Avertir le modérateur

09/10/2011

Une primaire pour les idées ?

La primaire socialiste est-elle un succès ? Il est indiscutable qu'elle a beaucoup monopolisé l'attention et qu'elle a suscité l'intérêt, jusqu'à en faire pâlir de jalousie Jean-François Copé.

Il paraît que c'était "moderne", pourtant entre la modernité et la démocratie le lien n'est pas toujours évident. Or on ne peut pas dénier un certain regain d'intérêt populaire pour cette primaire. N'ayant pas moi-même assisté aux débats, le échos que j'en ai eus étaient qu'ils étaient respectueux et qu'ils touchaient des points de fond. De ce point de vue on peut dire que c'était une sorte de respiration par rapport au flux ininterrompu de phrases assassines, les histoires de frics, de moeurs, pour ne pas dire simplement de cul qui nous assaillent jour après jour pour mieux nous dégoûter d'avoir à réfléchir.

J'ai même eu la surprise de découvrir une infographie sur Lemonde.fr résumant les positions des différents candidats par rapport aux différents points du programme socialiste. L'occasion de vérifier que, aussi bien sur les questions économiques que sur les faits de société l'éventail des choix à l'intérieur du Parti Socialiste même était assez large. De la démondialisation à la règle d'or en passant par l'encadrement militaire des mineurs délinquants, la dépénalisation du cannabis, la sortie du nucléaire, l'intérêt pour les français n'était pas seulement de choisir un visage mais bien de s'exprimer sur un programme.

Le succès télévisuel et la participation à la primaire semblent montrer que l'électeur français n'est pas toujours le veau que s'imaginent les partis politiques, en particulier l'UMP, qu'il veut comprendre de quoi on lui parle et pouvoir donner son avis. C'est ce fait qu'a retenu assez justement Marine Le Pen, suffisamment maligne pour ne pas démolir l'exercice et se frottant déjà les mains de pouvoir draguer ceux qui sont attirés par Montebourg.

Il est en effet indiscutable que le véritable événement de ce premier tour c'est le résultat d'Arnaud Montebourg sur des thmes considérés comme radicaux, et avec des positions sur l'immigration, la sécurité, assez proches des thèmes évoqués par le Front National (il ne s'agit pas ici de les confondre bien sûr, mais de noter que Montebourg se pose comme assez conservateur en matière de moeurs). de fait, François Hollande n'est pas pour moi favori du second tour, tellement il aura du mal à récupérer des voix de Montebourd ou de Ségolène Royal qui se sont positionnés bien plus à gauche.

Mais la vraie question que je veux poser ici c'est: Aubry ou Royal, que restera-t-il de tout ce débat dans un semaine ? Un nom et un grand élan de rassemblement autour de ce nom. Pendant une semaine, Aubry va draguer les gauchistes et Hollande essaiera de faire encore croire qu'il est de gauche, à l'arrivée les deux voteront la règle d'or et abandonneront la démocratie aux mains de nos chers banquiers.

Bref, s'il est incontestable que cette primaire représente, un peu comme l'a été le vote sur le Traité Consitutionnel, un vrai moment de débat démocratique, ce moment est insuffisant. Tout le monde le ressantira d'autant plus que reprendront dans les mois à venir les scandales politico-financiers, les blagues à deux balles et les attaques ad hominem, jusqu'à l'écoeurement total au printemps prochain.

Pourquoi ? Parce que l'électeur qui aujourd'hui ou dimanche prochain pose son bulletin dans l'urne n'a aucun moyen d'obliger des gens qui 'lont dix fois trahi à tenir cette fois leur parole. Parce que, après avoir débattu des idées, on vote sur un nom et que ce nom ne rassemble pas l'ensemble des idées auxquelles ont est favorable. On n'a donc jamais la possibilité de s'exprimer clairement et complètement, comment pourrait-on être entendu et respecté ?

Il s'agit bien évidemment du piège de l'élection présidentielle, la plus anti-démocratique qui soit, qui se referme sur la primaire socialiste, comme il s'est refermé sur le Front de Gauche lors du choix de Mélenchon, sur le NPA lors du choix d'un candidat. Au final on ne retient que le nom.

Le véritable défi démocratique aurait été d'organiser une primaire pour les législatives, non pas une primaire pour désigner les candidats, mais bien une primaire pour acter du programme qui doit être défendu par une force de gauche, en demandant de voter sur chacun des points charnières: nationalisation des banques, sortie du nucléaire, sortie de l'euro, retraite à 60 ans, abrogation d'Hadopi etc... L'exercice est lourd mais on devine qu'il correspond de plus en plus à la volonté des citoyens.

Certains comme Mélenchon pensent que l'exercice de la primaire pourrait à terme faire exploser le PS. C'est possible mais ce ne serait pas forcément un mal en soi si à terme cela aboutit à remettre au centre du débat les propositions portées par le peuple dont il paraît qu'il est souverain.

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu