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25/07/2011

Le début de la fin du nucléaire ?

La sortie du nucléaire est maintenant une question que l'on ose poser en France sans passer nécessairement pour un "Green warrior". Il aura fallu pour cela, outre Tchernobyl, que le Japon prouve qu'on peut être un géant économique, financier, industriel, et ne pas savoir tout prévoir, et encore moins tout gérer. Au delà de débats sempiternels sur la probabilité d'un tremblement de terre ou un tsunami en France, la leçon qui est bien à retenir est qu'on ne peut jamais tout prévoir, ou encore qu'une conjonction d'événements, aussi improbables soient-ils, finira toujours par se produire. Et par définition, face à l'imprévu on n'est pas préparé. Fustiger les errements de Tepco, encore plus l'arrogance de ses dirigeants et de l'élite japonaise, est certes une néceesité, mais il ne faut pas en déduire que tout cela ne saurait arriver chez nous. L'arrogance et l'incompétence sévissent malheureusement à tous les niveaux, et particulièrement au plus haut de la hiérachie.

Pour l'élite industrielle et l'état-major de l'UMP, sortir du nucléaire est tout simplement "impossible", il faut comprendre par là que l'on se situe au-delà de la démocratie. Certains pays se débrouillent très bien sans nucléaire mais en France c'est inenvisageable. Pour comprendre cette intransigeance, il faut se rappeler comment depuis quelques années, c'est à dire depuis la décision de construire l'EPR de Flamanville (prise par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'économie) tout est fait pour que EDF soit l'acteur principal, main dans la main avec Areva, du renouveau nucléaire dans le monde.

L'histoire aurait dû s'écrire comme un conte de fée. Au sortir d'une décennie morte, du fiasco de superphoenix, et d'une chute des prix du gaz au début des années 2000 qui avait notamment forcé le gouvernement britannique à renationaliser le producteur nucléaire British Energy, la conjonction d'une prise de conscience sur l'effet de serre et sur la raréfaction des énergies fossiles remet le nucléaire ur le devant de la scène. L'industrie française s'y était préparée en imaginant l'EPR un réacteur de "génération III", une forme de resucée de la génération précédente mais en plus costaud. Les nucléocrates ont même un plan à beaucoup plus long terme. Le réacteur de génération III n'est qu'une transition entre la génération actuelle et la fameuse "Génération IV" qui marque elle une vraie rupture. Il s'agit des fameux "réacteurs à neutrons rapides" qui permettent (à l'instar de Superphénix) de recycler le combustible usagé et le réutiliser. Grâce à cette technique on pourrait diminuer d'un facteur 100 la consommation d'uranium dans le réacteur. Le rêve d'une énergie abondante et éternelle est à portée de main. Mais pour parvenir à cet eldorado il faut du plotonium, dont les réacteurs de génération IV ont également besoin. Ce plutonium est produit par les réacteurs à eau pressurisée classiques, les calculs des ingénieurs montrent alors qu'il est nécessaire de recourir à une nouvelle génération de réacteurs classiques pour disposer d'un stock de plutonium permettant de couvrir la consommation française à partir de génération IV (vers 2050...). Cette planification sur cinquante ans, et même sur le siècle à venir si on considère la durée de vie de génération IV, est aussi séduisante intellectuellement et sur le papier que antidémocratique et le véritable aboutissement de la politique du fait accompli qui caractérise l'histoire du nucléaire en France.

Toujours est-il que les rêves nucléaires reviennent au goût du jour au milieu des années 2000 et EDF sent ses ailes repousser. La fin du mandat de Gadonneix marque une forme de rupture avec la politique de diversification menée par Roussely (avec notamment l'achat d'Edison pour se positionner sur le marché du gaz). EDF rachète British Energy, l'opérateur nucléaire britannique, et rentre au capital de Constellation aux Etats-Unis pour y développer son EPR. Il a également bien l'intention de participer à la relance du nucléaire promise par Berlusconi en Italie (par la force de l'armée s'il le faut...). Avec l'avènement de Proglio, une étape supplémentaire est encore franchie. Le mandat du nouveau PDG est de mettre en rang de bataille la filière nucléaire française. Le EDF "énergéticien européen" qui s'était dessiné sous Roussely et un peu sous Gadonneix devient définitivement le EDF "opérateur nucléaire mondial" avec des conséquences structurantes: revente du réseau de distribution Londonien, activité pourtant très rentable et sans risque, cession de EnBW au Land du Baden Würtenberg. Sarkozy commandite un rapport à l'ancien président Roussely, rapport qui préconise effectivement de mettre l'ensemble de la filière nucléaire sous la coupe d'EDF et en particulier de développer des réacteurs de plus faible puissance (l'Atmea dont Besson nous reparle déjà).

