Avertir le modérateur

13/02/2011

Boycotter les présidentielles

Je vais ici essayer de développer une idée déjà évoquée auparavant et qui ne cesse d me trotter dans la tête. C'est une prestation de Mélenchon sur itele face à Guillaume Durand et l'intervention d'Arlette Chabaud après qui me permettent d'appuyer encore plus mon idée. Vous pouvez visualiser le lien ci-dessous:

http://www.jean-luc-melenchon.com/2011/01/invite-de-la-matinale-itele-radio-classique/

En résumer l'essentiel de l'émision vise à culpabiliser Mélenchon qui en se présentant va faire "perdre la gauche". Au passage Guillaume Durand lui signifie qu'il n'a "aucune chance" à l'élection et il insiste ensuite pour dire qu'il se contente d'être "lucide". L'ensemble de l'émission est une véritable insulte à la démocratie et au suffrage universel et culmine lorsqu'Arlette Chabaud ironise sur "Mélenchon dit moi, je m'en fiche, on a tous le droit d'être candidats". et "le concours du pourquoi pas moi, sans culpabilité", la séparation entre "ceux qui peuvent faire un score et qui hésitent" et "ceux qui ont très peu de chance et sont des accrocs".

L'ensemble de la séquence entre Arlette Chabaud et Guillaume Durand sera sans doute un des moments d'anthologie du journalisme dans une dixième année. On y retrouve enfin exprimé explicitement tout l'inconscient collectif de la haute sphère journalistique qui pèse depuis quelques décennies sur la démocratie. La politique (comme l'économie d'ailleurs) se sépare entre ceux qui comptent et ceux qui ne comptent pas, à la fois au niveau des électeurs et maintenant au niveau des élus. Puisque vous n'avez "aucune chance" (sur la base de quelle Vérité Révélée, l'oracle de quelle Pythie ?) alors vous n'avez pas à vous présenter puisque vous allez perturber le jeu de ceux qui ont une chance.

Le deuxième niveau de cet encadrement de la démocratie par les media consiste à sélectionner ceux qui ont une chance. Tout le monde se souvient de l'émergence médiatique de Ségolène Royal, qui n'avait ni programme ni réelle personnalité mais qui, venant de presque nulle part, pouvait sembler une alternative crédible aux déçus des éléphantss du PS. Les media l'ont imposée comme candidate obligée du parti socialiste puisque selon eux c'était elle qui avait le plus de chances face à Sarkozy au deuxième tour. Notons qu'au passage Sarkozy avait déjà été sélectionné depuis 2002 et que le deuxième tour a été une totale construction médiatique. Le plan qui avait donc échoué en 1995 (Delors/Balladur) a été une totale réussite en 2007, ce qui signifie sans doute une montée en puissance de l'efficacité médiatique dans le contrôle du politique. La nouvelle trouvaille est donc Strauss-Kahn et Mélenchon joue les trouble-fêtes, non pas qu'il n'ait aucune chance mais parce que les journalistes connaissent trop bien la politique pour ne pas comprendre que si on ne verrouille pas les choix tout peut arriver. Typiquement, lors du référendum sur la Constitution, le choix était clair entre "oui" et "non", on ne pouvait pas orienter l'électorat vers un "peut-être", "pourquoi pas ?", qui aurait brouillé les cartes.

L'élection présidentielle est donc au maximum verrouillée médiatiquement, parce en pratique c'est elle qui contrôle les résultats de la législative. Cette dernière est encore plus verrouillée, puisque on n'en parle plus jamais grâce au calendrier électoral qui la place juste derrière le marathon présidentiel. Ca tombe bien, c'est l'élection la plus décisive dans notre démocratie, il serait dommage de laisser aux citoyens le temps de réfléchir sur le programme des partis après avoir fourni un si beau combat de gladiateurs entre différents égos surdimensionnés. Le déni de démocratie est donc double: les législatives ne servent à rien puisqu'elles sont là pour entériner le vote des présidentielles; les présidentielles sont réservés aux candidats qui "ont une chance", dit autrement ceux qui ne s'attaqueront pas à la propriété du capital.

Stratégiquement le système (il ne faut bien entendu pas se limiter aux journalistes dans cette analyse) a bien raison de vouloir limiter les candidats au premier tour. Le scrutin majoritaire, qui est le véritable fondement du déni de démocratie, se transforme en véritable roulette russe si vous mutlipliez les candidats. Alignez Copé, Villepin, Sarkozy, Bayrou, Royal, Aubry, Strauss-Kahn, Joly, etc..., et vous vous retrouvez facilement avec Mélenchon/Le Pen au deuxième tour. Au lieu de vilipender la stupidité du mode de scrutin qui nous a permis de voter Chriac contre Le Pen en 2002, les journalistes préfèrent s'en prendre aux candidats, à leur nier tout simplement un des droits démcratiques les plus élémentaires: celui de se présenter à une élection. Cette attitude est obligée en quelque sorte, puisque changer le mode de scrutin reviendrait d'une manière ou d'une autre à éliminer la fonction présidentielle.

Et c'est bien là l'objet de cette note. Mélenchon et Besancenot se rejoignent sur la dénonciation de la "monarchie républicaine" et pourtant aucun ne fait un pas vraiment pour en sortir. Mélenchon assure qu'il provoquera une Constituante et une sixième République qui amènera la France à une démocratie parlementaire. Soit. Mais comment faire confiance à quelqu'un qui va passer un an et demi à briguer un mandat dont il explique qu'il est une absurdité. Et le nombre de fois où dans ses interventions il dit "si je gouverne" ne laisse pas supposer qu'il abandonnera si facilement un pouvoir conquis si difficilement. De l'autre côté, Besancenot demande à Mélenchon de ne pas se présenter. Soit. Mais il ne cache pas que le NPA souhaite une candidature anti-capitaliste aux présidentielles, a priori pas Mélenchon. On ne sait déjà pas très bien pourquoi un parti affirmant que la révolution ne se fera pas par les urnes se présente à des élections, on comprend encore moins qu'il participe à l'élection la plus anti-déùmocratique qui soit, la présidentielle.

A mon sens, il y a pourtant une avancée qui pourrait être faite, qui sans être exactement révolutionnaire aurait pour mérite de marquer une volonté réelle d'en finir avec un système véreux: ne pas présenter de candidat de la gauche radicale aux présidentielles. En revanche, profiter du temps restant avant les législatives pour construire un programme commun et des listes communes. Cette stratégie a pour premier mérite de ne pas se perdre dans la lutte des égos qui devrait être étrangère à une pensée de gauche. Ensuite, elle permet de se focaliser sur le travail et le programme et d'arriver en 2012 face à l'électeur en disant: "voilà, pendant que les autres se sont bien amusés et on perdu leur temps à se choisir un chef, nous on vous propose un programme, des lois, et des listes de représentants pour appliquer ce programme." il n'y a aucune garantie que cette stratégie soit directement payante dans les urnes mais faire 3% aux présidentielles (vote utile oblige) ne permet de toutes façons pas d'exister aux législatives. Par ailleurs la démarche a le mérite de la cohérence et de l'honnêteté: on sort dès à présent des institutions qui ne correspondent pas à nos valeurs démocratiques.

Pour finir, vu l'espace médiatique qui a été réservé à Mélenchon, tirer au final une révérence en disant, "finalement je ne participe pas à votre petit jeu, je ne reconnais que les législatives comme expression de la volonté du peuple", cela aura nécessairement un écho important qui pourrait créer une faille dans le verrou médiatique que subissent les législatives.

Cet appel ne sera sans doute pas entendu mais la lutte continuera, soyon en sûrs...

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu