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14/03/2011

Le bout du rouleau

Nous sommes en train d'assister à la conflagration (prévisible) du système technologique, économique et politique. Comme ces trois systèmes ne sont que les facettes d'une même idéologie capitaliste, il n'est pas illogique qu'ils s'écroulent de concert. L'homme semble avoir perdu le contrôle de sa machine sociale, hyper-perfectionnée, mais trop complexe maintenant pour résister aux aléas.

Cette tendance a commencé à se faire sentir avec l'ouragan Katrina. Le pays "le plus riche du monde" a été incapable (et n'a même pas eu la volonté) de prévenir un désastre et encore moins de venir au secours de ses citoyens. Quelques années plus tard, l'explosion de Deepwater Horizon et l'incapacité totale de BP à régler le problème a montré que l'homme était allé trop loin dans sa quête de toute-puissance. Puis les conséquences de la crise économique ont commencé à se concrétiser dans les pays arabes. Ce qui était au début émeutes de la faim et de la pauvreté s'est transformé en révolution, en guerre civile, en "chaos" comme on dit dans les milieux plus sérieux. En bref, le peuple reprend le pouvoir et la production économique, l'approvisionnement énergétique de l'Europe ne sont plus la mère des priorités. Pour finir (pour l'instant...), la nature, encore elle, se charge de confirmer que la "solution nucléaire" au problème des émissions de gaz à effet de serre n'est qu'un problème supplémentaire. Encore une fois la science des ingénieurs est dépassée par l'inventivité destructrice des éléments. Une des économies les plus riches du globe, sans doute la plus technologique, est maintenant à genoux devant un séisme.

Pourtant ces catastrophes ont eu des précédents. Le tremblement de terre de Tokyo en 1923 était déjà une catastrophe inédite. Il faut bien constater pourtant que l'effort demandé pour reconstruire l'économie du Japon sera beaucoup plus important qu'il ne l'était à l'époque. Plus on monte, plus on tombe de haut, c'est une des leçons de l'avidité humaine. Là encore l'économie se trouve désorganisée pour un moment. Dans le même temps, dans le Wisconsin, on se dirige vers la grève générale.

Il va falloir encore du temps pour ramener à la raison les idéologues de la croissance, pourtant beaucoup de signes indiquent que l'avenir n'est pas à l'augmentation de la valeur ajoutée mais plutôt à la répartition d'une montagne de richesses et de déchets. Les solutions à la crise énergétique sont pourtant légion dans l'esprit des analystes: il y a les shale gas pour lesquels on troue le sol comme du gruyère et on pollue les nappes phréatiques. Il y a les agro-carburants (50% de la production de maïs aux Etats-Unis) qui contribuent à la flambée des prix agricoles. Tout est bon pour essayer de gratter encore plus, c'est bien ce qui a provoqué la catastrophe de Deepwater: on en vient à des procédés qu'on ne maîtrise pas vraiment, mais peu importe. Dans le domaine du nucléaire, il y a les surgénérateurs, qui produisent moins de déchets mais des déchets plus nocifs. Malheureusement on n'a toujours pas trouvé de palliatif au sodium liquide pour les circuits de refroidissement, sodium qui a la fâcheuse propriété de s'enflammer au contact de l'ait dans un incendie qu'on ne sait pas éteindre (d'où l'arrêt de Superphénix en France). Qu'à cela ne tienne, des "prototypes" sont à l'essai. Qui peut dire l'ampleur des dégâts au Japon si les centrales avaient été surgénératrices ?

L'important c'est toujours que l'AIE, et même des écolos comme Grennpeace, puissent continuer à affirmer qu'on s'en sortira, avec du renouvelable ou avec de la séquestration de carbone, mais surtout en préservant la croissance. Pourtant, on voit bien que toutes les bombes à retardement accumulées dans les dernières décennies sont en train d'exploser simultanément, qui peut sérieusement croire qu'on va faire autre chose, et pendant longtemps, que rétropédaler pour essayer de ne pas dévaler la pente trop vite ?

08/03/2011

Un sondage peut en cacher un autre

Ainsi donc la France vire à l'extrême-droite.. c'est du moins ce que voudraient nous faire croire les sondages et les media. Il ne s'agit pas ici de nier comme certains l'évidence de la percée de Marine Le Pen et d'un sentiment d'islamophobie dans la société. Il s'agit de recadrer le débat politique.

La première remarque qui s'impose est que certains ont intérêt à faire monter Marine Le Pen. Il est difficile de démêler complètement l'écheveau des luttes partisanes, mais il est certain qu'à la fois pour le PS et l'UMP la percée du FN est une bonne occasion de tenter de faire le méange dans cette élection. Il s'agit maintenant d'éliminer les candidatures de type Eva Joly, Villepin et pourquoi pas Mélenchon. Le jeu est toutefois dangereux, en particulier pour Nicolas Sarkozy dont la légitimité est remise en cause tant sa stratégie de drague du FN s'avère catastrophique. Toujours est-il que la place laissée dans le débat public et dans les media à Marine Le Pen témoigne de son entrée dans ce "système" qu'elle pourfend de manière si véhémente.

