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29/11/2012

La Poubelle Magique(2)

Il ne fallut attendre que quelques semaines pour avoir des nouvelles de l'oncle Fred. Il s'annonça par l'interphone et demanda si on pouvait lui ouvrir le parking pour y garer sa voiture. Comme maman était occupée à sécher le linge, Marina enfila rapidemant ses baskets et descendit par l'ascenseur. L'oncle Fred l'attendait dans la rue, appuyé contre la portière d'un splendide coupé rose bonbon. Il caressait d'une main le chrome de la portière qui rutilait sous le soleil froid de novembre, et de l'autre main il rajustait nerveusement ses lunettes de soleil. En voyant Marina, il lui dit:

"allez, dépêche-toi, je n'aime pas poireauter dans la rue ici."

Il faut dire que l'oncle Fred aimait bien les voitures, ça tout le monde le savait. Il passait régulièrement faire admirer sa nouvelle acquisition et ça faisait bien rire le père de Marina qui travaillait au garage et qui répétait dans son dos que l'oncle Fred n'y connaissait rien en voitures, que la seule chose qui l'intéressait c'était les filles qui montaient dedans. Maman n'aimait pas trop entendre ça, mais c'est vrai que l'oncle Fred changeait presque aussi souvent de copine que de voiture, et en général maman n'aimait pas les copines de l'oncle Fred.

Mais aujourd'hui l'oncle Fred était seul. Marina s'installa dans le siège passager qui sentait le cuir neuf et pointa sa télécommande pour ouvrir la porte du garage. L'oncle Fred embraya, et tandis que la voiture s'enfonçait sous l'immeuble il demanda:

"Et ton vélo, il est réparé au fait ?"

Marina se renfrogna et se tut. C'est seulement quand l'oncle Fred ouvrit le coffre de la voiture et en extraya un énorme paquet en carton qu'elle cessa de faire la moue et demanda:

"C'est quoi ça ?"

"Attends de voir"

En pénétrant dans l'appartement, et avant même de faire la bise à sa soeur, l'oncle Fred remarqua le vélo toujours au même endroit.

"Je m'en doutais."

Il posa le carton au milieu du salon. Théo ,qui était sorti de sa chambre, donna un coup de pied dedans et demanda  à son tour;

"C'est quoi ça ?"

"Laisse ça !" répondit Marina.

"Ca, c'est le nouveau vélo de Marina, répondit l'oncle Fred. Tu peux déballer, vas-y."

Cette fois les yeux de Marina brillaient d'excitation.

26/11/2012

Où va l’argent des autoroutes, un exemple parmi d’autres de l’asphyxie de l’économie par les grands groupes

En 2005, Vinci faisait l’acquisition de ASF, acquisition qui n’a pas manqué de poser des questions justifiées sur le prix payé par rapport à la valeur réelle de cet « actif », en monopole.

Au-delà de ce débat, nous allons essayer d’illustrer à travers l’analyse du rapport financier d’ASF 2010 comment fonctionne l’économie moderne, et la différence concrète entre un monopole public et un monopole privé.

Le rapport fait état d’un chiffre d’affaires péages de 3Mds d’euros, en hausse de 3.7%

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Ce chiffre d’affaires correspond à ce qui sort des poches des usagers locaux des autoroutes du sud de la France. Dans le même temps, ASF + Escota (filiale) réalisent 800 millions de travaux d’investissement.

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Jusqu’ici, rien d’extraordinaire, une entreprise qui recycle ses recettes en investissements, c’est a priori normal, même si on peut questionner le fait de continuer à investir massivement dans des moyens de transport qui aggravent notre dépendance au pétrole. Les investissements sont réalisés en concertation avec les pouvoirs publics, et comme on dit c’est de « l’investissement privé ». En bref, le contribuable n’y est pas de sa poche, c’est le monde idéal bisounourseque des fanatiques du libre marché étendu aux jusqu’aux monopoles.

Mais d’où vient cet argent ? Des recettes, sans doute, du péage. Donc, c’est l’usager qui paye, ce qui est relativement moral me direz vous, puisqu’il n’y a pas de raison pour que le cycliste paye la pollution des voitures. En fait, c’est un peu plus compliqué. Sur l’exercice, ASF émet 650 M€ d’obligations, ce qui couvre la majeure partie de ses investissements.

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En ajoutant les intérêts sur la durée des obligations, c’est à peu près 800M€ que ASF devra rembourser au total sur ses obligations, soit 150M€ d’intérêts. Les investissements sont donc réalisés via l’endettement, par émission d’obligations, ce qui est également assez classique quand on n’a pas les moyens de se financer sur fonds propres. Visiblement les investissements sont récurrents chez ASF puisque au titre de l’exercice 2010  les Autoroutes du Sud remboursent 460M€ d’intérêts (contre près de 500M€ l’année précédente).

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Ce chiffre représente 1/6 des recettes péage, soit 16.5% du tarif des péages. Cela montre bien le poids des investissements dans le prix payé par l’usager. Quand on a de tels besoins d’investissements, on imagine bien qu’il ne reste plus grand-chose pour l’actionnaire, n’est-ce pas ? Rassurez-vous tout de même pour Vinci, actionnaire à 100%, on apprend ci-dessous que les dividendes s’élèvent tout de même à 630 M€ !!

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Essayons de résumer : ASF a besoin d’investir et lève des obligations pour 650 M€, engendrant un surcoût global de 150 M€ (non actualisé). Dans le même temps le groupe Vinci lève 630 M€ d’ « impôts actionnaire » sur ASF. Qu’aurait fait une entreprise rationnelle dans ce cas de figure ? Eviter de verser des dividendes et financer les 20M€ restants, pourquoi pas auprès d’une banque. A terme ça représente une économie d’au moins 140 M€, soit la quasi-totalité des intérêts. Supposons maintenant que ces autoroutes soient gérées par une entreprise publique, ne recherchant pas le profit : la répétition de la manœuvre mentionnée fait que le poids de l’endettement disparaît quasiment en dix ans. Dit autrement, l’entreprise finance intégralement ses investissements sur fond propres, et à terme on peut envisager très facilement une diminution du tarif de 16.5 % simplement en récupérant les dividendes et en rationalisant le financement.

La question se pose par ailleurs de savoir si les investissements en construction, qui font peut-être bien appel aux services de Vinci, la maison-mère, sont payés le juste prix ou s’ils sont aussi inflatés, et même s’ils sont tous justifiés, ce qui permettrait de réduire encore plus les coûts pour l’usager.

Vu de l’autre côté, on voit que Vinci opère une ponction annuelle de 600M€ sur les usagers du sud de la France via l’endettement inutile de sa filiale ASF. On objectera bien sûr que Vinci a acheté ASF à l’Etat et qu’il doit rentrer dans ses frais (Vinci a acquis ASF pour 8.9 Md€), mais là encore si on avait évité la privatisation on aurait évité cette inflation démesurée des tarifs. En toute rigueur la valeur financière d’un service public est nulle puisqu’il  n’est pas censé faire de bénéfices après investissements. En pratique en général l’Etat/actionnaire prélève des dividendes pour équilibrer ses comptes et également assurer le financement des missions de service public gratuites. Au passage mentionnons que l’Etat se sert déjà pas mal en récupérant 390 M€ d’impôts sur les bénéfices d’ASF. Le problème évidemment c’est que pour récupérer cette somme en impôts il faut des bénéfices d’1,5 Md !! En étant actionnaire à 100 %, l’Etat pourrait récupérer la même somme en (dividendes+impôts) en baissant les tarifs. Où l’on s’aperçoit que le sacro-saint « désendettement » de l’Etat aboutit au final au pressurage des usagers par les entreprises privées, avec la complicité de l’Etat, et au gonflement de la dette privée.

Vinci n’est en fait qu’en exemple, emblématique parce qu’il s’agit d’un groupe « leader » à l’international. Il est permis de penser qu’il bénéficie de ces situations de rente et de monopole (autoroutes, parkings) pour investir ses bénéfices dans des investissements à l’étranger. L’argent des usagers français, au lieu de financer le développement d’une activité économique locale, sert finalement à asseoir le pouvoir économique de l’oligarchie française sur la scène internationale. Le crédo libéral nous dit qu’au final le citoyen y retrouvera son compte. On cherche encore les exemples…

09/11/2012

Le rapport Gallois où l’art de tuer l’entreprise indépendante

Il est des poncifes qui ont la vie dure, particulièrement quand les media nous les ressassent à longueur de journée, et le refrain du « manque de compétitivité de la France » en est un. Il est difficile de savoir à quel point la population française adhère véritablement à cette invocation shamanique, ou plus encore à quel point ils comprennent quels ressorts sous-tendent cette danse de la pluie que nos « décideurs » (politiques ou économiques) pratiquent devant les caméras à intervalles réguliers.

