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02/11/2011

Carte postale de Grèce signée "démocratie"

La démocratie a apparemment passé la Toussaint en Grèce et elle nous a envoyé une petite carte postale avec une photo du moustachu Papandreou. Franchement on n'y croyait vraiment plus (moi en tous cas...) tellement le même s'était agenouillé, allongé, devant tous les diktats européens depuis deux ans avec pour seul élément de dialogue avec la population des casques et des gazs lacrymogènes.

Il faut croire qu'à la fois la situation était trop intenable pour lui et que le couple Nicolas-Angela a été suffisamment odieux et méprisant pour qu'il leur fasse ce petit coup de p... qui marquera l'histoire de l'Europe. Le roi est nu, l'Europe des financiers est nue, les dirigeants unanimes crient au scandale qu'on veuille demander son avis à la population grecque. Paradoxalement il est probable que la plupart des peuples européens jubilent à cette idée. Il y avait jusqu'ici un consensus en Europe qui voulait qu'on ne demande son avis au peuple que si on était à peu près sûr qu'il était d'accord avec vous. Il y avait bien sûr eu le couac plus ou moins involontaire de Chirac sur le traité constitutionnel mais cela avait été réparé par Sarkozy et le traité de Lisbonne. Les irlandais ont été rappelés à voter et se sont docilement exécutés et depuis on voyait bien que l'exercice du référendum n'était plus trop à l'ordre du jour, crise oblige.

Cette fois néanmoins, Papandreou demande son avis au peuple alors qu'il est presque certain qu'il dira non. C'est donc une manière de faire un doigt à l'Europe du fric sans engager sa propre responsabilité. Peut-être que George va enfin passer de bonnes nuits !

Au passage il ridiculise Sarkozy, pas peu fier d'avoir arraché un accord qui semblait déjà assez foireux, mais dont on découvre finalement qu'il n'existait que dans ses fantasmes et ceux de Merkel. Il est également pitoyable de voir comment certains analystes, sous le coup du choc ont essayé de faire croire que Papandreou reviendrait sur sa décision sous la pression des autres dirigeants européens. Ce geste de provocation et de défiance marque, du moins on peut l'espérer, la fin de l'Union Européenne, telle qu'elle a été construite jusqu'ici, il est temps que les dirigeants actent cela, et se mettent autour de la table non pas pour parler de crise financière, mais pour repenser la construction européenne, et en particulier son fonctionnement démocratique.

Du point de vue de la crise elle-même, elle est en train de révéler véritablement sa dimension géopolitique. Il apparaît clairement que beaucoup de richesse va être "perdue" (ou pluto que ce qui avait apparemment de la valeur n'en a en faitt pas...) et chacun veut essayer de sauver un maximum. L'Europe a essayé de se tourner vers la Chine pour sauver ses finances, faute de pouvoir résoudre ses problèmes en interne. On remerciera sans dout plus tard la Grèce d'avoir tué cette volonté dans l'oeuf.

L'aggravation de la crise devrait maintenant conduire à deux résultats quasi-obligés:

- effacement ou monétisation de la plupart des dettes publiques

- renationalisation de l'ensemble du système bancaire

Le fait que les Etats (et espérons le les populations) vont retrouver la voix dans le financement de l'économie doit amener à examiner les choix qui se posent pour l'avenir. Doit-on revenir à la primauté de la Nation comme le suggèrent les souverainistes ? Doit-on imaginer autre chose ?

La force du choix souverainiste c'est qu'il repose sur une histoire, il s'impose donc pour certains comme la "seule solution". Il s'agit grosso-modo de revenir au système régulé de l'après-guerre comme le suggère Emmanuel Todd. Mais l'histoire ne revient jamais exactement sur ses pas et Emmanuel Todd le sait bien. Le système capitaliste national et redistributeur a vécu sur la guerre froide et la peur de l'ogre soviétique. Aussitôt le rideau de fer tombé, le capitalisme a repris exactement les mêmes habitudes qu'il avait prises au début du XXème siècle. On peut rappeler également que les nations nous ont coûté deux guerres mondiales bien plus traumatisantes que la crise actuelle.

Pourtant la gauche elle aussi est très molle concernant les alternatives au système. La "démondialisation" de Montebourg n'envisage que l'angle national et même l'internationalisme oublie les réalités de l'économie. Rappelons en quelques unes ici:

- les biens produits par l'économie sont fabrqués à partir de matières premières, minérales, énergétiques, etc...

- la France et l'Europe sont particulèrement pauvres en ces biens

- l'occident vit sur une avance technologique, autrement dit des brevets, qui s'effiloche au fil des ans

Certes on peut (et on doit) "relocaliser" un certain nombre de productions mais il faut malgré tout envisager notre place dans le monde et notre relation aux autres pays dans les décennies qui viennent. C'est cette constatation que les idéologues néo-libéraux utilisent pour nous ramener vers la fatalité de la mondialisation, c'est à dire de la guerre économique généralisée. En face, la gauche radicale ne propose pas de chemin pour sortir de cette guerre économique. Mélenchon se propose de faire entendre la volix de la France à la tribune de l'Europe, c'est une idée intéressante mais qui peut prendre longtemps à cheminer.

Pourquoi ne pas plutôt se tourner vers ceux qui partageraient déjà les idées de la gauche ? Pourquoi ne pas initier des partenariats avec l'Amérique du Sud qui ne reposent pas sur l'exploitation capitalistes ? ll s'agirait tout simplement d'un transfert assumé de hautes technologies vers ces pays, en échange d'un partage de la production et des matières premières. Ces partenariats s'accompagneraient de politiques de recherche publiques communes et, pour assurer la confiance, ils devraient reposer sur la création d'entreprises publiques transnationales. Monter une filière de technologe solaire avec la Tunisie pourrait également être un objectif. La Thaïlande où les chemises rouges ont remporté les dernières élections pourrait également être un partenaire.

Pour réaliser cette politique il faudrait en premier lieu (re)nationaliser des entreprises stratégiques, à savoir (liste non exhaustive): Total, EDF-GDF, Eramet, Sanofi-Aventis...

La question est: quand des leaders de la gauche radicale prendront-ils leurs baons de pèlerin pour rencontrer des Dilma Roussef, Chavez, Morales, Thaksin, voire des opposants de gauche dans d'autres pays, pour discuter d'une politique en rupture véritable avec le libéralisme. Pour convaincre les électeurs qu'un vrai programme de gauche est crédible il faudra à un moment où un autre en passer par là. La brèche que vient d'ouvrir la grèce doit être l'occasion d'avancer d'un pas supplémentaire dans cette direction: établir pas seulement un principe de partage des ressources, mais des accords informels sur des modalités de partage et d'échange, chiffrés, qui montrent les possibilités qui sont offertes.

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