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12/06/2017

La révolution des 15%

 

 

Et voilà… les prêches médiatiques ayant fait leur office, la démocratie française en est aujourd’hui rendue au point qui lui avait été exactement assigné par la technocratie. Après plus d’un an et demi de propagande effrénée pour le « renouvellement » représenté par la comète Macron, après le battage habituel mis en place pour convaincre le peuple que la Présidentielle est L’ELECTION par excellence, après quelques semaines à ignorer superbement la représentation populaire incarnée par les législatives, la recette a pris parfaitement :

  • Un président élu par rejet (encore une fois…)
  • Une majorité écrasante à l’assemblée qui lui est promise

En résumé, au terme de ce show médiatique époustouflant, Emmanuel Macron se voit probablement conférer les pleins pouvoirs par les français, lui qui n’en demandait même pas tant puisqu’il avait déjà prévu de gouverner par ordonnance… La force du scrutin majoritaire est bien confirmée par le fait que 15% seulement des électeurs du premier tour suffiraient à appuyer ce coup de force.

Bien entendu, le deuxième tour n’est pas encore joué, mais on peut déjà anticiper que la gauche ne sera même pas une force d’opposition crédible à l’issue du scrutin. Cette déroute n’empêche pas Jean-Luc Mélenchon d’afficher une mine réjouie, presque triomphale, devant la perspective de « plusieurs dizaines de députés » pour son mouvement. Une mine qui contraste avec sa déception du premier tour de la présidentielle, alors même qu’il avait réalisé un score remarquable, qui promettait bien davantage… Il est vrai que les socialistes, écologistes, communistes, sont encore plus en déroute que les Insoumis, l’objectif principal est donc rempli : faire table rase à gauche.

Il va être temps pour la gauche (la vraie) et ses militants de tirer des leçons de cette énième séquence désastreuse, et notamment de prendre du recul par rapport à la stratégie imposée par Jean-Luc Mélenchon. Il devient désormais difficile de contester que, au-delà de l’intérêt suscité par le programme des Insoumis, la direction de ce mouvement est largement tributaire des ambitions personnelles de son porte-parole.

Ecarter les alliances, au titre que le programme des Insoumis doit être défendu par des candidats qui y croient, cela peut se justifier intellectuellement. En l’absence de scrutin proportionnel, c’est évidemment exposer toute la gauche aux conséquences désastreuses que l’on observe maintenant. L’honnêteté devrait maintenant pousser les Insoumis à constater que cette stratégie n’a pas convaincu, et en particulier qu’elle n’a pas convaincu les électeurs qui avaient porté leur bulletin vers Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle ! L’obsession de Mélenchon de se faire élire comme député, après avoir brigué un poste de Président de la République, a sans doute contribué à accentuer la méfiance vis-à-vis d’un mouvement qui paraît taillé pour lui. Les élections législatives auraient pu être l’occasion de faire émerger d’autres personnalités parmi les Insoumis…

La gauche est riche de sa diversité, des courants qui la composent, contrairement à la droite elle n’est pas génétiquement à la recherche d’un chef pour la diriger. Ce caractère hétéroclite n’est pas un atout pour des élections à scrutin majoritaire, c’est un fait. Ce qui devrait encore renforcer à la fois l’exigence d’une proportionnelle et la conviction que la vie d’une démocratie ne peut pas se limiter au calendrier électoral.

Le résultat est d’autant plus décevant que le Front National s’était placé de lui-même dans un état de désagrégation avancé à la veille des législatives. Ce sabordement du parti qui aurait dû légitimement se positionner en première force d’opposition peut apparaître surprenant, mais l’approche du pouvoir a révélé une réalité qui restait jusque là occultée : la xénophobie ne peut pas à elle seule constituer un programme politique. La coexistence d’une mouvance de droite libérale portée par Marion-Maréchal Le Pen et de la ligne « gaulliste sociale » à la Philippot n’a pas survécu aux premiers toussotements du moteur… Pire, les hésitations et volte-face sur le sujet de l’Europe et de l’Euro, ont  clairement fait fuir une bonne partie de l’électorat qui s’était ralliée sur cette base plus que sur le rejet de l’immigration. C’est ce qui explique le retour du Front National à des scores modestes, même s’il disposera probablement de quelques députés.

L’écroulement du Front National aurait logiquement dû bénéficier en partie à la France Insoumise, seul mouvement à théoriser clairement un affrontement avec la technocratie de l’Union Européenne. Là aussi, la stratégie d’isolement n’a apparemment pas porté ses fruits.

 

Aujourd’hui c’est encore une fois la partie de la France la plus fragile qui va se trouver livrée en pâture aux appétits « révolutionnaires » d’un gouvernement co-opté par 15% des électeurs. Est-ce qu’il faut voir dans le fait que Macron soit un résidu de l’ancien quinquennat un signe que rien ne s’est produit ? Pas vraiment… incontestablement le dégagisme a fonctionné et a bénéficié à la République en Marche qui présentait de nouvelles têtes. Au sein de cette classe de 15%, qui comprend les « entrepreneurs », les « innovateurs », les « cadres dynamiques » et tout ce que ce microcosme entraîne, des lignes ont bougé. Une minorité de caciques a été écartée par une majorité pour qui la marche du « progrès » ne doit être freinée à aucun prix. Ceux qui ont porté Macron au pouvoir ne sont pas nécessairement des dupes du système médiatique, ils ont un intérêt bien compris. Oui, les ruptures proposées par Macron bénéficieront à certains, et ils se sont bien reconnus ! Quant aux autre, l’abstention écrasante montre bien qu’ils n’ont pas été dupes… Mais aujourd’hui chacun doit s’exercer à l’autocritique pour comprendre pourquoi la majorité n’a pas cherché à se défendre.

 
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