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23/07/2015

"Plan B" pour l'euro: le réveil de la gauche radicale ?

Après de nombreux mois de silence, je reprends un peu d’activité sur le blog. C’est qu’il s’est passé des choses importantes, essentielles même, sur la scène du grand capharnaüm européen. Et, à l’instar de nombreux citoyens qui attendent un véritable réveil de la gauche radicale, ces événements ont permis de faire mûrir mes réflexions.

L’hyper-violence exercée par la troïka à l’encontre de la Grèce a atteint son apogée pour s’étaler à la face de l’Europe entière jusqu’à faire frémir les européistes qui prennent conscience que leur jouet adoré est une machine folle pilotée par l’Allemagne sous contrôle capitaliste.

L’arrivée au pouvoir de Syriza avait apporté beaucoup d’espoirs et pendant plusieurs mois le gouvernement de Tsipras a tenu le cap et tenté de faire bouger les lignes de l’eurogroupe. Il était conscient dès le début que la taille de la Grèce ne jouerait pas en sa faveur mais le risque de défaut était un argument qui paraissait à beaucoup suffisant pour arracher des concessions à la troïka. Mais déjà des voix comme celle de Lordon pensaient que ça ne marcherait pas, anticipant sur un durcissement de l’Europe et de la position allemande, s’appuyant sur le précédent scandaleux de Chypre pour argumenter que, sauf stratégie de sortie de l’euro, Tsipras finirait par céder. Ces gens avaient raison, il faut insister sur ce point parce que dans son aveuglement la gauche radicale n’a pas souhaité les écouter, pas même les entendre…

C’est un mal pour un bien puisque maintenant une véritable digue idéologique a été rompue après la déclaration de guerre faite par l’eurogroupe aux peuples européens, à la démocratie, et accessoirement à la gauche radicale. L’idée d’une monnaie commune flattant les sentiments internationalistes de la plupart, il était jusque là difficile d’observer une stratégie imaginant la possibilité d’une sortie de l’euro. Cette erreur repose sur la confusion entre monnaie commune et monnaie unique, mais aussi sur une faute de logique : rendre équivalentes les assertions « la sortie de l’euro n’est pas un objectif en soi pour la gauche radicale » et « rester dans l’euro est une contrainte idéologique pour la gauche radicale ». Ce glissement s’est opéré en grande partie à cause de la peur d’être renvoyé aux idéologies nationalistes et au Front National en particulier, qui a fait de la sortie de l’euro son cheval de bataille. D’une part la différence entre imposer la sortie de l’euro comme le Saint-Graal ou imaginer des alternatives à l’euro pour retrouver une marge de manœuvre est très certainement visible pour l’électeur moyen. D’autre part comme l’avait dit Jacques Sapir, même si on souhaite rester dans l’euro pour peser dans la négociation il faut mettre sur la table l’option de sortir de l’euro, avec un plan qui rende cette menace crédible. L’erreur stratégique de Syriza, suivant en cela l’ensemble de la gauche radicale, est de ne pas s’être muni d’un tel plan. C’est le bilan que tire Varoufakis de la négociation, lui qui par ailleurs est versé dans la théorie des jeux.

Le gain pour la gauche radicale de la séquence politique qui vient de s’achever est potentiellement énorme : la prise de conscience que pour sortir de l’impuissance il faut se munir d’un « plan B » incluant les mesures à prendre en cas de blocus financier (prémices d’une sortie) jusqu’à potentiellement la sortie de l’euro elle-même. Eric Toussaint a déjà avancé un certain nombre de mesures qui auraient pu être prises en Grèce. Frédéric Lordon ou Jacques Sapir auraient très certainement des contributions à apporter à cette réflexion.  L’idée de ce « plan B » qui fleurit maintenant sur les lèvres de nombreux observateurs (par exemple dans le Revue Regards) répond aussi à la menace de « Grexit » temporaire brandie par les Allemands, dont tout le monde a compris qu’ils voudraient éjecter la Grèce à leurs conditions. Dans un an, peut-être un peu plus tôt ou un peu plus tard, il faudra pour la Grèce exsangue négocier un nouveau plan d’aide. D’ici là l’Allemagne aura peaufiné son plan de sortie. Il est vital que la Grèce dispose de son propre plan à cette date. Il est essentiel aussi que ce plan soit partagé par l’ensemble des forces politiques de la gauche radicale siégeant au parlement européen, Podemos en premier lieu qui risque d’être le prochain à gérer une situation de tension avec l’Eurogroupe, le Front de Gauche en France.

Cette évolution devrait avoir aussi des impacts électoraux sensibles. La troïka a voulu punir un gouvernement de gauche radicale en mettant en scène son impuissance. Si l’argument de Tsipras est de dire qu’il voulait éviter une catastrophe à court terme il faut aussi qu’il retienne les leçons de la signature d’un accord néfaste. Il faut que Syriza s’approprie l’idée du « plan B » pour pouvoir promettre au peuple la marge de manœuvre à moyen terme. En France par exemple il serait naïf de penser que les excellents scores du Front National, en particulier dans les zones rurales où l’immigration est somme toute faible, serait seulement dû à un fond xénophobe. Sur la scène française le Front National est le seul parti à avoir articulé l’idée de la sortie de l’euro. Cette idée n’est même pas apparue sous forme d’hypothèse dans le programme du Front de Gauche. Là aussi le concept de « plan B » serait un marqueur puissant et certainement motivant. D’abord parce qu’il ne s’agit pas d’un plan A, autrement dit il ne s’agit pas de jouer la surenchère par rapport au Front National. Mais d’un autre côté il permet de lui proposer une alternative crédible, à plus forte raison s’il est partagé par d’autres formations à l’échelle européenne.   

 
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