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27/07/2011

Le début de la fin du nucléaire (2)

Reprenons donc le fil de notre réflexion. Est-il crédible en France de vouloir sortir du nucléaire ? Le premier réflexe sain consiste à se demander pourquoi on pose une telle question.

En premier lieu bien sûr parce que 80% de l'électricité française est produite à partir de l'énergie nucléaire. Ensuite, parce que, en plus de sortir du nucléaire, la France s'est fixée pour objectif de diviser par 4 ses émissions de CO2 d'ici 2050. Cela signifie en pratique sortir également des énergies fossiles à cet horizon. Autrement dit la sortie du nucléaire implique de recourir à 100 % aux énergies renouvelables en 2050. Le dernier argument en faveur du nucléaire est l'idée que nous ne payons pas cher notre électricité grâce à cette technologie. L'argument de l'indépendance énergétique ne tient pas car un parc 100% renouvelable assurerait encore mieux cette indépendance.

On peut se demander comment font (ou feront) les autres pays pour atteindre un tel objectif. Il est en vrai qu'en France on aime bien se regarder le nombril et éviter de voir ce qui se fait ailleurs (sauf quand il s'agit de réduire les retraites ou de privatiser nos services publics) mais il est étonnant de constater la différence d'approche entre la France et l'Allemagne. Les allemands ont au moins quinze ans sur nous en matière d'énergie renouvelable, ils on très tôt subventionné l'éolien, les biogaz et le phtovoltaïque. En France allons passer sept ans à construire un EPR de 1.5 GigaWatt. En Allemagne, sur les sept dernières années on a construit 15 Gigawatts d'éolien, soit l'équivalent de deux EPR au égard au facteur de charge réduit de l'éolien. Et le coût de l'énerge éolienne oscille entre 60 et 70 euros par MWh, soit moins cher que la tête de série de l'EPR.

Il faut bien entendu rappeler que les grandeurs ne sont pas si facilement comparables. Le potentiel annuel éolien est fini par rapport au potentiel nucléaire, mais dans le temps le potentiel éolien est infini puisqu'il se renouvelle. La constatation est tout de même que l'Allemagne a développé une industrie éolienne performante (industrie renouvelable soit dit en passant) alors que la France peinait à rallumer une compétence nucléaire déclinante. Par ailleurs, si le potentiel éolien terrestre devrait saturer dans la décennie à venir, l'industrie éolienne a déjà prévu d'enchaîner entre 2020 et 2030 avec le développement massif des éoliennes maritimes, qui ont l'avantage de bénéficier d'un meilleur facteur de charge et d'une production plus régulière. Pour finir, entre 2030 et 2040 c'est le potentiel des énergies marines qui devrait être exploité par la même industrie (les techniques pouvant être assez proches). Au nveau mondial le développement de l'éolien est tout aussi impressionnant, en particulier aux Etats-Unis et en Chine.

Dans le même temps le solaire photovoltaïque a connu un essor polus rapide que prévu, là aussi essentiellement en Allemagne, la première à proposer des tarifs de rachat incitatifs. En France, de tels tarifs avaient été mis en place mais viennent d'être démantelés tuant dans l'oeuf une industrie naissante. Dans le même temps, les asiatiques et les américains se sont lancés dans la production, en partculier les chinois on fait évidemment baisser les coûts. Au final les panneaux phtovoltaïques sont malgré tout en plein essor en France mais il s'agit de technologies importées.

L'industrie française a donc pris un retard énorme dans le domaine des énergies renouvelables, c'est peut-être ce qui a motivé la stratégie 100% nucléaire imposée par le gouvernement mais on peut maintenant prévoir qu'il s'agit d'un véritable suicide industriel.

Aujourd'hui, au niveau de la commission européenne, le lobby des énergies renouvelables est sans doute aussi puissant que le lobby nucléaire. Le roadmap 2050 de la commission fait la part belle au renouvelable et les technologies de l'avenir sont le solaire à concentration (où les espagnols sont tête de file) et la géothermie (où, pour le coup, la France dispose d'une certaine compétence avec le prototype de Soultz). On se souviendra peut-être un jour qu'EDF fut un des premiers électriciens à construire une centrale à concentration solaire, ou encore une usine marémotrice (La Rance). Le temps de ces innovations est hélas bien passé.

Le nucléaire a donc peu de perspectives de croissance face à une industrie des énergies renouvelables en plein boum et cette constatation aurait dû inciter nos décideurs à plus de prudence en la matière. Un peu tardivement EDF essaie de s'insérer dans des projets ambtiaux d'éolien off-shore sur la côte Atlantique, elle s'efforce également de racheter les parts de sa filiale EDF Energies Nouvelles, ce qui trahit le peu de sérénité (justifié) de nos décideurs.

Mais, me direz-vous, on a n'a pas encore vraiment abordé la question: est-ce qu'avec toutes ces énergies renouvelables on va y arriver ? Pour répondre à cette question il convient d'analyser les scénarios existants de sortie du nucléaire. Il s'agit principalement du scénario [R]évolution de Greenpeace à l'échelle mondiale, du scénario français de Négawatt (référence du Parti de Gauche) et tout récemment d'un scénario extrêmement aambtieux produt par Ecofys et le WWF.

Dans tous les cas l'effort sur les énergies renouvelables ne suffit pas en lui-même. Ce qu fat véritablement la différence ce sont les économies d'énergie. Celles-ci se décomposent en deux niveaux:

-l'efficacité énergétique, consistant à diminuer la consommation des appareils à service rendu constant;

-la sobriété énergétique, consistant à diminuer la quantté de service consommée (sans nécessairement diminuer le confort, soit dit en passant);

Les écologistes "économiquement corrects" essqient de n'avoir recours qu'à l'efficacité énergétique. Il faut dre que les gisements sont déjà impressionnants. Il s'agit essentiellement de l'isolation des bâtiments pour diminuer la consommation de chauffage, et même parvenir avant 2050 pour les baiments neuf à une norme "énergie positive". Il s'agit également d'augmenter l'efficacité des moteurs dans les voitures et d'intensifier le fret ferroviaire. Il s'agit de diminuer la consommation de l'électronique et de l'informatique (télévision, ordinateurs...) et d'améliorer un certain nombre de process industriels. On peut arriver à faire beaucoup d'ici 2050 mais, d'un point de vue conceptuel, tant qu'on ne s'attaque pas au dogme de la croissance on se condamne à ne faire que repousser le problème (les gains de rendement sont toujours limités).

La sobriété énergétique promue par Négawatt, même si elle ne contredit pas officiellement l'idée de croissance, la bat implicitement en brèche. Diminuer sa consommation d'eau chaude en se lavant à la bassine, c'est diminuer à la fois la facture d'eau et la facture énergétique, c'est donc s'attaquer au PIB. Faire moins de trajets, moins de voyages à l'étranger, c'est dépenser moins d'argent.  Consommer des produits locaux, c'est diminuer l'activité du secteur des transports... Autant l'efficacité énergétique est en général compensée par l'"effet rebond" (le service coûte moins cher donc on en consomme plus, ou alors on consomme un autre service avec les économes réalisées), autant la sobriété marque une volonté active de moins consommer, sans égard pour la rationalité économique théorisée dans les modèles.

Dans ces conditions il est important de rappeler que la finitude des ressources en matières premères, en particulier en pétrole, est en train de nous rattraper, et que la question de la sobriété s'impose à nous maintenant sous le terme "austérité" (pour bien nous faire sentir que cette sobriété doit d'abord être une souffrance). Nous sommes en train de vivre le début de la fin du pétrole, en même tempsq ue le début de la fin du nucléaire et à l'avenir il n'est pas tellement question de savoir comment on va rouler plus. Il est seulement question de savoir combien on pourra rouler "raisonnablement". ll faudra donc faire moins de trajets, diminuer la taille des véhicules, etc...

Cette problématique du transport finit par se transposer à toute l'économie et, qaund on nous dit qu'on a vécu "au-dessus de nos moyens" cela signifie en fait qu'on a vécu au-dessus des moyens de la planète. Nos dirigeant, bien obligés, sont en train de planifier la récession, ils le font bien sûr de manière inégalitaire pour conserver leurs privilèges. Ce qui ressort de cette constation (le krach sur les matières premières) c'est que les projections normatives de PIB pour l'Europe à 2050 ne se réaliseront pas, il est probable que nous entrerons en récession ou stagnation jusqu'à au moins 2025.

A mon sens, c'est cet argument qui est vraiment décisif concernant la crédibilité d'une sorite du nucléaire. Les Etats européens, France y compris, n'auront pas les moyens de maintenir une industrie nucléaire poussive et le tassementde la demande en électricité permettra d'accélérer la sortie du nucléaire. Bien sûr cela ne se fera pas sans la "transition gaz" imaginée par tous les scénarios écologistes, mais cela se fera plus naturellement que prévu.

La récession qui vient signifie également en France un risque accru de se retrouver "marginal nucléaire" du fait du développement de l'éolien et du solaire, en particulier en été. Si c'est le nucléaire qui fixe le prix du marché, alors EDF se trouverait en grand danger financier, rappelons que c'est ce genre de situation qui a causé la faillite de British Energy. L'Etat serait alors obligé soit de racheter l'électricité nucléaire, soit d'empêcher les particuliers de quitter le tarif régulé, ce qui dans tous les cas signifie la fin du marché de l'électricité.

Il ne fudrait toutefois pas sous-estimer les difficultés  qu'imposeront la constitution d'un parc 100 % renouvelable. Le nucléaire permet de fournir une énergie stable, "en base", et le gaz de fournr de l'énergie flexible, "en pointe". Les énergies éolienne et solaire sont "fatales", c'est à dire qu'on ne décide pas de leur production ou non. L'éolien Offshore, la géothermie et le solaire à concentration fournissent de l'électricité plus régulière, mais seules le stockage hydraulique ou la biomasse permettent d'assurer la pointe. Dans ces conditions, il est important de réfléchir à la constitution du mix énergétique pour répondre à une demande dynamique. Ce sujet pourrait très bien faire l'objet d'une thèse mais à ma connaissance il n'est pour l'instant pas approfondi. En revanche, différentes pistes de stockage de l'électricité ou de pilotage des usages à distance sont déjà explorés. Rien de tout cela ne semble insurmontable mais il s'agit bien de la principale difficulté qui fait qu'une sortie accélérée du thermique et du nucléaire n'est pas envisageable à court terme.

Il me semble que vingt ans est un délai raisonnable pour sortir du nucléaire en France. Accélérer le rythme en dix ans obligerait à investir massivement dans des centrales gaz, argent qui risque d'être soustrait au développement des énergies renouvelables. Malheureusement, même en étant sortis du nucléaire, il ne faut pas oublier que nous continuerons à subir les coûts de cette énergie "pas chère", à travers le démantèlement des 58 tranches et l'enfouissement des déchets radioactifs (en espérant que ce seront les seuls coûs que nous aurons à subir).

Commentaires

Les voila les 58 réacteurs : http://energeia.voila.net/nucle/france_58_reacteurs.htm

Et vous constaterez que beaucoup d'entre eux ont dépassé l'âge de la retraite, définie à 30 ans lors de leur construction.

Écrit par : Lison | 24/10/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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