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07/08/2011

"Crise de la dette" (fin du 1er round)

L'annonce de Standard and Poors vendredi soir met officiellement un terme au 1er round de la "crise de la dette", qui a duré depuis 2009 (voire même 2008 pour les initiés) et qui devrait maintenant être plus justement appelée "crise du capitalisme". Lundi s'ouvre un deuxième round plein d'incertitudes mais aussi porteur d'espoirs.

A l'issue du premier round on peut décrire plus fidèlement les protagonistes de ce combat, qui se rangent selon deux axes de bataille:

- un axe géopolitique

- un axe socio-économique

Pour mieux mieux définir ces luttes, il convient de battre en brèche l'idée que l'action se Standard and Poors est un gage de son "indépendance". Indépendance de quoi d'ailleurs ? Comme tous les acteurs du monde politico-financier, Standard and Poors est impliqué dans un réseau de pouvoirs et d'intérêts et agit en fonction d'une idéologie. Si nous ne sommes pas en mesure de décrypter le réseau, nous pouvons au moins comprendre l'idéologie sous-jacente et ses implications.

Il n'est évidemment pas anodin qu'une compagnie américaine dégrade la note de la dette souveraine des Etats-Unis et on pourrait en effet admirer un certain courage face à la puissance de l'Etat américain. Il est peu probable en l'état de voir l'agence de notation chinoise dégrader la note de l'Etat chinois. Il est probable que la dégradation de la note américaine entraînera celle de tous les pays occidentaux à plus ou moins court terme et on peut se demander quel est l'intérêt d'une note AAA si aucun pays ne l'a. Il ne faut pas oublier que les notes de Standard and Poors sont aussi attribuées à des compagnes privées. A l'heure actuelle cinq compagnies américaines bénéficient de la note AAA alors même que l'Etat américain est "dégradé". On ne sera pas surprise de retrouver Microsoft et Exxon dans cette liste. Il est intéressant de voir, sur ce même lien, que depuis un an le cours de ces compagnies a baissé d'au moins 10 %, et même 20% pour Microsoft. Les perspectives insistantes de récession aux Etats-Unis et dans le monde devraient inciter à un certain pessimisme quant aux revenus futurs des grandes multinationales, mais c'est précisément là qu'on peut discerner la ligne idéologique qui sous-tend la décision de Standard and Poors: la décrédibilisation de l'Etat en soi.

Même si la Chine est un des principaux débiteurs des Etats-Unis, il est risible de croire que la pression chinoise pourrait dicter la décision de Standard and Poors. Les Etats-Unis disposent de l'arme atomique de la dévaluation du dollar pour régler leurs dettes extérieures et ils ne se priveront pas de l'utiliser. Mais, dans la séquence qui nous intéresse, l'ordre dans lequel les décisions se prennent (ou les faillites se déclarent) est tout simplement crucial.

Pourquoi ? Parce que tout économiste (ou être humain) de bon sens comprend que nous faisons face à une dette qui ne sera jamais réglée en monnaie. L'intrication du réseau financier fait que l'ensemble de la planète est virtuellement en faillite, en possession d'une montagne de papiers (les devises, les actions) qui n'ont que la valeur de la confiance qu'on leur accorde. Les états et les compagnies privées se renvoient la dette, et à ce petit jeu il n'y a que deux issues possibles:

- ou bien les compagnies privées font faillte et les états les rachèteront;

- ou bien les états font faillite et les compagnies privées les rachèteront;

Dans ces conditions l'ordre dans lequel les annonces se font est primordial. Bien heureusement pour les compagnies privées, les dirgeants actuels des Etats font tout pour leur rendre la main. Ils ont repris à leur compte les dettes privées liées aux subprimes et ils font carpette sous les injonctions des agences de notation.

Les pays en périphérie de la zone euro (Portugal, Grèce, Irlande) ont servi de laboratoire pour mesurer la résistance des gouvernements. L'essai a été plus que concluant pour la bourgeoisie mondialisée. Il est maintenant vraiment intéressant de voir que le coup d'Etat financier au lieu de continuer à dévaster la zone euro préfère s'attaquer directement au sommet de la pyramide, l'Etat américain. Celui-ci est notoirement faible et acquis aux intérêts du privé, mais il est surtout symbolique de la puissance et plutôt que se perdre en batailles contre l'Italie ou l'Espagne en Europe, il est beaucoup plus efficace de  déstabiliser les Etats-Unis. Les autres suivront sans coup férir.

A qui profite le crime ? Nominativement il est difficile de voir des "têtes pensantes" à l'oeuvre, il s'agit bien d'une idéologie qui s'appuie sur un programme imaginé de longue date, la version la plus extrême de l'ultra-libéralisme. Il est probable que l'issue souhaitée du second round soit la privatisation de services essentiels tels que l'éducation, la santé et surtout la justice et la police. L'Etat ne devrait plus être qu'un fantoche prétexte pour une élection dite "démocratique" et gérant une armée au service des puissants.

Il faut bien comprendre que la dmension géopolitique ne vient qu'en deuxième rideau après la problématique socio-économique décrite ci-dessus. Rappelons que la dette de la Grèce est principalement détenue par les banques grecques et la BCE. Au moment où l'austérité viendra en France, nous devrons nous souvenir que la dette de l'Etat français est principalement détenue par des particuliers en France. Si la montée en puissance de la Chine a contribué à faire basculer nos économies dans le surendettement, la propagation de la crise et sa gestion actuelle ne doit pas grand chose aux influences extérieures. Il s'agit bien d'un coup d'Etat de l'intérieur à l'occasion d'un problème économique mondiale.

ll est intéressant de voir que ces déséquilibres apparaissent de manière simultanée partout sur la planète et, pour la première fois peut-être, les peuples ont l'occasion de résister ensemble. Ce n'est pas un hasard si les israéliens et les espagnols se réveillent en même temps que le Maghreb, ce n'est pas un hasard si les amércains entrent en grève, ce n'est pas un hasard si la banleue de Londres connaît à son tour des émeutes. Un combat maintenant sans merci est en train de se jouer entre la démocratie et le règne des compagnies privées.

 

 Mise à jour lundi 8 août: L' "effet domino" a commencé, bien entendu il ne concerne que les établissements publics ou parapublics. Pardoxalement, les entreprises qui ont investi dans les bons du Trésor américain se voient les premières dégradées alors même que les bourses sont en train de s'effondrer ! C'est la punition de la prudence, le massacre prochain des petits épargnants, bref l'avènement proclamé de l'ère des seigneurs de l'aventure capitaliste. La curée devrait commencer bientôt...

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