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13/08/2012

L'euro ou comment en sortir

Frédéric Lordon a récemment produit un article très intéressant sur l'apparition de taux d'intérêt négatifs pour les obligations d'Etat, article déjà commenté par Le Yéti sur Rue89. Je ne reviendrai donc pas sur les trois hypothèses émises par Lordon puisqu'une seule au final a véritablement retenu mon attention: celle qui consiste à interpréter ce phénomène comme un pari sur l'explosion de l'euro.

Pourquoi est-ce que je prêterais dix euros à l'Allemagne, en lui demandant de m'en rembourser neuf plus tard ? Parce que, suggère Lordon, possiblement l'Allemagne me remboursera ma dette en marks car l'euro n'existera plus, et le mark de demain vaudra plus que l'euro d'aujourd'hui, suffisamment pour que je rentre dans mes frais.

Je voudrais ici approfondir cette hypothèse et en suggérer une légère variante. Il est vrai que l'on parle de plus en plus ouvertement de l'hypothse de l'explsion de la zone euro, dans le même temps où la BCE affirme avec véhémence pour que tout sera fait pour que cela n'arrive pas. Et il est vrai que techniquement la destruction de l'euro semble délicate. Elle n'est du moins, me semble-t-il, pas prévue par les textes, or la destruction de l'euro doit bien être à un certain moment décidée (à l'unanimité ?) puis mise en oeuvre. Il ne s'agit pas d'un événement susceptible de se produire comme un orage de grêle en dehors de tout contrôle ou volonté politique, même si c'est ainsi que les journalistes aiment à nous le présenter.

Se pose alors la question de savoir: qui a intérêt à l'explosion de la zone euro ? Comme souvent en pareil cas intervient un phénomène que l'on nomme pudiquement "sélection adverse" en écnomie: ceux qui ont le moins intérêt à sortir sont précisément ceux que l'on aimerait le plus voir sortir. syriza s'est attirée la foudre des élites économiques et politiques, non pas parce qu'elle prétend effacer une dette que personne ne croit remboursable mais parce qu'elle a rappelé haut et fort que personne ne pouvait forcer les Grecs à sortir de l'euro contre leur volonté. Il apparaît alors que, malgré tous les défauts qui consistent à établir une monnaie commune entre des pays disparates en matière économique, sociale et fiscale, l'euro possède en soi une vertu aux yeux de l'homme de gauche, vertu à laquelle les élites économiques n'avaient pas songé: la monnaie unique donne un pouvoir de négociation aux économies les plus faibles par rapport aux économies les plus fortes. Soit vous nous aidez, soit on vous plante votre joujou financier !

Il apparaît alors immédiatement à un esprit rationnel et un peu au fait de l'économie, que la seule manière de sauver la monnaie unique sur le périmètre actuel n'est pas tant d'opérer une union fiscale et budgétaire, mais bien d'établir des transferts financiers systématiques entre les zones les plus compétitives et les autres (comme cela se fait au niveau des Etats) afin d'harmoniser les niveaux de vie et de rendre cette monnaie viable et durable. Evidemment cette solution est inacceptable pour les élites qui nous gouvernent (je parle bien entendu des élites financières...). Donc cela ne se fera pas. Mais alors la monnaie unique n'est pas viable. Et qui plus est on ne peut pas en expulser les mauvais élèves, malgré tous les coups de bâton qu'on leur donne.

Ne reste alors qu'une solution logique pour maintenir le système d'inégalités et de domination actuel: il faut que les pays les plus "sains" sortent groupés de la zone euro et créent un euro-"plus" pour retrouver la vertu d'une monnaie unique entre riches. Cette solution a bien sûr déjà été évoquée par certains analystes mais elle ne saurait être proposée à brûle pourpoint par des responsables politiques sans passer immédiatement pour ce qu'elle est: un renoncement à la construction européenne au nom des intérêts de la finance et des classes dominantes. Il faut donc donner l'illusion que "tout sera fait" pour éviter l'explosion de la zone euro. Et de fait l'euro continuera d'exister comme monnaie de seconde zone. Simplement, à un certain stade, la situation sera rendue (volontairement) tellement critique, que la fuite des économies les plus avancées apparaîtra d'abord comme un réflexe de survie et pas un calcul stratégique. Puis, devant la panique, la mise en place d'une zone euro-"plus" sera réclamée par la planète entière, y compris les gouvernement chinois et américains, pour stabiliser la finance.

Il importe peu de savoit dans quel ordre exact tout cela se fera, il suffit de se dire que c'est la solution naturelle qui s'imposera au système. Et puisque c'est la solution il est probable que le système l'a déjà envisagée et s'y prépare en coulisses. Cela pourrait expliquer pourquoi les vraies solutions politiques permettant de sauver la zone euro n'ont jamais été à l'ordre du jour des grandes puissances européennes. Et si le système l'a anvisagé et y travaille, cela veut exctement dire que les finaciers l'ont envisagé et y travaillent.

L'hypothèse de Frédéric Lordon n'apparaîtrait plus alors simplement comme un pari (risqué) sur une explosion future mais comme un arbitrage rationnel d'agents mieux informés que les autres et désirant comme il se doit profiter de leur information. L'avenir nous dira (rapidement) si cette variante relève du simple fantasme "conspirationnsiste" ou pas.

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