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10/09/2014

Exproprier le CAC 40

Manuel Valls aurait déclaré semble-t-il qu'il n'existe pas d'alternative autre que le Front National à la politique du gouvernement. Si cette phrase d'une stupidité sans bornes était vraie, elle résonnerait comme un appel à voter pour Marine Le Pen tellement l'exécutif agit désormais comme le repoussoir, ce dont visiblement ses membres n'ont pas pris conscience. Heureusement il s'agit évidemment d'un mensonge destiné à masquer la réalité de la menace qui serait susceptible de peser sur le système pour peu que « le peuple s'en mêle » pour reprendre la formule de Mélenchon.

 

L'alternative du Front National ne fait évidemment pas peur (ou plus peur) au système puisque sa seule proposition prétendument révolutionnaire consiste à sortir de l'euro. Si techniquement cette option n'est pas nécessairement à écarter elle n'en demeure pas moins une simple option technique, pour ne pas dire technocratique, et il est difficile de voir en quoi elle est susceptible de rebattre les cartes du pouvoir actuel. Pour comprendre cela, encore faudrait-il prendre la peine de se poser la question du pouvoir auquel nous sommes soumis. Si après cinq ans de Sarkozy, deux ans de Hollande et les gesticulations successives de nos premiers ministres aux universités d'été du MEDEF les français n'ont pas encore compris la nature du pouvoir, il faut bien croire qu'ils n'ont que ce qu'ils méritent.

 

Le pouvoir est certes mondialisé mais en France il s'incarne spécifiquement dans les institutions du MEDEF et les grandes entreprises du CAC40, ainsi que les grandes familles qui leur sont associées. Pour s'en convaincre définitivement il suffit de se demander s'il est plus dangereux aujourd'hui d'insulter une ministre de la justice dans l'exercice de ses fonctions ou de publier une tribune incendiaire mettant en cause nommément une entreprise du CAC 40 ? Chacun connaît bien entendu la réponse à cette question simple qui suffit à définir le pouvoir auquel nous sommes réellement soumis.

 

Aujourd'hui les grandes orientations politiques ne sont décidées ni dans les couloirs de l'Elysée ni dans les directives de la Commission Européenne. Ces orientations sont construites par des milliers d'ingénieur travaillant pour les entreprises les plus riches de notre pays dont beaucoup doivent leur influence à leur passé d'entreprise publique. Elles se discutent lors de colloques internationaux avec des pairs puis elles transitent par lobbying à la Commission Européenne parce que techniquement c'est effectivement le lieu le plus efficace pour diriger la Fr ance sans en avoir l'air. Il n'en demeure pas moins que ces orientations sont essentiellement décidées par des entreprises françaises et les grandes familles capitalistes qui sont à leur tête.

 

Il a été facile pour ce pouvoir de renvoyer régulièrement les responsabilités sur l'Europe et la Commission, d'autant plus que la construction européenne a été pensée essentiellement pour ça, mais il serait naïf de croire qu'un coup d'arrêt à l'Union Européenne signifierait un changement profond des règles du jeu en France ? La propriété de l'entreprise et l'intérêt de ses actionnaires resteront les mêmes. La difficulté évidemment c'est que dans le contexte national le pouvoir capitaliste serait contraint d'avancer à visage découvert et donc de se faire plus violent. Mais comme le dit Manuel Valls il n'y a pas d'alternative hormis lui ou le Front National. Pas d'alternative capitaliste s'entend...

 

Parce que l'alternative réelle existe et est très simple ; attaquer le pouvoir réel, pas les fantoches du gouvernement, et l'attaquer là où ça lui fait mal : la propriété. C'est pourquoi tout programme populaire visant à sortir du fameux « système » doit sanctuariser la propriété sociale de l'entreprise, a minima de celles qui ont une influence politique sur notre avenir, c'est à dire les entreprises du CAC 40. Et comme il est peu probable qu'en demandant gentiment et poliment les capitalistes nous rendent les clés de ce qui nous a toujours appartenu, il va bien falloir utiliser le mot tabou d'entre les tabous (non, pas l'immigration...) : l'expropriation.

 

Une des grandes réussites du capitalisme est d'avoir réussi à confondre dans l'esprit des citoyens la propriété des biens de production nécessaires au fonctionnement de la société, c'est à dire une propriété dont la vocation est d'être socialisée, avec la propriété « privée » comme la maison ou la voiture à destination d'une jouissance personnelle. Pourtant il n'est pas difficile avec un effort minime d'explication de faire comprendre que ces deux types de propriété sont très différents et que redéfinir l'une ne signifie pas remettre l'autre en question (du moins pas nécessairement). Mais il faut bien reconnaître que même au sein de la gauche dite radicale, voire même de la gauche révolutionnaire, le terme d'expropriation ne se prononce que du bout des lèvres. On a plutôt tendance à se satisfaire du terme très faible de « nationalisation » qui implique clairement de payer pour un bien qui légitimement nous appartient. Et qui dit payer dit se financer, et se financer au sein d'un système qui a été savamment conçu pour empêcher les Etats de se financer, à plus forte raison de nationaliser. Autrement dit on demanderait au pouvoir la permission de lui retirer le pouvoir. Réussir ne serait-ce qu'une seule nationalisation dans un tel contexte relève déjà de l'exploit.

 

C'est pour cette raison que la notion d'expropriation doit être mise en avant et complètement assumée par ceux qui souhaitent une véritable alternative à gauche. Non pas qu'elle suffise à balayer toutes les difficultés mais elle permet déjà de s'affranchir des barrières inutiles et de caler le curseur de la légitimité là où il doit être.

 

Il ne reste plus qu'à demander aux français leur préférence entre Manuel Valls, Marine Le Pen et l'expropriation du CAC 40. Une idée de sondage pour Le Point ?

 

 
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