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25/07/2013

Le foot se retourne ?

On n'en parle pas beaucoup derrière les gros titres des transferts mais le mercato de cet été semble tétanisé à l'idée du moindre mouvement. Des joueurs qui se trouvent bien dans leur club et refusent de partir alors qu'on leur montre la porte de sortie et même qu'on leur trouve des clubs, d'autres clubs qui refusent obstinément de laisser partir leurs jeunes pousses, que se passe-t-il pour que la situation soit bloquée à ce point ?

Il semble que l'on soit en train d'assister à ce qu'on appelle en général un "retournement de marché". N'oublions pas qu'au delà d'être des sportifs, les "stars" du football sont devenus des objets de spéculation. L'injection continue d'argent, aux origines de plus en plus douteuses, a nourri une gigantesque bulle spéculative qui paraît sur le point d'éclater.

Alors oui, bien sûr les clubs les plus riches ont toujours les moyens d'acheter des joueurs à 50 millions d'euros, en France le PSG et Monaco sont toujours là pour nous le rappeler. Le problème c'est que les "outsiders" se sont endettés pour essayer de suivre la cadence et rivaliser sportivement avec les géants. C'est cet endettement qui est en train maintenant de leur exploser au visage et, comme on dit vulgairement en finance, un certain nombre de clubs essaient de liquider leurs actifs avant qu'ils ne valent plus grand chose. Ces actifs sont des joueurs de haut niveau, internationaux souvent, mais qui ne sont pas (ou plus) promis à jouer chez les plus grosses cylindrées. Les exemples ne manquent pas.

Cet article d'Eurosport résume bien la situation du marché à la baisse. L'OL "dégraisse" comme on dit. Un joueurs comme Gomis touche 300 000 euros par mois. malgré le fait qu'il ait fait une bonne saison, les clubs ne peuvent plus se permettre  de tels salaires. Lille est dans le même cas de figure et s'est "débarrassé" de Payet qui touchait 200 000 euros par mois. Marsielle paraît le cul entre deux chaises, embauchant Payet mais voulant se séparer de Gignac qui touchait 320 000 euros par mois.

A contrario, Montpellier ne veut pas se séparer de Cabella, Lyon a fait des pieds et des mains pour prolonger Grenier, Lille s'accroche à Thauvin qui n'a pas d'intérêt pour le club. Ces trois joueurs sont typiquement des valeurs spécluatives suceptibles d'intéresser de très grosses cylindrées dans un ou deux ans. Ces clubs, en retenant les joueurs, ne cherchent pas à construire un projet autour d'eux mais à limiter leur portefeuille aux actifs les plus rentables.

Mais pourquoi ces clubs ont été tellement couillons pour signer des contrats aussi chers sur des joueurs qui ne le "valaient pas". Tout simplement, parce que comme dans tout marché spéculatif le système est complètement autoréférentiel. La valeur d'un joueur ne se mesure pas aux services qu'il va vous rendre sur le terrain mais à l'espoir que vous avez de pouvoir le revendre beaucoup plus cher. Et lorsque la spirale était haussière, les clubs pouvaient rationnellement espérer revendre Gomis ou Gignac à un tarif plus élevé. Et pour les attirer, il fallait leur proposer des salaires correspondant à ce qu'ils pouvaient trouver ailleurs. Même en sachant que les joueurs étaient surévalués, il était difficile de prévoir quand le marché se retournerait.

Il n'y a pas de meilleur indicateur avant un crack que de s'apercevoir que la liquidité du marché devient quasi-nulle. Souvenons nous des prêts interbancaires complètements paralysés avant la crise des subprimes. L'article d'Eurosport sus-cité conclut que les transferts s'opéreront à la moitié du prix espéré. Mais il ne décrit pas l'effet en chaîne que cela aura sur les finances des clubs. S'ils veulent vendre à ce prix c'est parce qu'ils ont besoin de vendre à ce prix. S'ils n'en touchent que la moitié, ils seront en déficit de l'autre moitié. Mais surtout, c'est l'ensemble des joueurs dont la valeur sera diminuée de moitié, alors même que les salaires seront constants. Plus tragique encore pour les clubs, quel intérêt auraient des Gignac, Gomis, Gourcuff, Capoue à Toulouse, à quitter leurs clubs pour des clubs moins bien côté et/ou des salaires inférieurs. IL est évident que ces joueurs ont intérêt à finir leur contrat et se retrouver libres sur le marché, pour éventuellement  enrayer leur chute de salaire en tablant sur le fait qu'ils seront gratuits pour l'acquéreur.

C'est donc un véritable tsunami financier qui menace de s'abattre sur 90 % des clubs européens. Un tsunami qui pourrait être salutaire si, comme certains le proposent, il aboutit à la disparition du système des transferts et de la mentalité de négriers des dirigeants et des agents. Mais l'autre option est que ce système en ne laissant qu'une dizaine ou une quinzaine d'équipes viables, aboutisse à la création de ce championnat européen dont rêvent les dirigeants des plus grands clubs. Dans l'absolu ce n'est pas l'argent qui manque pour pourri toujours plus le football, et s'il le faut on ira sûrement chercher les cartels de la drogue colombien ou mexicain pour s'inviter à la fête. Il n'en reste pas moins que l'occasion sera belle pour déclencher un rapport de force et remettre le système à plat au profit du sport et de ceux qui l'aiment.

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