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13/08/2012

Paroles de requins

__ Bonjour, nous sommes ici en direct de l'Ile de la Reunion avec deux requins, Rocky et Sharky, qui ont bien voulu repondre a nos questions. Tout d'abord merci a vous deux d'avoir choisi notre antenne pour vous exprimer. Je crois que ce soir vous avez des messages a faire passer, et notamment vous m'avez confie avant de prendre l'antenne que vous aviez à coeur de dissiper certains malentendus . C'est bien ca ?

R. Ouais c'est ca, exactement. Des malentendus.

S. Ouais.

__ Alors allons-y. Je suppose qu'il s'agit de la polemique qui est nee apres la serie d'attaques dont ont ete victimes les surfeurs au large de l'ile. On vous a beaucoup pointes du doigt ces dernieres semaines.

S. Ouais voila. Tout de suite c'est "attaque". Franchement il faut replacer les choses dans leur contexte.

R. Nous on n'est pas le genre a chercher les emmerdes.

S. Pas du tout.

__ Alors, profitez-en. Donnez nous votre version des faits.

R. Bon, le truc c'est que nous on nage. Peinards. On est comme tout le monde on profite de la plage, la mer, les paysages...

S. Ouais on est la a la coule. On vient pas pour les emmerdes.

R. La-dessus t'as cette silhouette super galbee qui nous passe a cote. Avec l'aileron qui se dandine du cul, comme ca.

S. Une putain de demarche.

R. On mate ca et je dis "Sharky, y'a du gros potentiel qui vient de nous passer sous le nez. Et elle a pas l'air farouche en plus."

S. Bon, faut vous dire qu'avec nos femelles c'est pas la fete tous les soirs, on va chercher la barbaque, on nourrit les petits, et apres paf "je suis crevee mon gars". Hop au lit.

R. Donc en general on est pas contre un brin d'amusette.

__ Arrêtez moi si je me trompe: ce que vous êtes en train de dire c'est qu'au départ de tout ça il y a une provocation ?

S. Alors là carrément, mec.

R. Ouais faut voir que nous on a les hormones qui bouillonnent. Et là on y va pour tâter de la bourgeoise.

S. Ouais, moi j'y donne un coup de nez derrière l'aileron, comme ça, un truc pour l'émoustiller. Et là boum t'as un humain qui me tombe sur la gueule.

R. Déjà, tu te fais mal avec la planche.

S. Oui, c'est vrai. Et d'un je me fais mal avec la planche. Et de deux je me prends le mec sur le râble. Y'a vraiment de quoi se sentir agressé...

__ C'est là que vous vous énervez ?

S. Ouais là je reconnais, j'ai vu rouge.

R. Bon, Sharky il est pas méchant, mais des fois il est un peu susceptible.

S. Ouais, j'ai vu rouge et j'ai croqué un morceau au passage. C'est vrai. Bon. Y'a pas mort d'homme.

__ Si, justement.

S. Quoi ?

R. C'est vrai ?

__ Oui. Le surfeur est décédé de ses blessures.

S. Bon, c'est quoi ? C'est un procès là ou quoi ? Moi je me casse, viens Rocky.

R. Non, attends Sharky. T'énerve pas. Vous voyez, il est un peu soupe-au-lait quand même. C'est un malentendu tout ça. Faut expliquer au journaliste.

S. Bon, ben explique lui toi. Moi j'en ai marre !

__ Allez-y, monsieur Rocky.

R.  Bon, ben faut comprendre. On y va pour draguer la minette et puis on se retrouve avec des rigolos qui se foutent de nous et qui nous assomment à moitié. Et surtout c'est notre écosystème, là.

S. Ouais, c'est ça. On est dans notre écosystème. Ils ont rien à foutre là.

R. Vous voyez, nous on vous laisse tranquilles. Est-ce que vous nous voyez nous balader dans vos villes. Allez, franchement ?

__ Non, c'est vrai.

R. Voilà. Nous on laisse votre écosystème tranquille. Et on est peinards chez nous. Mais là, vos surfeurs, y'en a de plus en plus, ils nous respectent pas...

S. Ils se croient chez eux !

R. Ouais, c'est ça. On dirait carrément qu'ils sont chez eux. C'est abusé quand même, non ?

__ Vous avez le sentiment qu'on a passé le seuil de tolérance ?

S. Voilà, merci, c'est exactement le mot que je cherchais: le seuil de tolérance !

R. Bien sûr qu'il est dépassé ! Nous on en peut plus. Déjà qu'il n'y a plus de poissons... Forcément ça crée des tensions, après faut pas s'étonner si ça dérape.

__ En ce qui concerne, vous pensez que ça risque de recommencer ?

S. Ouais... Y'a des chances.

R. Si on ne prend aucune mesure, je ne vois pas vraiment comment ça peut s'améliorer.

__ Bon, voilà des nouvelles qui ne sont pas rassurantes pour nos auditeurs.

R. Attendez, faut bien se comprendre, nous on menace personne.

S. Ouais, on cherche pas les embrouilles.

R. D'ailleurs, si on pouvait en profiter pour casser un mythe, ça serait bien.

__ De quel mythe s'agit-il ?

R. Bon, cette histoire de requins "mangeurs d'homme".

S. Ah ouais, la bonne blague !

R. Vous pensez vraiment qu'on aime ça ?

__ Oui, c'est avéré, une fois que le requin a goûté la chair de l'homme il ne peut plus s'en passer...

R. Et voilà. T'as vu comment il se la pète ?

S. Ouais, "regardez-moi je suis trop délicieux !" On rêve !

R. Bon. Pour la génération de nos grands-parents je dis pas. C'est vrai que l'humain c'était considéré comme goûteux. Mais maintenant c'est vraiment dégueulasse. Franchement.

S. Ouais, de la junk-food on appelle ça.

__ Enfin bon, ces surfeurs vous les avez bien mangés quand même !

S. Attends, tu nous prends pour qui ? On recrache.

R. Bien sûr ! Déjà la peau c'est immangeable. Vous avez ce truc tout huileux là...

S. La crème solaire !

R. Voilà. Si vous avez peur du soleil faut pas aller à la plage, les gars. Pas la peine de vous tartiner du pétrole.

S. Ouais, c'est vraiment la gerbe.

R. Après y'a le sang. Alors là c'est bourré de plastique !

S. Incroyable. Déjà que vous en foutez plein la mer.

__ C'est quoi le problème avec le plastique ?

R. C'est dégueu, voilà.

S. Et puis ça dérègle nos hormones.

R. Oui, c'est vrai aussi. Les derniers qui étaient accrocs au sang humain ils ont viré tafiole. Croyez moi ça a calmé les autres.

S. Et puis le reste c'est pas mieux.

R. Oui. C'est simple: si c'est pas du plastique, c'est que c'est cancérigène. Les poumons...

S. Beurk, les poumons !

R. Le foie...

__ Je vous remercie. Je pense qu'on a bien compris que ce n'est pas la gastronomie qui vous pousse à attaquer les surfeurs... J'ai encore une dernière question pour vous, si vous voulez bien: est-ce-que vous avez des propositions concrètes pour sortir de ce qui semble bien être une impasse ?

R. C'est vrai qu'on en a discuté l'autre jour...

S. Et on a eu une idée.

R. Oui. Il paraît que chez vous, dans vos aquariums, vous avez des femelles requins de première catégorie. Alors voilà, si vous pouviez en ramener quelques unes...

S. Ouais ! Amenez-nous du matos et on vous garantit qu'on s'intéressera plus aux surfeurs !

R. Voilà. Peace and love !


L'euro ou comment en sortir

Frédéric Lordon a récemment produit un article très intéressant sur l'apparition de taux d'intérêt négatifs pour les obligations d'Etat, article déjà commenté par Le Yéti sur Rue89. Je ne reviendrai donc pas sur les trois hypothèses émises par Lordon puisqu'une seule au final a véritablement retenu mon attention: celle qui consiste à interpréter ce phénomène comme un pari sur l'explosion de l'euro.

Pourquoi est-ce que je prêterais dix euros à l'Allemagne, en lui demandant de m'en rembourser neuf plus tard ? Parce que, suggère Lordon, possiblement l'Allemagne me remboursera ma dette en marks car l'euro n'existera plus, et le mark de demain vaudra plus que l'euro d'aujourd'hui, suffisamment pour que je rentre dans mes frais.

