Avertir le modérateur

13/05/2011

Mediaparttitude: d'Eric Woerth à Besancenot en passant par Laurent Blanc

Il est de bon ton de nos jours chez les élites et les biens-pensants de s'attaquer au site et Mediapart et à ses méthodes d'investigation, décrites même parfois comme fascistes. Et à vrai dire on peut comprendre ce rejet, tellement la nouvelle bête noire se fait un plaisir de dénouer les ficelles du métier d' "homme public". D'abord on s'attaque à des gens jugés irréprochables, à qui on donnerait le bon dieu sans confession, des Eric Woerth, des Laurent Blanc. Et puis on affirme des choses et on n'en apporte pas la preuve (pas tout de suite...) Alors que voulez qu'ils fissent ? Ils démentent bien sûr, ils disent que cela ne s'est jamais passé, que si ça c'était passé bien sûr il faudrait prendre des sanctions. Alors Mediapart sort des preuves enregistrées, au compte-gouttes. Aïe. Les hommes publics ont menti. Non pas que ça leur plaise vraiment, plutôt parce que ça fait partie de leur métier, de leur rôle, préserver leur image avant tout, leur image et celle de leur clan. Sauf que maintenant le public le sait, grâce à Mediapart et à sa stratégie qui pousse clairement à la faute, le jeu public est démonté. Il devient clair que la notion de vérité et de mensonge est complètement étrangère aux intérêts des hommes publics, seuls comptent les enjeux qui les tiennent entremêlés et leur ego, l'impératif absolu de leur réussite personnelle, non seulement pour eux mêmes mais en tant que valeur sociale intrinsèque.

Alors on peut comprendre le rejet que suscite Mediapart. On peut comprendre que Laurent Blanc ne démissionne pas. Parce qu'il a été appelé à ce poste comme Jeanne d'Arc fut appelée en son temps, et il a été rappelé par ses camarades de 98 (sauf Thuram et Vieira), par le Dieu Zidane que tout le monde ne peut pas se payer. Quand on est intronisé par une telle brochette, alors on peut se permettre d'être au-delà de l'éthique. On peut oublier qu'au delà des paroles racistes au sens strict qui ont été prononcées par le sélectionneur, il y a aussi le fait d'admettre qu'on puisse décider d'une politique de sélection sans l'officialiser. Personne ne rappellera que ce simple fait constitue en soi une faute professionnelle grave, un manque total de respect à l'égard des licenciés qui paient le salaire de ces cadres et dont beaucoup sont peut-être trop grands, trop noirs ou trop arabes pour ceux qui acceptent de toucher leur argent. Le mensonge, la privatisation du pouvoir, tout cela est tellement naturel quand on est au-dessus du lot, comme Eric Woerth qui s'indigne qu'on puiss penser qu'il puisse y avoir conflit d'intérêt entre son poste de ministre du budget et le poste de sa femme. Et le pire c'est qu'ils sont sans doute sincères, ces gens abîmés par leur reflet social et médiatique croient que tout leur est dû.

Bizarrement Nicolas Anelka n'aura pas bénéficié de cet aura médiatique, de cette présomption d'innocence absolue. Lui n'a pas eu la chance d'être enregistré, lui a été sanctionné sans enquête et sans preuve dans la journée. L'Equipe, qui n'a pas hésité à finir de saborder la Coupe du Monde sans afficher le même professionnalisme que Mediapart, l'Equipe donc demeure la référence en matière de sport. Anelka et Ribéry resteront les symboles d'une génération "caillera" qui a tout bousillé et Laurent Blanc restera le symbole de la probité et de la compétence.Tout au moins dans le discours des media...

Et si vous demandez à ces hommes leur avis, ils vous diront qu'ils ont été blessés dans leur chair, attaqués lâchement, qu'ils ont voulu tout quitter mais que leur travail est plus important que tout. On retrouve là le discours dominant général qui combine l'affirmation de la réussite personnelle et le sens du devoir. Cette combinaison qui semble paradoxale tout d'abord rejoint en fait ce que Max Weber avait défini comme "esprit du capitalisme" qui revient au final à poser la réussite personnelle et l'enrichissement comme un devoir. Affirmer son droit à l'ego et à la réussite est donc en fait une façon de renforcer les piliers de notre société moderne et il est normal que le système "rémunère" ceux qui se font un devoir d'être les meilleurs. De même qu'il apparaît assez logique que le PDG de Tepco n'ait pas démissionné (le pauvre est même tombé malade comme Moubarak et Ben Ali, encore cette personnalisation du social qui va faire plaindre le puissant, qui donne tellement de sa personne...) et on n'arrive même plus à s'étonner lorsque le président du "MEDEF" japonais affirme dans un même discours que c'est à l'Etat de dédommager les victimes et qu'il est hors de question de nationaliser TEPCO. Encore une fois, il ne s'agit pas de méchanceté, c'est juste qu'on a largement dépassé le stade de l'éthique pour rentrer dans celui des intérêts des puissants.

Dans tout ce jeu de lutte médiatique des intérêts personnels et claniques, on peut donc que s'étonner de voir Olivier Besancenot annoncer qu'il ne se présentera pas à l'élection présidentielle. La décision est évidemment complètement incompréhensible au commun des mortels journalistes, qui oublient souvent de rappeler que malgré les scores aux cantonales Besancenot devançait Mélenchon dans pas mal de sondages pour les présidentielles. Qui plus est les arguments du postier sont ... éthiques (et en plus il les confie à Mediapart le coquin !): la trop forte personnalisation ne correspond pas aux idées d'émancipation qu'il défend, s'il continuait à se présenter rituellement il irait donc à l'encontre de ses principes. Comment les media ont-ils donc pu s'enticher d'une potiche pareille ? Heureusement ils n'en croient pas un mot. Pour rester cohérent avec leur système de valeurs, bien sûr ils vont chercher la déception personnelle, l'échec du NPA, même Mélenchon en rajoute une couche dans l'hommage qu'il lui rend. A titre personnel je dois bien admettre que longtemps j'ai pensé qu'il n'irait pas au bout de ses idées et qu'il se présenterait. Je ne peux donc que souligner ici le respect que je porte à l'homme et à sa décision, qui montre qu'il reste encore des gens qui savent résister à la facilité, suivre une éthique et appliquer à eux-mêmes les idées qu'ils prônent.

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu