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28/07/2014

Monsieur Weiss et le chantage à l'antisémitisme

David-Xavier Weiss, « jeune » loup de l'UMP répliquait sur Europe 1 à Sandra Demarcq du NPA à propos des manifestations pro-palestiniennes. A cet occasion le représentant de l'UMP a dévoilé la panoplie complète de l'armement pro-israélien. Il est important de bien analyser les arguments développés au vu de l'audience qui a été donnée à ce discours qu'on peut sereinement qualifier d'extrémiste :

 

 

 

  • les manifestations sont fondamentalement antisémites puisqu'elles ne dénoncent pas la politique du Hamas : il s'agit sans doute du reproche le plus juste qui peut être fait aux manifestants. C'est forcément un crève-coeur pour la gauche et un dilemme récurrent de défiler avec des personnes de la mouvance islamiste. Si des slogans antisémites ont été proférés ils doivent être dénoncés et leurs auteurs expulsés de la manifestation. Notons tout de même qu'il est difficile de contrôler complètement l'accès à une manifestation et les pancartes ou les tee-shirts. Les mots d'orde des manifestations ne sont pas antisémites, des organisations juives défilent également, on oublie de le rappeler. Quant au NPA, historiquement proche du FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine) il est difficile de le soupçonner de sympathie particulière pour le Hamas. Mais le plus choquant dans cet argument est surtout qu'il utilise la forme réthorique classique de la propagande pro-israélienne : le parallélisme. D'un côté les israéliens, de l'autre les palestiniens. D'un côté les roquettes du Hamas, de l'autre les bombardements de Tsahal. La technique du parallélisme, si elle abandonne officiellement l'objectif de rendre Israël sympathique, a pour conséquence de renvoyer les belligérants dos au mur et d'inciter à l'indifférence. Or il est évident que l'indifférence dans un tel contexte ne peut qu'asseoir la position du plus fort. Il ne s'agit même pas ici de compter les morts d'un côté et de l'autre mais de répéter ce que tous les journalistes occultent : nous sommes en présence d'un conflit entre un peuple colonisateur et un peuple colonisé. Le simple énoncé de cette évidence suffit à balayer complètement l'idée de symétrie qu'on cherche à nous imposer. Sur le fond le colonisé doit être défendu contre le colon. Qu'il se tourne vers l'islamisme, le fascisme, le terrorisme, pour assurer sa défense, peut susciter la critique mais ne doit pas affaiblir cette vérité fondamentale : son combat est légitime.

  • Pour en remettre une couche sur l'antisémitisme, Weiss en appelle au « philosophe jankélévich » qui a réduit l'antisionisme à l'antisémitisme. Si on est tristement habitués à voir la parole de nos représentants politiques polluée par la parallélisme, le renvoi à l'antisémitisme de l'opposition à l'Etat d'Israël était jusque là réservée aux zélateurs les plus impudiques de l'état sioniste. En ce sens Weiss inaugure une nouvelle percée dans l'offensive médiatique pro-israélienne, percée évidemment facilitée par la radicalisation d'une frange musulmane de la société et la résurgence d'un antisémitisme réel. A ce sujet l'attitude exclusivement défensive de Sandra Demarcq est bien regrettable, tellement cet argument est facile à démonter dans la bouche de l'UMP. Il n'est pas difficile de trouver sur le site du NPA les articles mettant en garde contre la montée du néo-nazisme et de l'antisémitisme en Europe. Où sont les protestations de l'UMP quant à la présence dans le gouvernement ukrainien de ministres néo-nazis officiellement 100 % antisémites ? Au contraire on ne trouvera que des marques de soutien à l'égard de ce gouvernement ! Pourtant il semble plus facile de filtrer l'entrée d'un gouvernement que celle d'une manifestation. Rappelons que l'ancien président polonais Lech Kaczynski avait fricoté avec la très antisémite radio Maryja qui l'avait soutenu pour son élection, ce qui ne l'a pas empêché à sa mort d'être déclaré « grand ami d'Israël ». Les célébrations nazies dans les pays baltes n'ont jamais non plus appelé de sanctions de la part des partis institutionnels européens. Bref, tout porte à croire que les accusations d'antisémitisme ne sont véritablement prises au sérieux que si l'intérêt d'Israël est en jeu.

  • Ce qui est le plus pernicieux dans l'argumentaire de Weiss c'est que puisque l'antisémitisme est un délit, l'antisionisme devient assimilable à un délit. La critique de l'Etat d'Israël n'est plus seulement scandaleuse elle devrait être purement interdite au nom de la lutte contre l'antisémitisme ! Mesurons ce que signifie une telle menace dans la bouche d'un représentant d'un parti politique institutionnel. On peut le mesurer d'autant mieux que Weiss en rajoute une couche, rappelant que le boycott est un délit. Ceux qui se souviennent du boycott de l'état d'apartheid sud-africain apprécieront. Rappelons au passage que la France participe activement au boycott de l'état iranien (pas assez pour les américains, voir la BNP) qui apparemment ne serait lui pas illégal.

    Interdiction de manifester, interdiction de critiquer, interdiction de boycotter, Israël et liberté d'expression n'ont décidément pas l'air de faire bon ménage en France, monsieur Weiss !

 

 
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