Petit à petit l'entreprise s'est donc recentrée sur une activité presque unique: promouvoir le nucléaire à l'échelon internationel et préparer sa renaissance. D'un point de vue financier c'est le refus quasi-aveugle de "diversifier ses actifs" sur la base d'une foi inébranlable dans le fait que le nucléaire est l'énergie la "plus sûre" et la "moins chère". C'est peu dire que la catastrophe de Fukushima est mal tombée pour l'industrie française, en particulier EDF et Areva. Le Japon est sans doute le pays le plus proche de la France en terme de culture nucléaire. Il y a quelques années déjà un tremblement de terre de moindre ampleur avait ébranlé une centrale au Japon, provoquant des rejets radioactifs dans l'eau et un arrêt pour quelques mois. Prétendre que la catastrophe était imprévisible est donc un mensonge grotesque et ne pas avoir pris en compte sa quasi-inéluctabilité une erreur stratégique lamentable. Ce que nos dirigeants essaient désormais de nous cacher, de Sarkozy à Proglio en passant par Besson, c'est la portée de cette série d'erreurs et de fautes qu'ils ont commises. Si privatiser EDF était sans doute une erreur évitable, gérer une entreprise cotée en bourse sans avoir une vision claire des risques encourus marque définitivement l'incompétence de nos dirigeants, même au regard de l'économie libérale qu'ils défendent. Il était évident que tout accident sérieux, même en dehors de France, mettrait en danger toute l'entreprise. Il fallait donc s'en remettre aux autres pour pouvoir développer le modèle imaginé pour EDF, et au-delà la filière industrielle française, y compris Bouygues qui faisait partie du package.

Aujourd'hui toute cette construction est à peu près par terre. Et le roi est nu. Déjà avant Fukushima l'épisode Constellation s'était soldé par un cuisant échec pour EDF, les gazs de schiste ayant fait s'écrouler les prix du gaz aux Etats-Unis un réacteur nucléaire n'y trouvait plus sa place économiquement. Cet épisode de vhute des prix sera sans doute temporaire mais il peut plomber pour deux ou trois ans une filière déjà moribonde.  L'Allemagne a maintenant décidé définitivement de sortir du nucléaire, on reviendra là-dessus. La Suisse également et ironiquement la veille de l'annonce suisse Proglio avait fixé pour objectif à son groupe de devenir le "leader mondial du nucléaire". Les japonais, très ébranlés par la gestion de la crise de Fukushima, discutent maintenant sérieusement de la sortie du nucléaire. L'Italie a rejeté par référendum la relance du nucléaire proposée par Berlusconi. La Chine a gelé de nombreux projets de centrales, même si de ce côté là il reste de la place qui sera âprement diputée entre les constructeurs de centrales. Au temps pour l'action EDF...

Hier, heureusement pour EDF qui ne manque pas de s'en féliciter, le législateur anglais a fait passer une loi très favorable au nucléaire. Elle réaffirme le besoin pour le Royaume-Uni de recourir à l'énergie nucléaire et met en place un prix plancher du carbone (vive le marché) pour permettre de financer à la fois les énergies vertes et le nucléaire. Les journaux avaient déjà souligné les conversations incroyables entre les managers d'EDF Energy et le gouvernement anglais visant à établir une communication minimisant les conséquences de Fukushima. On peut imaginer le niveau de lobby auquel EDF a recouru pour convaincre le gouvernement de lui préserver son eldorado britannique (et ne pas plomber un investissement très coûteux). Il s'agit maintenant de voir si cette relance nucléaire est encore crédible, même avec le coups de pouce politiques, et si la France pourrait ou pas quitter l'énergie nucléaire.

Pour commencer il faut noter que les deux chantiers en cours, en Finlande et à Flamanville, n'ont pas encore été achevés et ont pris beaucoup de retard avec de dépassements de coûts très importants. A l'heure actuelle on peut donc juste noter que le trio EDF/Areva/Bouygues n'a toujours pas prouvé qu'il était capable de construire et de faire fonctionner ce fameux EPR (on passera sur le recours à de la main d'oeuvre irrégulière, les accidents sur le chantier, etc...) Une deuxième remarque est qu'en 2008 EDF avait annoncé une revalorisation du coût de l'EPR de 3.3 à 4 milliards d'euros, ce qui faisait passer le coût complet de 46 à 54 euros/mWh (coût complet: i.e. le futur prix de revente sur le marché de gros de l'électricité). La revalorisation du coût cette semaine à 6 milliard d'euros, si on suit la même logique le coût complet de l'électricité produite par le premier EPR sera donc de 81 euros/MWh. Nous n'oublions pas qu'il s'agit d'une tête de série mais gardons tout de mêm ce chiffre dans un coin de la tête. Ces deux remarques constituent le préliminaire de l'argumentaire que nous allons développer dans une seconde partie.

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