 

Et d’abord il faut bien comprendre la motivation de ce rapport, qui comme le rapport Attali sur la croissance en son temps, n’a été rédigé que pour apporter une validité « civile » à des décisions déjà réfléchies de mûre date. En plus de cela, il s’agit de fournir à François Hollande un alibi pour revenir complètement sans ses promesses en feignant la pression extérieure. Il suffit de voir les reculades opérées face aux fameux « pigeons » pour comprendre que dans certains cas une pichenette peut bizarrement ébranler un gouvernement. On a l’habitude de dire en haut que « ce n’est pas la rue qui gouverne ». Non, effectivement, c’est bien plutôt une minorité d’activistes bien préparée qui gouverne la France. Louis Gallois ou jacques Attali sont des porte-parole de cette minorité activiste et le simple choix de ces « experts » pour rédiger des rapports sur la croissance ou la compétitivité suffit à savoir de quel bois se chauffe un gouvernement.

 

Mais de quoi parle-t-on quand on parle de compétitivité ? En général, on parle de l’Allemagne pour faire bon effet, et Louis Gallois ne déroge pas à cette règle. La comparaison qui tue, c’est que la part de la France dans les exportations intracommunautaires perd trois points en dix ans là où l’Allemagne en gagne un. Il ne s’agit pas ici de discuter de la signification précise des chiffres, ou de les contester (on pourra lire avec profit le blog du camarade Mélenchon pour ça, ou le rapport d’ATTAC), mais plutôt de bien cibler le sujet qui est abordé de fait quand on parle de compétitivité, à savoir les exportations. D’emblée on se compare à un champion comme l’Allemagne pour faire paraître la France plus ridicule encore, et on pose comme modèle de vertu cette économie allemande fonder sur l’exportation et l’excédent commercial.

 

Pourtant associer l’excédent commercial à la vertu n’a rien d’évident en économie. D’abord parce que mathématiquement des excédents commerciaux structurels dans certains pays reposent sur des déficits commerciaux structurels dans d’autres pays. Le modèle économique général de « vertu » consistant à n’avoir que des pays exportateurs est encore plus risible que de maintenir que la terre est plate. Nous sommes bien dans un modèle de compétition, et non pas de coopération. Autrement dit un modèle de guerre économique où pour avoir des gagnants il faudra qu’il y ait des perdants. Et si le perdant n’est pas l’autre, alors ce sera nous.

 

Ensuite parce que le perdant n’est pas toujours l’importateur. Dans le duo Chine/Etats-Unis qui a vu des déséquilibres commerciaux pharamineux se développer, il n’est pas évident de dire selon les normes de l’économie classique que l’américain s’est fait plus avoir que le chinois. Et d’ailleurs l’économie classique est assez muette devant cet exemple, puisqu’elle tendrait à affirmer qu’un déficit commercial prolongé se traduit par des hausses de niveau de vie dans le pays exportateur et donc une égalisation des salaires, un développement de la demande interne, qui tendra à réduire les écarts commerciaux. C’est que l’économie classique n’aime pas représenter les inégalités de revenus et les captations de rente. Si l’excédent commercial chinois avait été distribué équitablement, alors nécessairement on aurait assisté très tôt à une réévaluation du yuan et/ou une augmentation sensible des salaires. Comme cet excédent n’a pas été réparti équitablement, il était politiquement impossible de maintenir les bas salaires (et donc l’excédent commercial) sans en même temps garder un yuan sous-évalué, au risque de plonger 90% de la population dans la misère noire.

 

Ce mécanisme se reproduit à une moindre échelle avec l’Allemagne au sein de l’Europe. Le fait que l’Allemagne puisse maintenir un excédent commercial structurel sur une longue période est, pour un pays de cette taille, le signe infaillible que l’excédent commercial n’est pas réparti équitablement au sein de la population. Et l’explosion de la pauvreté en Allemagne n’est que la traduction de cette mathématique de l’excédent commercial. Il n’est donc pas étonnant de constater qu’une sortie de l’euro se traduirait pour l’Allemagne par … une réévaluation de sa monnaie. Comme la Chine, l’Allemagne profite donc d’une monnaie sous-évaluée par rapport à son poids économique pour maintenir de hauts niveaux d’égalité. Autant dire qu’en l’état elle n’a pas tant intérêt à l’explosion de l’euro.

 

La contradiction entre la politique égoïste de l’excédent commercial et la volonté de la généraliser à tous se traduit (comme on le sait déjà) par le risque de récession globale et incontrôlée. Il est symptomatique de voir que là aussi la Chine et l’Allemagne sont synchrones dans leurs décisions. Voyant que leurs pays importateurs, y compris bien sûr les Etats-Unis, réduisent drastiquement la voilure pour cause d’austérité, et risquant donc de se trouver sans débouchés, ils anticipent déjà les problèmes par… des hausses salariales. Paradoxalement la politique d’austérité chez les pays importateurs peut avoir des de effets bénéfiques socialement… chez les exportateurs ! Mais bien sûr on pourrait arriver à des effets similaires sans mener nos économies à la guerre civile, on expliquera plus loin comment.

 

In fine l’économie classique aura raison, c'est-à-dire que les déséquilibres commerciaux finiront par se renverser, les salaires par converger, mais ne passant par des situations d’autant plus catastrophiques que les forces du capitalisme sont puissantes.

 

Il apparaît donc que la politique de l’excédent commercial structurel n’est ni mathématiquement généralisable, ni socialement particulièrement souhaitable. Mais alors, me direz-vous, à quoi sert la compétitivité et son invocation perpétuelle ?

 

Il suffit pour le deviner d’imaginer les conséquences qu’auront sur l’économie française des mesures envisagées par Louis Gallois et reprises largement par Jean-Marc Ayrault. Il suffit même de concentrer notre attention sur la mesure-phare, à savoir les 20 milliards d’exonération de cotisations patronales. On sait déjà que la partie reportée sur la TVA aura pour effet de diminuer la participation des plus riches à notre système de protection sociale. Pour le reste, il incombera à l’Etat de faire davantage d’efforts de réduction budgétaire. Autrement dit, pour maintenir notre niveau de protection sociale, il faudra réduire d’autres services. Ou pas. Il est en effet très probable que l’Etat ne réduira pas d’autant ses budgets et qu’une autre conséquence sera tout simplement le creusement du déficit de la sécurité sociale, ce qui on le sait déjà aboutira à de nouvelles réformes et autant de baisses de prestations pour les cotisants.

 

A ce stade on pourrait me demander : au fait, pourquoi ne pas tout simplement augmenter nos cotisations sociales, si finalement c’est nous qui payons ? Et la TVA sociale ne serait-elle pas moins négative que la baisse des prestations ? C’est une très bonne question à laquelle je n’ai pas d’autre réponse rationnelle que celle-ci (et cela rejoindra plus tard les autres réflexions) : il faut qu’il y ait un déficit de la sécurité sociale parce qu’un financement public de notre protection sociale est en soi un péché pour le capitalisme qui nous gouverne. Si on comprend et qu’on accepte vraiment ce schéma de raisonnement, tout le reste devient limpide : il est essentiel de choisir des solutions qui creuseront des déficits et d’écarter d’emblée des hausses de cotisations. Et le même schéma peut-être appliqué aux réformes des retraites. La raison de ce précepte est simple :  pour assurer leur protection sociale et leurs retraites, les français doivent être OBLIGES de passer par des complémentaires privées. Au final on aboutit bien aux hausses de cotisations, mais au lieu de servir à la solidarité nationale, elles vont en grande partie garnir les poches actionnaires privés. Il n’y a donc rien de moins illogique pourvu qu’on sache quelles forces sont à l’œuvre.

