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02/05/2012

Bourgeois des villes et bourgeois des champs

http://www.20min.ch/ro/news/monde/story/22712172

Apparemment Marine Le Pen a maintenant lance la chasse aux bobos et on attend avec delectation de savoir qund Nicolas Sarkozy lui emboitera le pas, lui qui a epouse la delicieuse Carla Bruni, naguere icone des bobos parisiens...

Quoiqu'il en soit, ce mouvement strategique de l'heritiere Le Pen, native de Neuilly et pensionnaire d'Assas, s'il permet peut-etre de se demarquer du collant president sortant, revele un certain nombre de problemes sous-jacents a notre societe. Le grand debat qui a pourri l'horizon politique francais depuis dix ans etait celui de l'immigration, qui opposait le fantasme du "francais de souche" a l'"immigre", designant en general le noir ou le maghrebin. Il etait accompagne par le theme mineur du "racisme anti-francais" en general associe a l'immigre mais qui releve en fait d'une toute autre problematique.

Il serait difficile en effet de mettre en evidence historiquement une reelle tendance a chez les francais d'origine africaine a denigrer les francais dits "de souche", en dehors de quelques actes "anti-blancs" commis par des jeunes immatures (et visant en fait les bourgeois toutes races confondues, la encore). Le mepris pour les classes populaires francaises, et rurales en particulier, a ete bien plutot l'apanage de parisiens bien francais, cherchant souvent a effacer leurs propres origines. Les termes de "beauf", "plouc" ou "pequenot" n'ont pas ete inventes par lers immigres africains. De ce point de vue le fait que le Front National, pour co;plaire a un electorat clairement marque par la ruralite et le "declassement", change d'angle d'attaque et vise de sormais les bobos parisiens, est une facon de renouer avec l'origine veritable des frustrations.

Il est vrai que parallelement le bourgeois parisien, de gauche surtout, a attribue a l'etranger une image positive de courage et d'exotisme qui contraste avec le mepris affiche pour les classes rurales et provinciales francaises. On soutiendra ici que c'est clairement cet affichage "complice" de l'immigre aux cotes des bourgeois parisiens qui a rendu possible le developpement d'un racisme profond chez des populations n'ayant encore jamais croise un africain.

Le vote Front National, qui a beaucoup eclos au sein des banlieues ouvrieres d'immigration, s'est ecroule dans les grandes agglomerations entre 2002 et 2012. Cette constatation, qui n'a pas ete soulignee par les journalistes evidemment, est une sorte d'evidence pour tous ceux qui habitent dans ces agglomerations. La, le noir ou l'arabe n'est plus l'immigre qui vient manger le pain dans l'assiette, c'est le chauffeur de bus, le bibliothecaire, le medecin, le gendre, le petit-fils, etc... L'evidence du metissage y rend le Front National globalement caduque. C'est pourquoi le score du Front National, qui est un maintien par rapport a 2002 et non une explosion, se fait a la suite d'un glissement des voix des villes vers les campagnes ou les zones pavillonnaires.

On retrouve donc la fracture oubliee, delaissee dans notre inconscient, entre la France "profonde" et la France "economique". Il est evident que la concentration des activites economiques dans les agglomerations et la centralisation toujours plus grande de la production donnent au ville le statut de "hub d'echange" entre les cultures, statut qui existe depuis des millenaires deja.

Parallelement le delaissement des services publics a, grace a Nicolas Sarkozy, atteint son paroxysme dans les campagnes au cours des cinq derniere annees. Nous avons il y a cinq ans dans ce blog souligne que la desertion des services publics, inauguree dans les "quartiers populaires" n'etait qu'un premice de ce qui arriverait a la population entiere. On aurait pu deja citer comme exemple la ruralite. La desertion de la poste, de la SNCF, etc, combinee a la hausse du prix des carburants, rendent les conditions de vie extremement difficiles dans les zones rurales. Payer deux euros d'essence pour aller acheter une baguette de pain ? C'est une des raisons pour lesquelles le theme de l'essence et du permis de conduire se sont invites dans la campagne. Le Pen symbolise maintenant jusque dans ses boutades l'opposition entre la France de la voiture et la France du transport en commun.

On aurait pu esperer que les difficultes de vie commues auraient pu rapprocher les differentes populations francaises et les faire communier autour d'un projet. Mais c'etait oublier que la vie en espace rural n'a jamais ete veritablement pensee par la gauche, ni meme et c'est un comble par les ecologistes (hormis l'episodiaue Jose Bove). La doxha ecologique veut que en matiere d'economies d'energie on penche vers une concentration accrue des villes (ce aui diminue la consommation pour le transport). Vue sous cet angle la population rurale est simplement traitee comme une espece en voie d'extinction. D'un autre cote de l'ecologie, on milite pour la preservation des terres agricoles, de leur biodiversite, et la generalisation de la culture bio. Cette doctrine suppose de sortir d'une agriculture industrielle et donc de limiter la taille des parcelles et d'augmenter le nombre d'heures travaillees pour un meme volume de production. Il s'agit la de l'idee du "retour a la terre" qui, on le comprend bien, se heurte frontalement au principe de densification de la population.

La vraie complexite de la ruralite, ses paradoxes, n'a donc jamais ete reflechie serieusement sur l'echiquier politique et , qui plus est, les premiers concernes ont rarement ete consultes. Cela aboutit au rejet de "l'ecologie punitive" qui n'est pas seulement une excuse facile de la FNSEA pour polluer mais trahit un veritable ressenti de depossession de son espace. Seule l'ecologie par l'exemple pourra s'installer dans l'espace rural, mais pour cela il faudra egalement mettre sur le tapis une autre problematique completement enfouie: celle de la repartition des terres agricoles. La question de la concentration des terres agricoles et de leurs consequences n'est pas l'apanage de pays emergents comme le Bresil ou le Venzuela, elle est directement traduite dans des inegalites de niveau de vie dans l'espace rural. On dit souvent que les paysans ne sont pas a plaindre, ce qui est bien vrai pour certains, mais on oublie que tous les occupants de l'espace rural ne sont pas paysans. Beaucoup sont chomeurs, au RSA, cumulent les petits boulots a la ville. La premier ressource de l'espace rural est la terre et les produits de la terre.  Si cette ressource est mal repartie, evidemment les difficultes economiques s'ensuivront. On pourra objecter que peu de gens veulent devenir agriculteurs ou travailler dans ce secteur mais il faudrait verifier si c'est bien une realite et peut-etre developper de meilleures incitations a travailler la terre.

En tout etat de cause la question de "classe" entre grand producteur terrien et autres acteurs de la ruralite n'est jamais posee. La raison en est certainement que l'absence la ruralite dans le paysage francais, le mepris qu'elle inspire, forme un ciment tres efficace qui evite de poser les questions qui fachent. de ce point de vue encore, l'immigre et le bobo sont de jolis pretextes et le Front National joue encore le role de celui qui divise la societe pour mieux eviter de poser les questions de repartition des richesses.

 
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