Je voudrais ici approfondir cette hypothèse et en suggérer une légère variante. Il est vrai que l'on parle de plus en plus ouvertement de l'hypothse de l'explsion de la zone euro, dans le même temps où la BCE affirme avec véhémence pour que tout sera fait pour que cela n'arrive pas. Et il est vrai que techniquement la destruction de l'euro semble délicate. Elle n'est du moins, me semble-t-il, pas prévue par les textes, or la destruction de l'euro doit bien être à un certain moment décidée (à l'unanimité ?) puis mise en oeuvre. Il ne s'agit pas d'un événement susceptible de se produire comme un orage de grêle en dehors de tout contrôle ou volonté politique, même si c'est ainsi que les journalistes aiment à nous le présenter.

Se pose alors la question de savoir: qui a intérêt à l'explosion de la zone euro ? Comme souvent en pareil cas intervient un phénomène que l'on nomme pudiquement "sélection adverse" en écnomie: ceux qui ont le moins intérêt à sortir sont précisément ceux que l'on aimerait le plus voir sortir. syriza s'est attirée la foudre des élites économiques et politiques, non pas parce qu'elle prétend effacer une dette que personne ne croit remboursable mais parce qu'elle a rappelé haut et fort que personne ne pouvait forcer les Grecs à sortir de l'euro contre leur volonté. Il apparaît alors que, malgré tous les défauts qui consistent à établir une monnaie commune entre des pays disparates en matière économique, sociale et fiscale, l'euro possède en soi une vertu aux yeux de l'homme de gauche, vertu à laquelle les élites économiques n'avaient pas songé: la monnaie unique donne un pouvoir de négociation aux économies les plus faibles par rapport aux économies les plus fortes. Soit vous nous aidez, soit on vous plante votre joujou financier !

Il apparaît alors immédiatement à un esprit rationnel et un peu au fait de l'économie, que la seule manière de sauver la monnaie unique sur le périmètre actuel n'est pas tant d'opérer une union fiscale et budgétaire, mais bien d'établir des transferts financiers systématiques entre les zones les plus compétitives et les autres (comme cela se fait au niveau des Etats) afin d'harmoniser les niveaux de vie et de rendre cette monnaie viable et durable. Evidemment cette solution est inacceptable pour les élites qui nous gouvernent (je parle bien entendu des élites financières...). Donc cela ne se fera pas. Mais alors la monnaie unique n'est pas viable. Et qui plus est on ne peut pas en expulser les mauvais élèves, malgré tous les coups de bâton qu'on leur donne.

Ne reste alors qu'une solution logique pour maintenir le système d'inégalités et de domination actuel: il faut que les pays les plus "sains" sortent groupés de la zone euro et créent un euro-"plus" pour retrouver la vertu d'une monnaie unique entre riches. Cette solution a bien sûr déjà été évoquée par certains analystes mais elle ne saurait être proposée à brûle pourpoint par des responsables politiques sans passer immédiatement pour ce qu'elle est: un renoncement à la construction européenne au nom des intérêts de la finance et des classes dominantes. Il faut donc donner l'illusion que "tout sera fait" pour éviter l'explosion de la zone euro. Et de fait l'euro continuera d'exister comme monnaie de seconde zone. Simplement, à un certain stade, la situation sera rendue (volontairement) tellement critique, que la fuite des économies les plus avancées apparaîtra d'abord comme un réflexe de survie et pas un calcul stratégique. Puis, devant la panique, la mise en place d'une zone euro-"plus" sera réclamée par la planète entière, y compris les gouvernement chinois et américains, pour stabiliser la finance.

Il importe peu de savoit dans quel ordre exact tout cela se fera, il suffit de se dire que c'est la solution naturelle qui s'imposera au système. Et puisque c'est la solution il est probable que le système l'a déjà envisagée et s'y prépare en coulisses. Cela pourrait expliquer pourquoi les vraies solutions politiques permettant de sauver la zone euro n'ont jamais été à l'ordre du jour des grandes puissances européennes. Et si le système l'a anvisagé et y travaille, cela veut exctement dire que les finaciers l'ont envisagé et y travaillent.

L'hypothèse de Frédéric Lordon n'apparaîtrait plus alors simplement comme un pari (risqué) sur une explosion future mais comme un arbitrage rationnel d'agents mieux informés que les autres et désirant comme il se doit profiter de leur information. L'avenir nous dira (rapidement) si cette variante relève du simple fantasme "conspirationnsiste" ou pas.

 
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