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26/11/2012

Où va l’argent des autoroutes, un exemple parmi d’autres de l’asphyxie de l’économie par les grands groupes

En 2005, Vinci faisait l’acquisition de ASF, acquisition qui n’a pas manqué de poser des questions justifiées sur le prix payé par rapport à la valeur réelle de cet « actif », en monopole.

Au-delà de ce débat, nous allons essayer d’illustrer à travers l’analyse du rapport financier d’ASF 2010 comment fonctionne l’économie moderne, et la différence concrète entre un monopole public et un monopole privé.

Le rapport fait état d’un chiffre d’affaires péages de 3Mds d’euros, en hausse de 3.7%

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Ce chiffre d’affaires correspond à ce qui sort des poches des usagers locaux des autoroutes du sud de la France. Dans le même temps, ASF + Escota (filiale) réalisent 800 millions de travaux d’investissement.

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Jusqu’ici, rien d’extraordinaire, une entreprise qui recycle ses recettes en investissements, c’est a priori normal, même si on peut questionner le fait de continuer à investir massivement dans des moyens de transport qui aggravent notre dépendance au pétrole. Les investissements sont réalisés en concertation avec les pouvoirs publics, et comme on dit c’est de « l’investissement privé ». En bref, le contribuable n’y est pas de sa poche, c’est le monde idéal bisounourseque des fanatiques du libre marché étendu aux jusqu’aux monopoles.

Mais d’où vient cet argent ? Des recettes, sans doute, du péage. Donc, c’est l’usager qui paye, ce qui est relativement moral me direz vous, puisqu’il n’y a pas de raison pour que le cycliste paye la pollution des voitures. En fait, c’est un peu plus compliqué. Sur l’exercice, ASF émet 650 M€ d’obligations, ce qui couvre la majeure partie de ses investissements.

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En ajoutant les intérêts sur la durée des obligations, c’est à peu près 800M€ que ASF devra rembourser au total sur ses obligations, soit 150M€ d’intérêts. Les investissements sont donc réalisés via l’endettement, par émission d’obligations, ce qui est également assez classique quand on n’a pas les moyens de se financer sur fonds propres. Visiblement les investissements sont récurrents chez ASF puisque au titre de l’exercice 2010  les Autoroutes du Sud remboursent 460M€ d’intérêts (contre près de 500M€ l’année précédente).

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Ce chiffre représente 1/6 des recettes péage, soit 16.5% du tarif des péages. Cela montre bien le poids des investissements dans le prix payé par l’usager. Quand on a de tels besoins d’investissements, on imagine bien qu’il ne reste plus grand-chose pour l’actionnaire, n’est-ce pas ? Rassurez-vous tout de même pour Vinci, actionnaire à 100%, on apprend ci-dessous que les dividendes s’élèvent tout de même à 630 M€ !!

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Essayons de résumer : ASF a besoin d’investir et lève des obligations pour 650 M€, engendrant un surcoût global de 150 M€ (non actualisé). Dans le même temps le groupe Vinci lève 630 M€ d’ « impôts actionnaire » sur ASF. Qu’aurait fait une entreprise rationnelle dans ce cas de figure ? Eviter de verser des dividendes et financer les 20M€ restants, pourquoi pas auprès d’une banque. A terme ça représente une économie d’au moins 140 M€, soit la quasi-totalité des intérêts. Supposons maintenant que ces autoroutes soient gérées par une entreprise publique, ne recherchant pas le profit : la répétition de la manœuvre mentionnée fait que le poids de l’endettement disparaît quasiment en dix ans. Dit autrement, l’entreprise finance intégralement ses investissements sur fond propres, et à terme on peut envisager très facilement une diminution du tarif de 16.5 % simplement en récupérant les dividendes et en rationalisant le financement.

La question se pose par ailleurs de savoir si les investissements en construction, qui font peut-être bien appel aux services de Vinci, la maison-mère, sont payés le juste prix ou s’ils sont aussi inflatés, et même s’ils sont tous justifiés, ce qui permettrait de réduire encore plus les coûts pour l’usager.

Vu de l’autre côté, on voit que Vinci opère une ponction annuelle de 600M€ sur les usagers du sud de la France via l’endettement inutile de sa filiale ASF. On objectera bien sûr que Vinci a acheté ASF à l’Etat et qu’il doit rentrer dans ses frais (Vinci a acquis ASF pour 8.9 Md€), mais là encore si on avait évité la privatisation on aurait évité cette inflation démesurée des tarifs. En toute rigueur la valeur financière d’un service public est nulle puisqu’il  n’est pas censé faire de bénéfices après investissements. En pratique en général l’Etat/actionnaire prélève des dividendes pour équilibrer ses comptes et également assurer le financement des missions de service public gratuites. Au passage mentionnons que l’Etat se sert déjà pas mal en récupérant 390 M€ d’impôts sur les bénéfices d’ASF. Le problème évidemment c’est que pour récupérer cette somme en impôts il faut des bénéfices d’1,5 Md !! En étant actionnaire à 100 %, l’Etat pourrait récupérer la même somme en (dividendes+impôts) en baissant les tarifs. Où l’on s’aperçoit que le sacro-saint « désendettement » de l’Etat aboutit au final au pressurage des usagers par les entreprises privées, avec la complicité de l’Etat, et au gonflement de la dette privée.

Vinci n’est en fait qu’en exemple, emblématique parce qu’il s’agit d’un groupe « leader » à l’international. Il est permis de penser qu’il bénéficie de ces situations de rente et de monopole (autoroutes, parkings) pour investir ses bénéfices dans des investissements à l’étranger. L’argent des usagers français, au lieu de financer le développement d’une activité économique locale, sert finalement à asseoir le pouvoir économique de l’oligarchie française sur la scène internationale. Le crédo libéral nous dit qu’au final le citoyen y retrouvera son compte. On cherche encore les exemples…

Commentaires

Super cet article, je repasserai demain relire ce post car je n'ai pas tout compris, quoi qu'il arrive je mets de-suite en favori direct ;)

Écrit par : rencontre plan cul | 15/02/2013

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