 

Continuons notre débroussaillage pour mesurer les conséquences de ces mesures du point de vue de l’entrepreneur. Mais d’abord qu’appelle-t-on un entrepreneur. Il semble que, vu d’un gouvernement de gauche comme de droite, un entrepreneur est en France un jeune homme fraîchement émoulu d’une grande école qui se sert de son capital financier ou culturel (comme le dit Bourdieu) en général hérité de papa-maman pour obtenir des crédits bancaires et développer une idée « tendance », à savoir un truc où on n’a pas besoin de salir ses mains pour faire de l’argent. Cette idée, si elle fonctionne, sera revendue deux ans plus tard à un groupe international, et les salariés embauchés avec, qui saura la faire fructifier avec plus d’efficacité. L’entrepreneur tire une bonne partie de son beurre de la revente. Voilà donc la version noble de l’entrepreneur, directement connectée au marché financier international, celle défendue par les « pigeons », celle honorée et rétribuée par nos gouvernements.

 

Il existe, au moins pour moi, une autre version de l’entrepreneur. Le citoyen d’extraction populaire, titulaire d’un CAP, voire formé sur le tas, qui décide de se mettre en indépendant (ou pourquoi pas en coopérative) et faire bénéficier des clients de son travail. Ce sont des profils que l’on rencontre assez largement en campagne, dans le secteur du bâtiment par exemple. Ces entrepreneurs-ouvriers ont évidemment besoin de protection sociale, et ce d’autant plus qu’ils risquent l’accident corporel à chaque geste. Le prix de leur travail inclut donc nécessairement des frais d’assurance élevés.

 

En quoi cet entrepreneur est il concerné par le fameux « pacte de compétitivité » et les mesures qui y sont proposées. En peu de choses, à vrai dire, si ce n’est que sa protection sociale par la sécurité sociale se verra également affectée et qu’il devra la compléter par des assurances privées onéreuses ; si ce n’est que le coût de la vie sera plus élevé pour lui à cause de la TVA. S’il a des employés, il pourra économiser des charges patronales certes, mais il sait aussi que ses clients ne roulent pas sur l’or et que toute atteinte à leur niveau de vie met en péril son activité.

 

Mais demandons-nous plutôt ce qu’en pensent ces entrepreneurs eux-mêmes, et prenons l’exemple sur ce lien du couvreur-zingueur, métier risqué s’il en est. Ce forum discute de la facturation d’une heure de couvreur. De ce point de vue, internet est une source inépuisable de témoignages et pour peu qu’on s’y arrête on trouve assez vite confirmation des véritables problèmes qui minent notre économie. Mais probablement Louis Gallois ne lira jamais ces témoignages.  Voici donc des artisans qui plutôt que de réclamer de la compétitivité et des baisses de charge défendent la « valeur » de leur travail.

 

Le 3 novembre 2011, témoignage :

 

« Le prix est normal , couvreur ces risqué , assurance ,charge etc... alors j'en ai marre des gens qui se plaignent monter vous méme sur le toit , imaginé le couvreur qui tombe et ce retrouve paralysé voir mort , pour moi ces normal ces tarif , quand vous acheté une voiture neuve ,vous posez des questions sur combien va gagner la marque etc.., bien sûr que non , et vous acheté quand méme, alors arrété , maçon , couvreur charpentier , ce sont des boulot dur qui merite d'etre payé un minimum . »

 

Le 17/01/2012, conclusion d’un commentaire :

 

«… chacun son metier chers clients si vous voulez de la M..de allez aux devis les plus bas et vous en aurez!
a bon entendeur......
un artisan mecontent qui en a marre de se faire bouffer par des clients capricieux qui veulent tout pour rien sous pretexte qui trouveront moins cher ailleur car c est la crise et qu il faut bouffer »

 

On voit au demeurant, comment la pression économique imposée par les baisses de salaires provoque des sources de conflits dans la vie de tous les jours, et participent d’un repli égoïste.

 

Le 16/03/2012, conclusion  d’un commentaire :

 

« …Je noircis peut-être le tableau,mais le beau travail pas trop cher est réservé aux riches, eux on ne les b....s pas si facilement. Moi je vais monter sur le toit de ma maison pour changer les tuiles abîmées par des tuiles achetées 60% moins cher que celles proposées par les "bons artisans de france" et le taux horaire seras divisé par cent... et là je n'ai pas parlé des plombiers et des électriciens. Amis voleurs Bonsoir. »

 

Le 17/03/2012,autre commentaire :

 

« Merci je suis une femme.je me suis fais arnaquer par des gens comme vous sans scrupule.ben maintenant j ai un metier d homme est je me marre de les prendre pour des blaireaux est de les arnaquer.a force d etre pris on maitrise tout les domaines est j arnaque les autres la vie est une jungle. »

 

 

 

Dans ces derniers commentaires on mesure la puissance de plusieurs décennies de « réformes », « dérégulations », de l’exaltation de l’ « esprit d’entreprise » ou de la « réussite individuelles ». D’un côté les voleurs et de l’autre les clients capricieux. Le monde m’arnaque donc j’arnaque le monde. Nous sommes là au cœur du modèle ultra-libéral, des entrepreneurs indépendants dans un rapport commercial libre avec des clients particuliers. Mais où est donc le monde policé et fluide de la « main du marché », dans lequel l’égoïsme de chacun produit le bien-être de tous ? Et, plus encore, où est passé l’argent dans ce système ?

 

 

 

Le commentaire d’otzi le 04/11/2011 esquisse une issue au débat :

 

« Je suis tout à fait d'accord avec ce coup de colère.
Il me semble que de nombreux particuliers ont tendance à répercuter (volontairement ou non) le mépris et la méfiance générés par notre société de moins en moins humaine à l'encontre des ouvriers, et du travail manuel en général.
C'est tellement plus simple de gagner 50.000 € en qq clics sur un clavier !!!
En même temps, les exigences sur la qualification, la qualité du travail, la formation et l'obligation de résultats, pèsent de plus en plus sur les artisans et entreprises du bâtiment. Il est normal qu'une journée de maçon, couvreur ou charpentier qualifié soit comptée entre 300 et 400 € HT, quelle que soit la région (en France en 2011)
Ce qu'il nous faudrait, c'est un bon coup de pouce au niveau de vie des gens pour qu'ils fassent plus de travaux qu'ils cessent de rechigner contre tel ou tel prestataire. »

 

 

 

Il faudrait donc redonner du pouvoir d’achat aux gens pour qu’ils acceptent enfin de payer le travail à son juste prix. Est-ce là une manifestation stalinienne née d’un esprit dérangé ou la simple conclusion logique d’un problème flagrant, persistant, et qu’aucune réforme n’a pu régler ; et qu’à vrai dire aucune réforme n’a jamais cherché à régler ?

 

 

 

Nous pouvons maintenant rejoindre le cours de notre réflexion avec des éléments plus concrets. Si la compétitivité rime avec excédent commercial, compressions salariales et explosion des inégalités, a contrario le développement d’un tissu économique local ne peut aller qu’avec une élévation équitable du niveau de vie.

 

A ce stade, on peut se demander ce qui est le plus intéressant pour un pays : se constituer en tant qu’usine exportatrice de biens pour le monde entier ? développer un modèle économique qui permette à chacun de disposer de biens et services de qualité produits en général localement ?

 

On peut également, je crois, se poser une deuxième question : pourquoi François Hollande a-t-il commandité un rapport sur la compétitivité et pas sur le développement de l’économie locale ?

 

 

 

Il n’y a qu’une seule réponse sensée à cette interrogation :  l’assèchement financier d’un modèle qui permet à des artisans/entrepreneurs indépendants de survivre, ou pire : de s’organiser en coopérative, est en fait exactement l’objectif poursuivi par la gouvernance capitaliste. Au même titre que l’assurance doit devenir privée, l’artisanat et l’entrepreneuriat doivent se fondre à terme au sein de gigantesques structures de services multinationales. De même que la privatisation du secteur de l’énergie a privatisé les économies d’échelle qui étaient auparavant redistribuées par les tarifs régulés, de même la privatisation de l’assurance maladie permettra de privatiser les économies liées à la mutualisation des risques. Alors des artisans (ou des praticiens en médecine) exerçant de manière indépendante, ne pourront plus s’assurer à des tarifs « compétitifs ». Dit autrement, des grandes sociétés de services, liées financièrement à des groupes d’assurance, pourront proposer des tarifs de prestation moins élevés, dans la mesure où elles auront accès à des contrats d’assurance plus intéressants.

 

 

 

Il est difficile d’affirmer que cette vision des choses est explicitement formulée sous cette forme dans la tête de nos décideurs, mais d’un point de vue pratique il est confirmé que l’octroi d’argent public aux grandes entreprises se traduit inévitablement par un renfort du pouvoir du capital. Il s’ensuit que l’appel à la compétitivité a donc moins affaire avec la concurrence à l’échelle internationale qu’avec l’impératif de mettre au pas les derniers secteurs de l’économie qui ne sont pas encore soumis au capitalisme financier, et de capter les dernières gouttes valeur ajoutée qui ne tombent pas encore dans la gourde des grands patrons. Au-delà d’un objectif économique, il est à il s’agit essentiellement d’un objectif de pouvoir.

 

 

 

Que faudrait-il donc faire ? Qua pourrait-on faire ? ânnoneront les commentateurs qui accusent la gauche (la vraie s’entend) d’être dans la plainte et la gesticulation et de ne rien proposer de concret.

 

En premier lieu, et à rebours du « pacte de compétitivité », qui a été construit et présenté comme un pacte entre le gouvernement et les grandes entreprises (à la grande satisfaction de Mme Parisot), il nous faudrait un « pacte pour l’économie locale » qui concerne l’ensemble de la population.  Les tensions qui se font jour dans les commentaires de forum que nous avons reproduits ici montrent à quel point il est besoin à cet endroit précisément d’apaiser la société. Malgré les signaux répétés (et en particulier la géographie du vote Le Pen en 2012), les gouvernements font semblant de ne pas comprendre que la prochaine insurrection ne viendra pas des banlieues populaires mais bien des zones périurbaines ou semi-rurales prises à la gorge par le chômage et le coût du transport. Il ne s’agit pas ici de nier les problèmes spécifiques qui peuvent apparaître en banlieue mais de rappeler qu’en République tous les citoyens doivent avoir les mêmes droits. Et les propositions ci-dessous s’efforcent de régler les tensions par des mesures d’ordre général.

 

Mesure no1 : Augmentation des salaires et des allocations

 

Peu importe à ce stade la forme que prendra cette augmentation, l’objectif recherché est très simple : redonner du pouvoir d’achat aux salariés et dynamiser les secteurs de l’économie locale qui reposent sur ce pouvoir d’achat. Nous sommes bien évidemment dans une logique totalement inverse de celle qui consiste à enrôler une armée d’esclaves pour l’exportation.

 

Mesure no2 : Taxer les importations

 

Deux pistes complémentaires pour cela : des taxes environnementales (dont une taxe CO2 qui prendra en compte la distance) et une taxe sur les différences de salaires par branche. Cette dernière mesure n’est jamais débattue mais elle est la seule à même de protéger notre modèle social et d’inciter les autres à converger vers lui. Pour les pays qui souhaitent coopérer, on pourrait répartir le produit de la taxe entre les chômeurs français de la branche et les salariés locaux de la branche.

 

Mesure no3 : Subventionner la transition énergétique et écologique

 

 Il s’agit de s’appuyer sur des structures publiques comme la Banque Publique d’Investissement pour injecter massivement des fonds dans la transformation de notre société vers un modèle écologique. Ces fonds ne seront pas perdus, ils permettront aux acteurs qui n’ont pas le capital de s’installer dans des branches de l’économie qui assoient notre indépendance. Plutôt que d’augmenter notre dépendance aux échanges commerciaux comme le préconise le rapport Gallois, il s’agit au contraire de renforcer le tissu économique local et national pour rendre notre société robuste aux chocs capitalistes extérieurs. En particulier on appuiera la formation et la dissémination des technologies écologiques du bâti, avec un accent particulier sur l’isolation qui permet réduire la facture énergétique de la France. Il s’agit également de développer les énergies renouvelables, en s’appuyant sur une articulation des différents niveaux de décision qui préserve l’équilibre national et les besoins locaux. On appuiera également le développement de pratiques écologiques dans l’agriculture pour éradiquer à terme les engrais chimiques et les pesticides/fongicides. Dans l’économie numérique, on mettra en place une licence globales sur les droits d’auteur et une politique spécifique orientée vers la production de logiciels libres avec le soutien de fonds publics qui garantisse l’autonomie de la France également en termes de logiciels et de systèmes d’exploitation. Il est à noter qu’une politique de soutien massif financier demande au préalable de se doter d’outils financiers qui garantissent la souveraineté populaire sur la monnaie.

