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16/01/2012

L'enfer vert

Il y a une opinion assez largement répandue comme quoi Mme Joly, la candidate écologiste, mène une campagne si mauvaise qu'elle pourrait être "débarquée" du poste de candidate. Outre la méthode assez surprenante qui consisterait à désavouer un candidat assez largement élu à la primaire sans en passer à nouveau par les militants, il me paraît ici assez important d'analyser les causes de ce que l'on assimile à un désastre politique.

Il n'aura échappé à personne que la chute de Mme Joly dans les sondages a suivi la finalisation de l'accord entre le PS et EELV les Verts. On peut rappeler incidemment qu'un certain nombre de cadres du parti ont déserté les Verts suite à l'accord sans prendre pour prétexte la campagne d'Eva Joly. On peut même se souvenir qu'à certain moment Eva Joly a bénéficié d'une certaine embellie dans les sondages alors même qu'elle semblait en porte-à-faux avec son parti. Très exactement sa chute dans les sondages a coïncidé avec le recadrage de sa campagne par le parti.

Pourquoi la campagne d'Eva Joly n'a-t-elle pas décollé ? Il est probable qu'elle a commis des maldresses mais il est également probable que son caractère intègre, étrangère aux moeurs des intrigues politiques, peut pour beaucoup faire pardonner ces maladresses. Pourquoi a-t-elle tenté de se démarquer alors même que son parti négociait avec le PS ? Ce réflexe se comprend assez naturellement. Les cadres du parti ont montré leur désintérêt total pour la campagne de la candidate en "clôturant leur position" comme on dit en finance largement avant la fin de la séance présidentielle. Dit autrement, ils ont parié à la baisse sur leur candidate en estimant qu'elle ne dépasserait pas les 7-8%. Une fois l'accord signé, les sièges de députés partagés, la campagne ne présentait plus aucun enjeu. A partir du moment où le PS et Europe Ecologie s'engagent sur un programme identique ils n'ont pas de raison de présenter deux candidats différents. N'importe quel électeur sain d'esprit votera pour le candidat des deux le mieux de placer afin de faire gagner la coalition. L'effondrement du score d'Eva Joly était donc complètement prévisible pour de simples raisons stratégique. Cohn-Bendit, qui n'est pas idiot et a anticipé l'effondrement, a très tôt réclamé le retrait de la candidature EELV, sans doute pour éviter ce qui se passe aujourd'hui.

De son côté, Eva Joly, pour sauver son amour-propre et sa campagne, n'avait guère d'autre choix pour remonter dans les sondages que de s'écarter de la ligne du parti et faire valoir son indépendance. Elle ajoué cette carte mais a été sanctionnée par un remaniement de l'équipe de campagne. La direction d'EELV se retrouvait avec deux options:  avoir un candidat qui s'autonomise et fait un score honorable ou un candidat orthodoxe avec un score lamentable. La première option était sans doute la meilleure d'un point de vue stratégique mais le mouvement écologiste a choisi la seconde. Ce qu'ils ont oublié c'est qu'un accord, à la différence d'une position financière, peut assez facilement être dénoncé avant son terme. C'est ce que s'apprête à faire la Parti Socialiste, qui doit bien en rigoler.

L'effondrement d'Eva Joly dans les sondages donne au PS l'idée de renégocier a minima les circonscriptions, et probablement plus tard de s'asseoir complètement sur le programme convenu. Au lieu de reconnaître la véritable bourde stratégique commise à la tpête du parti et dont la responsable est Cécile Duflot, la direction qui jusqu'ici ne s'est pas illustrée par son courage, préfère s'en prendre à une candidate qui n'a plus aucune marge de manoeuvre pour exister en dehors de petites phrases sans conséquences. Il est peu probable qu'ils prennent vraiment le risque de remplacer Eva Joly, parce que personne ne voudrait reprendre une telle situation. La logique voudrait que Cécile Duflot s'y colle et prouve à tous qu'on peut faire pire qu'Eva Joly, en poursuivant sa stratégie nullissime sans pouvoir faire valoir son intégrité par ailleurs. Mais, comme on l'a dit, ce n'est pas le courage qui caractérise la direction d'EELV-Les Verts.

Le plus probable (et qui est déjà en train de se passer), c'est que pour sauver les idées écologistes on assiste à une implosion du mouvement entre des opportunises absorbés par le PS (Placé, Duflot...), des centristes ralliés à Corine Lepage, et une partie se tournant vers le Front de Gauche qui, sans promettre une sortie du nucléaire, promet au moins d'en débattre. Resta à savoir où finira Eva Joly dans ce petit jeu-là.

 
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