climato-sceptiques » est avant tout à rapprocher d'un ras-le-bol généralisé sur le mode de fonctionnement managérial qui a gagné l'ensemble de la société, c'est à dire qui a débordé du milieu de l'entreprise pour submerger la science et la démocratie. Ce fonctionnement est en total décalage avec une grande partie de la société dont le niveau culturel et scientifique de base s'améliore et qui ne se considère pas plus stupide que ceux qui sont bombardés experts pour réfléchir sur leur avenir. Le fait que l'accès à l'information et à la communication soit grandement facilité, en particulier par internet, amplifie grandement ce phénomène. On observe alors régulièrement des décalages entre des milieux « experts » se considérant comme mieux informés mais vivant en autarcie et des milieux « populaires » ou « citoyens » s'appropriant l'espace du débat. De ce point de vue le « buzz » « climato-sceptique » est à rapprocher du vote contre le Traité Constitutionnel Européen.

La plupart des gens n'ont pas envie de se classer eux-mêmes parmi les climato-sceptiques mais l'insistance de leurs adversaires les force à se décider. Le problème est que ce genre de débat est vite repris et instrumentalisé par divers groupes d'influence qui ont malheureusement compris leur intérêt à investir le débat scientifique. Il est évident que les lobbies pétroliers ont intérêt à favoriser la polarisation du débat et à discréditer tout ce qui pourrait entraver leur « business-model ». Il est évident également que certaines ONG écologistes fonctionnent comme des lobbies avec des produits d'appel type « changement climatique » ou « anti-nucléaire » et qu'ils ne savent pas s'extraire de ce mode d'affrontement. Il est évident que les nucléocrates ont intérêt à miser sur le réchauffement climatique pour imposer le nucléaire comme « énergie propre ». Toutes ces influences existent mais ne devraient pas constituer le coeur du débat.

Pourtant, quand on voit les arguments des pro- et des anti-, que tous n'hésitent pas utiliser les mêmes simplifications outrancières qu'ils reprochent à leurs adversaires, on comprend que la science n'est qu'un prétexte. On revient souvent à une opposition entre les tenants d'un progrès scientifique illimité et les opposants au consumérisme.

Bien sûr ce débat doit également avoir lieu. Bien sûr un scientifique peut (et peut-être doit) s'engager politiquement. Mais la politique est une question de choix subjectifs alors que la science essaie de délimiter le champ du vérifiable. Autrement dit le choix entre le dogme de la croissance et une société stable ne dépend pas fondamentalement de la réalité de l'influence de l'homme sur le climat. On voit que les lobbies industriels n'hésitent pas à avancer des solutions à base de nucléaire ou de captation de carbone, voire de l' « ingénierie climatique » pour contrer la menace climatique. On peut avancer que la croissance est scientifiquement limitée mais on peut aussi dire que la colonisation d'autres planètes peut repousser ses limites presque indéfiniment. La question reste de savoir si on souhaite la fuite en avant au nom d'un totalitarisme « humanitarien » ( et non pas humaniste...) ou si on décide de revoir la relation entre l'homme et son environnement pour retrouver une certaine forme d'équilibre, voire d'harmonie.

 

Le grand risque que prennent les écologistes en mettant tous leurs oeufs dans le panier du réchauffement global c'est de discréditer l'ensemble de leur action et au final de retarder les mesures qui doivent être prises pour préserver la planète.

Il est possible que les rapports du GIEC soient alarmistes et que le réchauffement à venir ne présente pas un danger extraordinaire pour l'homme (c'est à dire pas plus que celui qui a déjà eu lieu avec tout de même la désertification du Sahel et les migrations qu'elle a entraînées). Il n'en demeure pas moins que l'homme a profondément changé les flux du cycle du carbone et que si celui-ci n'est pas forcément déterminant pour le climat il est très important pour la biosphère. Une grande partie du carbone fossile rejeté est par la suite capté par les océans provoquant l'acidification de ceux-ci. Normalement ce carbone devrait être utilisé par des formes de vie marine, en particulier les coquillages pour la formation de leur coquille. On peut donc espérer une prolifération des ces formes de vie afin de rétablir un équilibre mais l'acidification joue un rôle négatif précisément sur cette calcification. La vitesse à laquelle on rejette le CO2 risque donc d'entraîner un déséquilibre en faveur de l'acidification, l'océan n'ayant pas le temps de recycler le carbone suffisamment vite. Tout cela est évidemment à approfondir mais il s'agit d'un autre débat qui doit avoir lieu.

Au delà de la question du CO2, la disparition des espèces animales est une réalité qui n'est pas à mettre en doute. On sait que les poissons disparaissent quasi totalement des zones de pêche européennes, et notre seule réaction sensible est d'envoyer des navires de guerre protéger nos marins pêcheurs dans les eaux somaliennes. La diminution de la fertilité des terres suite à l'agriculture intensive est une réalité mesurée. Les nuages de pollution sont devenus des éléments climatiques aussi réguliers que la mousson en Asie. On observe paraît-il (ou est-ce un hoax ?) des îles flottantes constituées de déchets de plastique sur l'océan Pacifique. La plupart des ressources énergétiques et minérales devraient manquer dans ce siècle, ainsi que l'eau potable et les produits agricoles, par rapport à la consommation que nous en faisons actuellement.

 

L'homme détruit sa planète à une vitesse effrayante et le débat sur le climat finalement détourne l'attention sur les mesures concrètes qui devraient être prises dès aujourd'hui. On se trouve en effet en présence soit de prophètes de l'apocalypse expliquant à la limite qu'il est déjà trop tard pour ramener les émissions à un niveau acceptable (alors à quoi bon...), soit d'illuminés de la liberté humaine qui se délectent à l'idée d'enterrer l'écologie en même temps que le réchauffement climatique.

A n'en pas douter beaucoup de gens se situent entre ces deux pôles mais ne trouvent pas beaucoup d'espace pour exprimer leur position sans se faire racoler par l'un des deux partis. S'il s'avère que les projections de réchauffement sont exagérément alarmistes, alors il faut saisir cette chance comme un répit pour discuter du monde que l'on souhaite, de l'égalité entre les peuples et de la répartition des ressources. La crise financière montre également les limites du système de production/consommation et de répartition des richesses dans lequel nous avons engagé la planète. Et si nous amorçons le virage vers l'écologie il faut qu'il soit également un virage vers davantage de démocratie.

 

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu