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27/07/2011

Le début de la fin du nucléaire (2)

Reprenons donc le fil de notre réflexion. Est-il crédible en France de vouloir sortir du nucléaire ? Le premier réflexe sain consiste à se demander pourquoi on pose une telle question.

En premier lieu bien sûr parce que 80% de l'électricité française est produite à partir de l'énergie nucléaire. Ensuite, parce que, en plus de sortir du nucléaire, la France s'est fixée pour objectif de diviser par 4 ses émissions de CO2 d'ici 2050. Cela signifie en pratique sortir également des énergies fossiles à cet horizon. Autrement dit la sortie du nucléaire implique de recourir à 100 % aux énergies renouvelables en 2050. Le dernier argument en faveur du nucléaire est l'idée que nous ne payons pas cher notre électricité grâce à cette technologie. L'argument de l'indépendance énergétique ne tient pas car un parc 100% renouvelable assurerait encore mieux cette indépendance.

On peut se demander comment font (ou feront) les autres pays pour atteindre un tel objectif. Il est en vrai qu'en France on aime bien se regarder le nombril et éviter de voir ce qui se fait ailleurs (sauf quand il s'agit de réduire les retraites ou de privatiser nos services publics) mais il est étonnant de constater la différence d'approche entre la France et l'Allemagne. Les allemands ont au moins quinze ans sur nous en matière d'énergie renouvelable, ils on très tôt subventionné l'éolien, les biogaz et le phtovoltaïque. En France allons passer sept ans à construire un EPR de 1.5 GigaWatt. En Allemagne, sur les sept dernières années on a construit 15 Gigawatts d'éolien, soit l'équivalent de deux EPR au égard au facteur de charge réduit de l'éolien. Et le coût de l'énerge éolienne oscille entre 60 et 70 euros par MWh, soit moins cher que la tête de série de l'EPR.

Il faut bien entendu rappeler que les grandeurs ne sont pas si facilement comparables. Le potentiel annuel éolien est fini par rapport au potentiel nucléaire, mais dans le temps le potentiel éolien est infini puisqu'il se renouvelle. La constatation est tout de même que l'Allemagne a développé une industrie éolienne performante (industrie renouvelable soit dit en passant) alors que la France peinait à rallumer une compétence nucléaire déclinante. Par ailleurs, si le potentiel éolien terrestre devrait saturer dans la décennie à venir, l'industrie éolienne a déjà prévu d'enchaîner entre 2020 et 2030 avec le développement massif des éoliennes maritimes, qui ont l'avantage de bénéficier d'un meilleur facteur de charge et d'une production plus régulière. Pour finir, entre 2030 et 2040 c'est le potentiel des énergies marines qui devrait être exploité par la même industrie (les techniques pouvant être assez proches). Au nveau mondial le développement de l'éolien est tout aussi impressionnant, en particulier aux Etats-Unis et en Chine.

Dans le même temps le solaire photovoltaïque a connu un essor polus rapide que prévu, là aussi essentiellement en Allemagne, la première à proposer des tarifs de rachat incitatifs. En France, de tels tarifs avaient été mis en place mais viennent d'être démantelés tuant dans l'oeuf une industrie naissante. Dans le même temps, les asiatiques et les américains se sont lancés dans la production, en partculier les chinois on fait évidemment baisser les coûts. Au final les panneaux phtovoltaïques sont malgré tout en plein essor en France mais il s'agit de technologies importées.

L'industrie française a donc pris un retard énorme dans le domaine des énergies renouvelables, c'est peut-être ce qui a motivé la stratégie 100% nucléaire imposée par le gouvernement mais on peut maintenant prévoir qu'il s'agit d'un véritable suicide industriel.

Aujourd'hui, au niveau de la commission européenne, le lobby des énergies renouvelables est sans doute aussi puissant que le lobby nucléaire. Le roadmap 2050 de la commission fait la part belle au renouvelable et les technologies de l'avenir sont le solaire à concentration (où les espagnols sont tête de file) et la géothermie (où, pour le coup, la France dispose d'une certaine compétence avec le prototype de Soultz). On se souviendra peut-être un jour qu'EDF fut un des premiers électriciens à construire une centrale à concentration solaire, ou encore une usine marémotrice (La Rance). Le temps de ces innovations est hélas bien passé.

Le nucléaire a donc peu de perspectives de croissance face à une industrie des énergies renouvelables en plein boum et cette constatation aurait dû inciter nos décideurs à plus de prudence en la matière. Un peu tardivement EDF essaie de s'insérer dans des projets ambtiaux d'éolien off-shore sur la côte Atlantique, elle s'efforce également de racheter les parts de sa filiale EDF Energies Nouvelles, ce qui trahit le peu de sérénité (justifié) de nos décideurs.

Mais, me direz-vous, on a n'a pas encore vraiment abordé la question: est-ce qu'avec toutes ces énergies renouvelables on va y arriver ? Pour répondre à cette question il convient d'analyser les scénarios existants de sortie du nucléaire. Il s'agit principalement du scénario [R]évolution de Greenpeace à l'échelle mondiale, du scénario français de Négawatt (référence du Parti de Gauche) et tout récemment d'un scénario extrêmement aambtieux produt par Ecofys et le WWF.

Dans tous les cas l'effort sur les énergies renouvelables ne suffit pas en lui-même. Ce qu fat véritablement la différence ce sont les économies d'énergie. Celles-ci se décomposent en deux niveaux:

-l'efficacité énergétique, consistant à diminuer la consommation des appareils à service rendu constant;

-la sobriété énergétique, consistant à diminuer la quantté de service consommée (sans nécessairement diminuer le confort, soit dit en passant);

Les écologistes "économiquement corrects" essqient de n'avoir recours qu'à l'efficacité énergétique. Il faut dre que les gisements sont déjà impressionnants. Il s'agit essentiellement de l'isolation des bâtiments pour diminuer la consommation de chauffage, et même parvenir avant 2050 pour les baiments neuf à une norme "énergie positive". Il s'agit également d'augmenter l'efficacité des moteurs dans les voitures et d'intensifier le fret ferroviaire. Il s'agit de diminuer la consommation de l'électronique et de l'informatique (télévision, ordinateurs...) et d'améliorer un certain nombre de process industriels. On peut arriver à faire beaucoup d'ici 2050 mais, d'un point de vue conceptuel, tant qu'on ne s'attaque pas au dogme de la croissance on se condamne à ne faire que repousser le problème (les gains de rendement sont toujours limités).

La sobriété énergétique promue par Négawatt, même si elle ne contredit pas officiellement l'idée de croissance, la bat implicitement en brèche. Diminuer sa consommation d'eau chaude en se lavant à la bassine, c'est diminuer à la fois la facture d'eau et la facture énergétique, c'est donc s'attaquer au PIB. Faire moins de trajets, moins de voyages à l'étranger, c'est dépenser moins d'argent.  Consommer des produits locaux, c'est diminuer l'activité du secteur des transports... Autant l'efficacité énergétique est en général compensée par l'"effet rebond" (le service coûte moins cher donc on en consomme plus, ou alors on consomme un autre service avec les économes réalisées), autant la sobriété marque une volonté active de moins consommer, sans égard pour la rationalité économique théorisée dans les modèles.

Dans ces conditions il est important de rappeler que la finitude des ressources en matières premères, en particulier en pétrole, est en train de nous rattraper, et que la question de la sobriété s'impose à nous maintenant sous le terme "austérité" (pour bien nous faire sentir que cette sobriété doit d'abord être une souffrance). Nous sommes en train de vivre le début de la fin du pétrole, en même tempsq ue le début de la fin du nucléaire et à l'avenir il n'est pas tellement question de savoir comment on va rouler plus. Il est seulement question de savoir combien on pourra rouler "raisonnablement". ll faudra donc faire moins de trajets, diminuer la taille des véhicules, etc...

Cette problématique du transport finit par se transposer à toute l'économie et, qaund on nous dit qu'on a vécu "au-dessus de nos moyens" cela signifie en fait qu'on a vécu au-dessus des moyens de la planète. Nos dirigeant, bien obligés, sont en train de planifier la récession, ils le font bien sûr de manière inégalitaire pour conserver leurs privilèges. Ce qui ressort de cette constation (le krach sur les matières premières) c'est que les projections normatives de PIB pour l'Europe à 2050 ne se réaliseront pas, il est probable que nous entrerons en récession ou stagnation jusqu'à au moins 2025.

A mon sens, c'est cet argument qui est vraiment décisif concernant la crédibilité d'une sorite du nucléaire. Les Etats européens, France y compris, n'auront pas les moyens de maintenir une industrie nucléaire poussive et le tassementde la demande en électricité permettra d'accélérer la sortie du nucléaire. Bien sûr cela ne se fera pas sans la "transition gaz" imaginée par tous les scénarios écologistes, mais cela se fera plus naturellement que prévu.

La récession qui vient signifie également en France un risque accru de se retrouver "marginal nucléaire" du fait du développement de l'éolien et du solaire, en particulier en été. Si c'est le nucléaire qui fixe le prix du marché, alors EDF se trouverait en grand danger financier, rappelons que c'est ce genre de situation qui a causé la faillite de British Energy. L'Etat serait alors obligé soit de racheter l'électricité nucléaire, soit d'empêcher les particuliers de quitter le tarif régulé, ce qui dans tous les cas signifie la fin du marché de l'électricité.

Il ne fudrait toutefois pas sous-estimer les difficultés  qu'imposeront la constitution d'un parc 100 % renouvelable. Le nucléaire permet de fournir une énergie stable, "en base", et le gaz de fournr de l'énergie flexible, "en pointe". Les énergies éolienne et solaire sont "fatales", c'est à dire qu'on ne décide pas de leur production ou non. L'éolien Offshore, la géothermie et le solaire à concentration fournissent de l'électricité plus régulière, mais seules le stockage hydraulique ou la biomasse permettent d'assurer la pointe. Dans ces conditions, il est important de réfléchir à la constitution du mix énergétique pour répondre à une demande dynamique. Ce sujet pourrait très bien faire l'objet d'une thèse mais à ma connaissance il n'est pour l'instant pas approfondi. En revanche, différentes pistes de stockage de l'électricité ou de pilotage des usages à distance sont déjà explorés. Rien de tout cela ne semble insurmontable mais il s'agit bien de la principale difficulté qui fait qu'une sortie accélérée du thermique et du nucléaire n'est pas envisageable à court terme.

Il me semble que vingt ans est un délai raisonnable pour sortir du nucléaire en France. Accélérer le rythme en dix ans obligerait à investir massivement dans des centrales gaz, argent qui risque d'être soustrait au développement des énergies renouvelables. Malheureusement, même en étant sortis du nucléaire, il ne faut pas oublier que nous continuerons à subir les coûts de cette énergie "pas chère", à travers le démantèlement des 58 tranches et l'enfouissement des déchets radioactifs (en espérant que ce seront les seuls coûs que nous aurons à subir).

25/07/2011

Le début de la fin du nucléaire ?

La sortie du nucléaire est maintenant une question que l'on ose poser en France sans passer nécessairement pour un "Green warrior". Il aura fallu pour cela, outre Tchernobyl, que le Japon prouve qu'on peut être un géant économique, financier, industriel, et ne pas savoir tout prévoir, et encore moins tout gérer. Au delà de débats sempiternels sur la probabilité d'un tremblement de terre ou un tsunami en France, la leçon qui est bien à retenir est qu'on ne peut jamais tout prévoir, ou encore qu'une conjonction d'événements, aussi improbables soient-ils, finira toujours par se produire. Et par définition, face à l'imprévu on n'est pas préparé. Fustiger les errements de Tepco, encore plus l'arrogance de ses dirigeants et de l'élite japonaise, est certes une néceesité, mais il ne faut pas en déduire que tout cela ne saurait arriver chez nous. L'arrogance et l'incompétence sévissent malheureusement à tous les niveaux, et particulièrement au plus haut de la hiérachie.

Pour l'élite industrielle et l'état-major de l'UMP, sortir du nucléaire est tout simplement "impossible", il faut comprendre par là que l'on se situe au-delà de la démocratie. Certains pays se débrouillent très bien sans nucléaire mais en France c'est inenvisageable. Pour comprendre cette intransigeance, il faut se rappeler comment depuis quelques années, c'est à dire depuis la décision de construire l'EPR de Flamanville (prise par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'économie) tout est fait pour que EDF soit l'acteur principal, main dans la main avec Areva, du renouveau nucléaire dans le monde.

L'histoire aurait dû s'écrire comme un conte de fée. Au sortir d'une décennie morte, du fiasco de superphoenix, et d'une chute des prix du gaz au début des années 2000 qui avait notamment forcé le gouvernement britannique à renationaliser le producteur nucléaire British Energy, la conjonction d'une prise de conscience sur l'effet de serre et sur la raréfaction des énergies fossiles remet le nucléaire ur le devant de la scène. L'industrie française s'y était préparée en imaginant l'EPR un réacteur de "génération III", une forme de resucée de la génération précédente mais en plus costaud. Les nucléocrates ont même un plan à beaucoup plus long terme. Le réacteur de génération III n'est qu'une transition entre la génération actuelle et la fameuse "Génération IV" qui marque elle une vraie rupture. Il s'agit des fameux "réacteurs à neutrons rapides" qui permettent (à l'instar de Superphénix) de recycler le combustible usagé et le réutiliser. Grâce à cette technique on pourrait diminuer d'un facteur 100 la consommation d'uranium dans le réacteur. Le rêve d'une énergie abondante et éternelle est à portée de main. Mais pour parvenir à cet eldorado il faut du plotonium, dont les réacteurs de génération IV ont également besoin. Ce plutonium est produit par les réacteurs à eau pressurisée classiques, les calculs des ingénieurs montrent alors qu'il est nécessaire de recourir à une nouvelle génération de réacteurs classiques pour disposer d'un stock de plutonium permettant de couvrir la consommation française à partir de génération IV (vers 2050...). Cette planification sur cinquante ans, et même sur le siècle à venir si on considère la durée de vie de génération IV, est aussi séduisante intellectuellement et sur le papier que antidémocratique et le véritable aboutissement de la politique du fait accompli qui caractérise l'histoire du nucléaire en France.

Toujours est-il que les rêves nucléaires reviennent au goût du jour au milieu des années 2000 et EDF sent ses ailes repousser. La fin du mandat de Gadonneix marque une forme de rupture avec la politique de diversification menée par Roussely (avec notamment l'achat d'Edison pour se positionner sur le marché du gaz). EDF rachète British Energy, l'opérateur nucléaire britannique, et rentre au capital de Constellation aux Etats-Unis pour y développer son EPR. Il a également bien l'intention de participer à la relance du nucléaire promise par Berlusconi en Italie (par la force de l'armée s'il le faut...). Avec l'avènement de Proglio, une étape supplémentaire est encore franchie. Le mandat du nouveau PDG est de mettre en rang de bataille la filière nucléaire française. Le EDF "énergéticien européen" qui s'était dessiné sous Roussely et un peu sous Gadonneix devient définitivement le EDF "opérateur nucléaire mondial" avec des conséquences structurantes: revente du réseau de distribution Londonien, activité pourtant très rentable et sans risque, cession de EnBW au Land du Baden Würtenberg. Sarkozy commandite un rapport à l'ancien président Roussely, rapport qui préconise effectivement de mettre l'ensemble de la filière nucléaire sous la coupe d'EDF et en particulier de développer des réacteurs de plus faible puissance (l'Atmea dont Besson nous reparle déjà).

Petit à petit l'entreprise s'est donc recentrée sur une activité presque unique: promouvoir le nucléaire à l'échelon internationel et préparer sa renaissance. D'un point de vue financier c'est le refus quasi-aveugle de "diversifier ses actifs" sur la base d'une foi inébranlable dans le fait que le nucléaire est l'énergie la "plus sûre" et la "moins chère". C'est peu dire que la catastrophe de Fukushima est mal tombée pour l'industrie française, en particulier EDF et Areva. Le Japon est sans doute le pays le plus proche de la France en terme de culture nucléaire. Il y a quelques années déjà un tremblement de terre de moindre ampleur avait ébranlé une centrale au Japon, provoquant des rejets radioactifs dans l'eau et un arrêt pour quelques mois. Prétendre que la catastrophe était imprévisible est donc un mensonge grotesque et ne pas avoir pris en compte sa quasi-inéluctabilité une erreur stratégique lamentable. Ce que nos dirigeants essaient désormais de nous cacher, de Sarkozy à Proglio en passant par Besson, c'est la portée de cette série d'erreurs et de fautes qu'ils ont commises. Si privatiser EDF était sans doute une erreur évitable, gérer une entreprise cotée en bourse sans avoir une vision claire des risques encourus marque définitivement l'incompétence de nos dirigeants, même au regard de l'économie libérale qu'ils défendent. Il était évident que tout accident sérieux, même en dehors de France, mettrait en danger toute l'entreprise. Il fallait donc s'en remettre aux autres pour pouvoir développer le modèle imaginé pour EDF, et au-delà la filière industrielle française, y compris Bouygues qui faisait partie du package.

Aujourd'hui toute cette construction est à peu près par terre. Et le roi est nu. Déjà avant Fukushima l'épisode Constellation s'était soldé par un cuisant échec pour EDF, les gazs de schiste ayant fait s'écrouler les prix du gaz aux Etats-Unis un réacteur nucléaire n'y trouvait plus sa place économiquement. Cet épisode de vhute des prix sera sans doute temporaire mais il peut plomber pour deux ou trois ans une filière déjà moribonde.  L'Allemagne a maintenant décidé définitivement de sortir du nucléaire, on reviendra là-dessus. La Suisse également et ironiquement la veille de l'annonce suisse Proglio avait fixé pour objectif à son groupe de devenir le "leader mondial du nucléaire". Les japonais, très ébranlés par la gestion de la crise de Fukushima, discutent maintenant sérieusement de la sortie du nucléaire. L'Italie a rejeté par référendum la relance du nucléaire proposée par Berlusconi. La Chine a gelé de nombreux projets de centrales, même si de ce côté là il reste de la place qui sera âprement diputée entre les constructeurs de centrales. Au temps pour l'action EDF...

Hier, heureusement pour EDF qui ne manque pas de s'en féliciter, le législateur anglais a fait passer une loi très favorable au nucléaire. Elle réaffirme le besoin pour le Royaume-Uni de recourir à l'énergie nucléaire et met en place un prix plancher du carbone (vive le marché) pour permettre de financer à la fois les énergies vertes et le nucléaire. Les journaux avaient déjà souligné les conversations incroyables entre les managers d'EDF Energy et le gouvernement anglais visant à établir une communication minimisant les conséquences de Fukushima. On peut imaginer le niveau de lobby auquel EDF a recouru pour convaincre le gouvernement de lui préserver son eldorado britannique (et ne pas plomber un investissement très coûteux). Il s'agit maintenant de voir si cette relance nucléaire est encore crédible, même avec le coups de pouce politiques, et si la France pourrait ou pas quitter l'énergie nucléaire.

Pour commencer il faut noter que les deux chantiers en cours, en Finlande et à Flamanville, n'ont pas encore été achevés et ont pris beaucoup de retard avec de dépassements de coûts très importants. A l'heure actuelle on peut donc juste noter que le trio EDF/Areva/Bouygues n'a toujours pas prouvé qu'il était capable de construire et de faire fonctionner ce fameux EPR (on passera sur le recours à de la main d'oeuvre irrégulière, les accidents sur le chantier, etc...) Une deuxième remarque est qu'en 2008 EDF avait annoncé une revalorisation du coût de l'EPR de 3.3 à 4 milliards d'euros, ce qui faisait passer le coût complet de 46 à 54 euros/mWh (coût complet: i.e. le futur prix de revente sur le marché de gros de l'électricité). La revalorisation du coût cette semaine à 6 milliard d'euros, si on suit la même logique le coût complet de l'électricité produite par le premier EPR sera donc de 81 euros/MWh. Nous n'oublions pas qu'il s'agit d'une tête de série mais gardons tout de mêm ce chiffre dans un coin de la tête. Ces deux remarques constituent le préliminaire de l'argumentaire que nous allons développer dans une seconde partie.

12/07/2011

Rééquilibrages (2)

Il y a plus d'un an déjà j'écrivais ici-même deux articles (Rééquilibrages et Capitalistes en Grèce ) pour expliquer mes sentiments sur la crise grecque et sur la crise européenne en général. Au vu des événements des derniers mois et des derniers jours encore plus particulièrement, il est bon de revenir sur ces analyses et de voir ce que l'année écoulée nous a appris.

Le traitement de choc infligé à la Grèce l'an dernier a été infligé à l'Irlande et maintenant au Portugal. Il a conduit bien évidemment à la récession en Grèce et donc à une nouvelle saignée pour gorger les marchés. Alors que le gouvernement socialiste portugais a vendu un plan d'austérité évidemment destiné à "assainir" le budget, une fois le texte voté, les premières analyses montrent que ce plan conduira le Portugal à une récession d'au moins deux ans. Sans surprise on annoncera bientôt une nouvelle saignée au portugal, probablement en Irlande. Et maintenant, comme chacun le sait, l'Espagne et l'Italie sont dans le collimateur.

Il apparaît de plus en plus évident que la stratégie des banques et des gouvernants européens n'est nullement de sauver des pays, des peuples, ni même la croissance européenne ou l'euro, mais bien de permettre le plus rapidement possible une gigantesque passation d'actifs, de capitaux et de pouvoir. En ce sens le terme de coup d'Etat n'est pas abusif. Dans une interview aux Echos, Jacques Delpla, membre du Conseil d'Analyse Economique, propose froidemant aux Grecs une solution qui leur permet "une baisse du niveau de vie de 10% sur 5 ans". Pour la première fois depuis que je suis né j'entends un économiste orthodoxe fixer un objectif de récession et non plus un objectif de croissance !

Pour comprendre comment on en est arrivé là, je renvoie aux texte Rééquilibrages déjà cité. On peut rapidement résumer la situation ainsi:

- rattrapage des pays dits "développés" (OCDE) par les pays dits "émergents" (BRIC);

- finitude des ressources planétaires, en particulier une crise de la production pétrolière sur laquelle la croissance vient bloquer irrémédiablement;

- réflexe de survie de la bourgeoisie "mondialisée" pour conserver son niveau de vie;

Une bonne partie de nos élites a maintenant sans doute intégré les deux premières idées et l'implication de l'impossibilité d'une croissance soutenue et générale en Europe. Dans un monde fini cependant, il n'est pas exclu que certains pays puissent continuer à croître au détriment des autres, la Chine au détriment des Etats-Unis, l'Allemagne au détriment du reste de l'Europe. Le petit jeu européen, puisqu'il faut bien rappeler que ses protagonistes essentiels, privés comme publics, sont européens, ce petit jeu consiste tout naturellement à jeter du lest dans une montgolfière qui menace de s'écraser. La Grèce, le Portugal, l'Irlande, que ces pays s'effondrent, s'écrasent, peu importe tant qu'on peut préserver la valeur de l'euro et des actifs qui lui sont adossés. Mais avec l'entrée de l'Italie et de l'Espagne dans la danse, les choses sérieuses commencent seulement. on va pouvoir vérifier si la bourgeoisie européenne est aussi solidaire et organique que ce que nous avons écrit il y a un an, si elle écrasera les Etats italien et espagnol de la même manière, ou si elle se repliera sur des réflexes nationaux. Rappelons qu'en Grèce ce sont en particulier les banques grecques qui saignent leur propre population.

On avait prévu un durcissement de la bourgeoisie capitaliste européenne, l'exemple de l'adoption du second plan d'austérité au parlement grec en a été l'illustration. En revanche le déclin annoncé de la finance de marché n'a pour l'instant pas eu lieu, il est vrai que ce monatge compliqué avec les banques et les agences de notation permet encore un semblant d'anonymat pour ceux qui tirent les marrons du feu.

L'autre enseignement de l'année écoulée c'est que paradoxalement elle est riche d bonnes nouvelles. Les révolutions arabes changent complètement la donne concernant le proche-orient et délégitiment complètement la stratégie du choc des civilisations. Le progrès social qu'elles annoncent certainement pour les travailleurs de ces pays, de même que les récentes élections en Thaïlande, marquent un tournant à la fois pour les pays émergents et pour nous mêmes. Ce tournant est caractérisé également par la hausse des salaires chinois et la réévaluation probable du yuan. Nous assistons à des mouvements tectoniques qui doivent faire évoluer notre façon de penser le monde.

Alors que l'occident s'attache à détricoter les acquis sociaux pour préserver les profits des spéculateurs, d'autres s'attachent à construire des droits sociaux.  Le resserrement des salaires et l'harmonisation des droits sociaux devrait enfin mettre en danger la logique de profit qui s'appuyait sur la mobilité des capitaux pour mettre les salariés en concurrence. Le riche négociant chinois exportateur comme l'importateur détaillant occidental vont voir leurs profit se réduire et evront laisser plus de place aux producteurs et aux travailleurs. Dans un certain nombre de secteurs le rapport de force va rebasculer vers les salariés. Encore une fois le système financier et capitaliste est en danger, particulièrement en Europe et c'est ce qui le pousse à faire parler sa puissance maintenant pour éradiquer toute subsistance de l'ordre social avant de se faire rattraper.

Il ne faut pas sous-estimer les souffrances que nos dirigeants vont faire subir aux populations dans les années qui viennent mais il est important de souligner qu'une fenêtre de tir existe également qui doit permettre de renverser le système et d'établir un système, si possible international, qui soit plus bénéfique à ceux qui travaillent et qui permette également de préserver notre planète.

 
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