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25/02/2012

Marine Le Pen: repli sur soi-même

Deux jours après le "non-débat" entre Mélenchon et Le Pen, on peut essayer de revenir avec un peu de recul (pas assez sans-doute) sur la séquence politique qui s'est jouée ces dernières semaines. Cette séquence englobe des meetings à fort succès (en particulier à Villeurbanne) pour Mélenchon, une prestation remarquée sur France 2, le renforcement du discours d'extrême-droite au sein du gouvernement, la candidature de Sarkozy sur le thème de l'"anti-système", le coup d'arrêt pour Marine Le Pen dans les sondages jusqu'à l'émission de jeudi soir.

Il n'est pas sûr que Mélenchon profitera pleinement de la bouderie de Marine, je l'ai trouvé un peu trop agressif, sans doute décontenancé par la tournure des événements. Pourtant l'extrême tension qui régnait sur le plateau depuis le début de l'émission m'avait fait penser que peut-être MLP se retirerait au moment du débat avec Mélenchon, qui lui avait été visiblement imposé. Je n'avais pas envisagé le retrait verbal mais un coup d'éclat pouvait être à attendre.

Cela étant la candidate du Front National n'a probablement pas marqué des points, même dans son propre camp. En analysant les termes de son refus avec un peu de recul, il apparaît clairement que l'indignation n'était qu'un prétexte et qu'elle craignait véritablement la confrontation. Pourquoi ? Parce qu'elle n'a pas posé une condition au débat mais deux: la première était la présentation d'excuse publiques, la seconde un appel à ne pas voter Hollande au second tour. La deuxième condition n'avait manifestement aucune raison d'être posée si ce n'est la fait qu'elle était irrecevable, complètement contraire aux principes démocratiques et républicains (et sur ce point la réponse de Mélenchon a été bonne). Marine savait certainement que Mélenchon, habitué de ce genre d'exercice, n'avait pas hésité déjà à présenter des excuses (à Arlette Chabot il me semble) pour désamorcer des interviews explosives. Il y avait donc un risque réel qu'il se prête à des excuses passe-partout pour pouvoir combattre son adversaire. La deuxième condition était là pour éviter ce risque et là on peut véritablement parler de faute politique.

Comment en effet les français pourraient ils confier le destin du pays à une femme qui s'appuie sur l'esprit de la Vème République (un président fort) et qui refuse l'obstacle comme un cheval inhabitué à la compétition. Dans le jeu politique, et particulièrement celui de la cinquième république, on ne choisit pas l'heure et lieu d'affronter un adversaire. Il est bien connu que Sarkozy et Merkel ne se sont jamais portés une tendresse folle, qu'ils se sont insultés en off, mais ils doivent bien se retrouver régulièrement. Le refus de ce jeu montre bien que le risque d'une France isolée, voire muette, accompagne les ambitions du Front National. Comment croire à cette image de l' "Europe des Nations" comme harmonie suprême, comment ne pas tout simplement penser à une crispation généralisée des relations en Europe, un reflux culturel et démocratique, un repli sur des valeurs dont certaines ont perdu leur sens déjà.

Sur ce point MLP a bien perdu il me semble une partie de sa crédibilité, celle qu'elle s'acharne à construire en révisant à fond ses manuels d'économie. Elle a pourtant bien travaillé la bougresse, et il est triste de voir que ses contradicteurs (Langlais, Pujadas et pire encore Giesbert) affichaient face à elle un niveau de cour de récréation en économie. Le comble du ridicule a été atteint lorsqu'elle s'est évertuée à expliquer la différence entre la TVA et une taxe aux importation en matière d'inflation. Il est difficile de savoir ce qui de la stupidité ou de la mauvaise foi l'emportait le plus chez les journalistes à ce moment. Non, décidément, Marine a bien travaillé son économie et il a bien fallu sa peur de Mélenchon pour la décrédibiliser dans son rôle de candidate modèle.

Ce qui est intéressant également c'est qu'elle a dû peiner à convaincre même son électorat de base. Comme le note Mélenchon sur son blog, elle est maintenant le cul entre deux chaises:une volonté affichée d'ouverture et des réflexes spontanés de repli identitaire. En témoigne l'absence totale d'enthousisame avec lequel elle accepte l'IVG; en témoigne sa promesse d'être également la présidente des musulmans tout en réduisant instinctivement la portion musulmane de la France aux harkis (les jeunes ne savent même pas qui sont les harkis...); en témoigne sa volonté de rassembler à droite comme à gauche, l'annonce qu'elle ne choisirait pas un premier ministre issu des rangs du Front National. En bref, on ne sait pas si Marine s'apprête à trahir son électorat de base ou si elle s'apprête à trahir ses promesses républicaines et laïques, mais on comprend déjà qu'elle ne pourra que trahir pour gouverner. Comme tout politicien qui se respecte, me direz vous. Certes, mais comme son fond de commerce est précisément l'intégrité face à la corruption du système, la voir se déclarer prête à toutes les compromissions peut difficilement la renforcer au sein de son électorat historique. Là-dessus aussi, il est peu probable qu'elle ait réalisé une bonne affaire médiatique.

Peu importe qu'elle ait fait l'objet d'un traquenard politique, même si la manoeuvre un peu trop voyante pourrait porter préjudice à certains candidtas, dont Mélenchon. Il est clair en effet que l'émission de jeudi soir ne s'est pas déroulée dans la décontraction et la bonne humeur comme celle de Mélenchon. La faute à Le Pen bien sûr mais aussi on peut le dire aux journalistes qui n'ont eu de cesse de l'interrompre et de l'empêcher de développer son argumentation, ce qu'ils n'avaient pas fait avec le candidat du Front de Gauche. Sur ce point MLP s'est montrée inhabituellement tendre, trop soucieuse visiblement de jouer la bonne élève, polie et patiente. Quant au débat organisé, rappelons-nous que pour Mélenchon Pujadas avait trouvé Jean-Louis Beffa, ancien patron du CAC 40 qui n'avait eu de cesse de répéter combien il était d'accord avec lui sur le fond même s'il critiquait la forme. On pouvait difficilement faire mieux pour asseoir la crédibilité économique du Front de Gauche au delà de son électorat de base.

Pourquoi cette différence de traitement ? Parce que la séquence politique que nous vivons est caractérisée par la prise de conscience de l'UMP que le 21 avril ne se reproduira décidément pas. En fait, après avoir fait exploser DSK et avoir gonflé la baudruche Hollande, ils se demandent maintenant comment dégonfler le phénomène. Or, là où le caractère impétueux de Ségolène Royal s'était avéré être un obstacle suffisant au second tour, le caractère lisse de François Hollande se révèle être un atout précieux eu égard au rejet de Sarkozy dans l'électorat centriste. Alors que la droite et le centre sont bien majoritaires au premier tour, tous les sondages donnent Hollande largement gagnant face à Sarkozy au second, et surtout les sondés indiquent clairement qu'ils ont déjà arrêté leur choix. Dans le contexte actuel, et sauf faux-pas incroyable de Hollande, l'élection semble d'ores et déjà perdue pour l'UMP.

Pire, il apparaît clairement qu'au premier tour le score élevé du Front National agit comme un catalyseur vers François Hollande. Les électeurs ne sont pas prêts à risquer un nouveau 21 avril, là encore tellement est grand le rejet de Sarkozy. Autant dire que dans la situation qui est la sienne l'UMP  a deux très bonnes raisons de régler le cas Le Pen. La première est bien évidemment d'assurer la présence de Sarkozy au second tour, présence qui était encore incertaine il y a quelques semaines. Même en cas de défaite à la présidentielle, l'UMP doit impérativement demeurer le premier parti à droite sous peine d'imploser avant les législatives. C'est cette motivation qui explique la course à l'extrême droite initiée par Claude Guéant. Le Front National a siphonné les voix de l'UMP, alors il faut les récupérer en dépassant le Front National sur son terrain. L'entreprise fait peur mais elle semble porter ses fruits an partie. La deuxième raison qui pousse à faire chuter la Marine, c'est l'idée de désserrer l'étau du vote utile. Puisque Hollande se tient suspendu à cette corde, il faut la couper. Si l'hypothèse du Front National au deuxème tour s'éloigne, alors le parti de droite peut espérer que l'électorat de Hollande le déserte en partie pour Mélenchon à gauche et Bayrou à droite.

Le rêve pour Sarkozy, même si cela paraît peu crédible, serait évidemment de se trouver face à Mélenchon au second tour. Parce qu'il peut légitimement espérer que l'électorat de centre et centre-droit se reporte sur lui, effrayé par le spectre des régimes communistes. Voilà qui peut expliquer la différence de traitement entre Mélenchon et Le Pen à l'émission de France 2 (on peut noter sur ce point que Pujadas n'est pas rancunier, Mélenchon l'ayant traité de "salaud" il n'y a guère). Mélenchon agit à la fois comme un anti-corps contre le Front National dans l'électorat ouvrier et le seul concurrent potentiel pour Hollande à gauche (les verts ayant déclaré forfait grâce à Cécile Duflot). Encore une fois la manoeuvre a très peu de chances d'aboutir mais il est porbable que l'UMP n'a pas de stratégie autre que celle là.

On peut difficilement reprocher à Mélenchon de profiter de ces circonstances stratégiques, puisque lui-même fait les frais du vote utile, et que c'est bien la caractéristique de cette stupide élection présidentielle de permettre les coups à trois bandes de ce genre. Au moins reste-il fidèle jusqu'à présent à une ligne de conduite et aux valeurs de la gauche, ce qui lui donne peu de chances pour être président; mais en cas de tempête on a toujours besoin d'une boussole dont on sait qu'elle indique clairement le Nord et le Front de Gauche (élargi espérons-le au NPA) pourrait servir de cap dans les mois et les années à venir.

15/02/2012

Economistes atterrés

Les "économistes" n'en finiront plus d'être surpris et de surprendre par la même occasion si l'on en croit un article du Monde. La France, contrairement aux autres pays de la zone euro, a vu son PIB croître au quatrième trimestre de 2011. Voilà sans doute une raison de se réjouir penseront d'aucuns encore sous l'influence de la croissance du PIB comme indicateur absolu de leur bien-être, eh bien au contraire les "économistes" peut-être convertis à la décroissance semblent déçus, eux qui avaient prévu une contraction du PIB.

Il faut dire que le plus contrariant dans tout ça c'est que la France, LE mauvais élève par excellence, se retrouve à ce stade devant l'Allemagne, LE modèle par excellence de tout ceux qui s'affichent économistes dans la presse de salon. Et si naguère on a vu les économistes (les vrais) "atterrés" par la bêtise de ces chantres de l'austérité, aujourd'hui ce sont les experts des journaux qui sont atterrés de voir la France ne s'effondre pas. Ils seront bien sûr les seuls surpris, et le seront encore plus l'année prochaine, eux qui ont déjà oublié combien le PIB allemand s'était effondré suite à la récession de 2009, alors que la France avait mieux résisté. A l'époque même l'UMP nous vantait le mérite des "stabilisateurs économiques" français, euphémisme pour désigner le modèle social en général vanté par la gauche radicale. Aujourd'hui, austérité et campagne électorale oblige, il est carrément de mauvais goût que ces mêmes stabilisateurs s'invitent dans nos statistiques pour faire un pied de nez à l'Allemagne.

Rappelons que le "modèle" allemand repose sur les exportations quand l'activité française repose sur la consommation intérieure. La seule chose que les allemands ne peuvent donc pas exporter c'est leur modèle qui repose sur le principe du "passager clandestin", et pourtant l'austérité généralisée imite la politique de Schröder des années 2000. La récession est déjà bien installée en Grèce, au Portugal, en Italie, elle s'invite en Espagne et au Royaume-Uni. C'est bien dommage pour l'Allemagne qui a besoin que les autres consomment les produits qu'elle exporte. C'est exactement la raison pour laquelle le choc a été aussi fort en 2009 pour les allemands et c'est ce qui fait poindre la récession également chez eux. Leur économie risque de se retrouver à genoux à moins d'un changement drastique de politique. Et ce n'est pas un hasard si, imposant l'austérité à toute l'Europe, ils desserrent l'étau chez eux. En Allemagne on parle baisse d'impôts et augmentations de salaires. Il va bien falloir que les allemands se remettent à consommer ce qu'ils produisent ! C'est donc le paradoxe qui veut que tous les pays européens vont s'abîmer dans le gouffre du "modèle allemand" au moment où l'Allemagne se voit bien contrainte d'en sortir.

La France est relativement épargnée parce que son système social n'a pas encore été balayé, malgré les coups de boutoir de Raffarin puis Fillon, parce que elle compte sur sa consommation propre. Le modèle français est en fait le seul exportable mais nous soulevons ici un grand tabou chez ces fameux "économistes".

Pour eux, à en croire l'article, le comportement français relève de l'"accident". Dans le même temps, ils soulignent que l'évolution semble « robuste, soutenue par la consommation, l'investissement et les exports ». Un "accident robuste", voilà peut-être ce qui décrit le mieux notre modèle aux yeux de la planète économie. Nos stabilisateurs n'ont pas fini de les étonner et de les atterrer; jusqu'à ce qu'ils soient forcer de reconnaître même à contrecoeur que donner aux gens les moyens de vivre c'est tout simplement la recette qui leur permet de vivre...

 
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