Pour l'instant on peut imaginer MLP en baudruche, à l'instar de Ségolène Royal, que les media s'empresseront de dégonfler en temps voulu. Il suffit pour cela de pointer sur l'incohérence de ses propositions migratoires, de ses obédiences chrétiennes intégristes peu en accord avec ses prétendues valeurs de laïcité, de l'absence totale de réelles propositions d'avancées sociales dans son programme. On ne peut toutefois pas sous-estimer la possibilité que certains intérêts financiers se disent que après tout Marine Le Pen ce n'est peut-être pas si mal face à un risque de percée d'une gauche radicale. La ritournelle de l'industriel ou du financier qui préfère se tourner vers les fascistes plutôt que de risquer une révolution. Qui plus est, une fois nettoyée des miasmes antisémites de son père, Marine Le Pen ne paraît pas tellement plus virulente que ne l'a été Nicolas Sarkozy en matière de stigmatisation de l'immigration. Le danger n'est donc pas à écarter mais il n'est pas si pressant.

Ainsi un sondage CSA de février 2011 nous montre que MLP culmine à 29 % de bonnes opinions dans la population française contre 70% de mauvaises opinions et seulement 1% qui ne se prononcent pas. Ce chiffre nous apprend plusieurs choses: les intentions de vote pour MLP sont très élevées comparées aux bonnes opinions dans la population française. Seulement 1% des français ne se prononcent pas, il ne semble donc pas y avoir de forte réticence à affirmer son attachement à MLP. Ces points semblent renforcer l'idée qu'un redressement des intentions de vote pour la candidate du Front National au même niveau que pour son père n'est sans doute pas justifié. On peut penser également que l'abstention qui n'est jamais mesurée dans les intentions de vote est sans doute assez élevée pour lui permettre de réaliser un score aussi élevé mais ce n'est pas sûr. En tout état de cause une estimation de l'abstention est un élément essentiel dans ces sondages. Le sondage confirme également la très bonne position de MLP parmi les employés et les ouvriers, ce qui se retrouve dans les intentions de vote (voir le sondage de IFOP-France Soir du 17 février 2011).Pourtant, avec 70 % de mauvaises opinions, il faudrait à l'heure actuelle 40% au moins d'abstention au second tour d'une présidentielle pour lui permettre d'être élue.

En terme de potentiel de vote, seulement 19 % des français envisagent de voter pour Marine Le Pen au pemier tour, 13 % probablement et 68 % certainement pas. Ces chiffres semblent confirmer l'idée que soit Marine Le Pen bénéficie d'un redressement surestimé, soit on fait face à une très forte abstention au premier tour pour l'amener à 23 ou 24 % d'intentions de vote. Cela se confirme chez les ouvriers où seulement 24 % d'ente eux pensent voter pour elle alors qu'elle est créditée de 32 % d'intentions de vote par IFOP France-Soir. On sait que les ouvriers sont traditionnellement fortement abstentionnistes, les lepénistes le seraient moins.

En bref, les intentions de vote pour Marine Le Pen sont peut-être surestimées au premier tour et elle n'est pas en position pour l'instant de remporter un second tour. Cela étant la dynamique lui est favorable et surtout c'est elle qui dicte l'agenda médiatique, comme Sarkozy le faisait naguère: islam et immigration sont les deux thèmes à la mode, en attendant de l'entendre bientôt sur la sécurité. Elle ajoute en cela certains éléments d'anticapitalisme qui se résument en fait à un protectionnisme nationaliste pas du tout incohérent avec l'oppression des salariés et le maintien des inégalités.

La question qui se pose est: pourquoi les media suivent cet agenda de peur et d'intolérance ? Bien sûr il s'agit de masquer les vraies préoccupations des français. A ce sujet, il est intéressant de se reporter maintenant vers un autre sondage csa de février 2011, commandité par Marianne. Officiellement l'objet du sondage est la "candidature de Dominque Strauss-Kahn". Pourtant, un certain nombre de points programmatiques sont abordés, que je vous laisse apprécier:

-  52 % des français sont pour maintenir la durée légale du travail à 35 heures

- 59 % pour revenir sur le recul de l'âge légal de départ à la retraite

- 67 % pour revenir sur le principe de non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux

- 64 % pour revenir sur la présence des soldats français en Afghanistan

- 93 % pour relever les bas salaires

- 55 % pour renationaliser certaines banques

- 50 % pour fixer un salaire maximum, 40 % contre, 10 % ne se prononcent pas

- 43 % pour interdire les licenciements boursiers, 27 % contre et 30 % ne se prononcent pas

Autant dire que face à un tel sondage n'importe quel programme de l'UMP est laminé d'avance si ce n'est la sécurité et la lutte contre l'immigration. Manque de bol, MLP convainc maintenant plus les français sur ces deux points. On comprend donc mieux la panique à l'UMP, battue d'avance par la gauche sur les thèmes sociaux et en train d'être dépassée par le FN sur les thèmes sécuritaires et identitaires. La stratégie qui visait à bâillonner la grogne salaire a abouti au renforcement du Front National qui lui-même pourrait bien aboutir à l'explosion de l'UMP, hypothèse que l'on avait déjà évoquée ici-même.

L'enjeu des prochaines semaines est bien de savoir si l'UMP connaîtra des défections qui renforceront la dynamique du Front National et achèveront de dédiaboliser MLP. Si la presse continue d'insister sur le thème islamophobe et sécuritaire c'est bien ce qui risque de se passer. Alors le danger se fera encore plus pressant. Si elle revient aux sujets sociaux elle remettra en revanche la gauche en selle. A elle de choisir si elle continue dans la politique du pire...

 
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