 

Mesure no4 : Une politique coopérative du savoir et de la technologie à l’échelle internationale

 

Les mesures citées précédemment pourraient faire croire à une politique de repli nationaliste à l’instar de celle proposée par le Front National. Il s’agit en fait d’une politique de hiérarchisation des besoins et d’articulation des échelles. Ainsi quand on parle d’économie locale, il est bien évident que pour les populations frontalières l’économie locale inclut des zones dans des pays adjacents. Il est évident que cette configuration rend plus difficile la mise en place de mesures protectionnistes et d’aucuns reculeront devant la difficulté et prendront ce prétexte pour ne rien faire. Il nous paraît plus intelligent d’amorcer la pompe, avec tous les défauts qu’elle comporte, et de se poser en exemple pour coopérer avec les zones frontalières.

 

A l’échelle internationale, plutôt que la promotion de la « compétitivité », il faut faire le pari de la « coopération » et en particulier en matière technologique. L’histoire de l’économie se comprend bien plus à travers l’histoire des transferts technologiques et des conditions dans lesquelles ils s’opèrent, qu’à travers les pseudo-politiques de compétitivité. Les Etats-Unis ont réussi à dégager de la force de travail grâce au développement de la mécanisation du travail agricole dans les années 20. L’accès des pays communistes ou des pays du Tiers-Monde à des chaînes de production d’engins agricoles ou de machines-outils explique très largement les écarts de « développement » que l’on connaît aujourd’hui. Qui peut expliquer que Taïwan et la Corée du Sud aient miraculeusement eu accès à ces technologies alors que la Chine, isolée à la fois des Etats-Unis et de l’URSS, n’a pas réussi à mettre en place cette industrie par elle-même au rythme qu’il aurait fallu ? La même question se pose par exemple pour la Roumanie et l’Albanie comparées aux autres pays de l’Est. Il est évident que ce ne sont pas les qualités morales comparées de Ceaucescu et Chang-Kai-Chek qui expliquent ces écarts, mais bien les jeux géopolitiques qui aboutissent à la confiscation de certaines technologies, et plus encore celle de la mise en place des chaînes de production.

 

Il faut sortir de ce modèle où le premier arrivé s’arrange pour emporter toute la mise et dès à présent construire des modèles de recherche coopératifs à l’échelle internationale, qui garantissent à tous les membres l’accès aux brevets, aux technologies associées et aux chaînes de production. Cette coopération à la base permet de saper dans ses fondements mêmes la notion de compétitivité, elle constitue de fait une assurance contre les aleas de la recherche. La contrepartie de ces accords technologiques devrait être la mise en commun de certaines ressources minières, puisqu’il s’avère que les pays aux ressources abondantes et ceux aux technologies les plus avancées ne sont en général pas les mêmes. Malheureusement, dans le système actuel, les multinationales minières s’arrangent pour s’approprier un maximum de ressources en échange d’un minimum de transfert technologique.

 

Dans l’optique de la transition énergétique et écologique, il faut enfin revenir à une séparation claire entre savoir et technologie, distinction complètement occultée par les media aux yeux du grand public. Il est implicite dans la pensée dominante que « progrès » rime avec « technologie ». Or de nombreuses branches de la recherche, que ce soit en psychologie, en anthropologie, en biologie, en agrologie, en climatologie, réalisent des progrès considérables par la simple compréhension des phénomènes naturels, biologiques, climatiques, sociaux. En l’occurrence le progrès consiste à comprendre et observer le monde dans lequel nous vivons, et accepter enfin qu’il faut construire une société qui respecte la nature et ses cycles tels qu’ils existent, l’homme et ses paradoxes psychologiques tels qu’ils se sont développés. Il faut refuser les technologies qui menacent de transformer l’homme et la nature de manière incontrôlée.

 

Dans l’optique du développement du savoir, il faut bien évidemment, refuser tout brevet sur le vivant, refuser l’appropriation privée des médicaments, des principes actifs, des plantes, des algorithmes, des logiciels, des idées, etc… Tout ce savoir doit être partagé et infuser à l’échelle internationale. En ce sens nos propositions ne s’inscrivent définitivement pas dans un réflexe de repli identitaire, mais bien dans la construction permanente d’une société et d’une identité qui respecte à la fois les racines culturelles et le désir d’épanouissement de l’être humain qui amène inévitablement à transformer et transcender les cultures.

 

 
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