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12/07/2011

Rééquilibrages (2)

Il y a plus d'un an déjà j'écrivais ici-même deux articles (Rééquilibrages et Capitalistes en Grèce ) pour expliquer mes sentiments sur la crise grecque et sur la crise européenne en général. Au vu des événements des derniers mois et des derniers jours encore plus particulièrement, il est bon de revenir sur ces analyses et de voir ce que l'année écoulée nous a appris.

Le traitement de choc infligé à la Grèce l'an dernier a été infligé à l'Irlande et maintenant au Portugal. Il a conduit bien évidemment à la récession en Grèce et donc à une nouvelle saignée pour gorger les marchés. Alors que le gouvernement socialiste portugais a vendu un plan d'austérité évidemment destiné à "assainir" le budget, une fois le texte voté, les premières analyses montrent que ce plan conduira le Portugal à une récession d'au moins deux ans. Sans surprise on annoncera bientôt une nouvelle saignée au portugal, probablement en Irlande. Et maintenant, comme chacun le sait, l'Espagne et l'Italie sont dans le collimateur.

Il apparaît de plus en plus évident que la stratégie des banques et des gouvernants européens n'est nullement de sauver des pays, des peuples, ni même la croissance européenne ou l'euro, mais bien de permettre le plus rapidement possible une gigantesque passation d'actifs, de capitaux et de pouvoir. En ce sens le terme de coup d'Etat n'est pas abusif. Dans une interview aux Echos, Jacques Delpla, membre du Conseil d'Analyse Economique, propose froidemant aux Grecs une solution qui leur permet "une baisse du niveau de vie de 10% sur 5 ans". Pour la première fois depuis que je suis né j'entends un économiste orthodoxe fixer un objectif de récession et non plus un objectif de croissance !

Pour comprendre comment on en est arrivé là, je renvoie aux texte Rééquilibrages déjà cité. On peut rapidement résumer la situation ainsi:

- rattrapage des pays dits "développés" (OCDE) par les pays dits "émergents" (BRIC);

- finitude des ressources planétaires, en particulier une crise de la production pétrolière sur laquelle la croissance vient bloquer irrémédiablement;

- réflexe de survie de la bourgeoisie "mondialisée" pour conserver son niveau de vie;

Une bonne partie de nos élites a maintenant sans doute intégré les deux premières idées et l'implication de l'impossibilité d'une croissance soutenue et générale en Europe. Dans un monde fini cependant, il n'est pas exclu que certains pays puissent continuer à croître au détriment des autres, la Chine au détriment des Etats-Unis, l'Allemagne au détriment du reste de l'Europe. Le petit jeu européen, puisqu'il faut bien rappeler que ses protagonistes essentiels, privés comme publics, sont européens, ce petit jeu consiste tout naturellement à jeter du lest dans une montgolfière qui menace de s'écraser. La Grèce, le Portugal, l'Irlande, que ces pays s'effondrent, s'écrasent, peu importe tant qu'on peut préserver la valeur de l'euro et des actifs qui lui sont adossés. Mais avec l'entrée de l'Italie et de l'Espagne dans la danse, les choses sérieuses commencent seulement. on va pouvoir vérifier si la bourgeoisie européenne est aussi solidaire et organique que ce que nous avons écrit il y a un an, si elle écrasera les Etats italien et espagnol de la même manière, ou si elle se repliera sur des réflexes nationaux. Rappelons qu'en Grèce ce sont en particulier les banques grecques qui saignent leur propre population.

On avait prévu un durcissement de la bourgeoisie capitaliste européenne, l'exemple de l'adoption du second plan d'austérité au parlement grec en a été l'illustration. En revanche le déclin annoncé de la finance de marché n'a pour l'instant pas eu lieu, il est vrai que ce monatge compliqué avec les banques et les agences de notation permet encore un semblant d'anonymat pour ceux qui tirent les marrons du feu.

L'autre enseignement de l'année écoulée c'est que paradoxalement elle est riche d bonnes nouvelles. Les révolutions arabes changent complètement la donne concernant le proche-orient et délégitiment complètement la stratégie du choc des civilisations. Le progrès social qu'elles annoncent certainement pour les travailleurs de ces pays, de même que les récentes élections en Thaïlande, marquent un tournant à la fois pour les pays émergents et pour nous mêmes. Ce tournant est caractérisé également par la hausse des salaires chinois et la réévaluation probable du yuan. Nous assistons à des mouvements tectoniques qui doivent faire évoluer notre façon de penser le monde.

Alors que l'occident s'attache à détricoter les acquis sociaux pour préserver les profits des spéculateurs, d'autres s'attachent à construire des droits sociaux.  Le resserrement des salaires et l'harmonisation des droits sociaux devrait enfin mettre en danger la logique de profit qui s'appuyait sur la mobilité des capitaux pour mettre les salariés en concurrence. Le riche négociant chinois exportateur comme l'importateur détaillant occidental vont voir leurs profit se réduire et evront laisser plus de place aux producteurs et aux travailleurs. Dans un certain nombre de secteurs le rapport de force va rebasculer vers les salariés. Encore une fois le système financier et capitaliste est en danger, particulièrement en Europe et c'est ce qui le pousse à faire parler sa puissance maintenant pour éradiquer toute subsistance de l'ordre social avant de se faire rattraper.

Il ne faut pas sous-estimer les souffrances que nos dirigeants vont faire subir aux populations dans les années qui viennent mais il est important de souligner qu'une fenêtre de tir existe également qui doit permettre de renverser le système et d'établir un système, si possible international, qui soit plus bénéfique à ceux qui travaillent et qui permette également de préserver notre planète.

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