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25/11/2011

Une phrase à méditer

Je vous livre un extrait de l'article du Monde sur l'extension de la crise à l'Allemagne, qui a particulièrement retenu mon attention.

"Nombreux sont donc les observateurs à estimer qu'une sanction de l'Allemagne par les marchés est la seule façon de la voir infléchir sa position sur la BCE."

 

Quand j'aurai un peu plus de temps, je reviendrai ici pour la commenter...

 

(...suite)

Donc je reviens rapidement et à froid sur cette phrase. Je pourrais difficilement mieux m'exprimer que ne l'a fait Frédéric Lordon dans le "Diplo" de ce mois-ci.

Jadis les romains consultaient les auspices (ou les augures) avant de prendre de graves décisions. Il y avait des ministres en charge de l'interprétation des différents phénomènes, chargés de dire s'ils étaient favorables ou défavorables. Cette divination pouvait décider d'entamer une guerre ou non, les augures avaient donc un pouvoir non négligeable même s'ils ne prenaient eux-mêmes aucune décision, et ils le savaient. Les consuls et sénateurs savaient également l'effet que pouvait causer à la population ces signes et il est probable qu'ils en jouaient, avec le concours des augures, pour imposer certaines décisions.

Aujourd'hui les augures sont les fameux et mystérieux "observateurs" mentionnés par Le Monde plus haut, et ils interprètent les hoquets browniens des courbes financières. La phrase, si elle a pour objectif de rappeler le pouvoir des "marchés" à travers la menace qu'ils font peser sur l'Allemagne, n'oublie pas de mentionner, même évasivement, ces intermédiaires, analystes financiers ou économistes de salon, qui concrétisent les processus stochastiques en demandes de réformes. Ces observateurs, grassement rétribués par un système qui compte sur eux, ne sont bien sûr pas "indépendants" des pouvoirs, d'autant plus que les pouvoirs sont financiers. Leurs préconisations défendent donc certains intérêts.

En l'occurrence, mettre la pression sur l'Allemagne peut apparaître comme une prise de conscience de certains groupes financiers qu'une intervention illimitée et directe de la BCE est la seule manière de juguler la crise. Il est intéressant de voir que, si on s'en tient à cette interprétation, tous les rouages du système ne sont plus forcément d'accord entre eux sur la marche à suivre. La belle unité affichée par la bourgeoisie mondialisée semble se fissurer, faisant réapparaître les lignes qui démarquent le politique du financier et les intérêts divergents des Etats.

Le seul point d'accord de tous ces représentants de l'ordre néolibéral est que la démocratie ne sera pas la solution. Nous écrivions il y a peu, dans un accès d'enthousisame, que la démocratie s'était réveillée en Grèce, mais l'idée du référendum n'a pas fait long feu et depuis deux chefs de gouvernement ont été remplacés par les marchés, on parle même de repousser les élections législatives... Plus que jamais la course de vitesse est lancée entre l'ordre néolibéral et l'ordre républicain démocratique, le premier en étant réduit à phagocyter et détruire tout ce qu'il peut dans l'espoir d'échapper à une auto-destruction quasi-inéluctable. Quelque chose qui ressemblerait à s'y méprendre à une politique de la terre brûlée...

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